CHAPITRE XII
roi. Ceux-ci, quand ou annonça la venue de ces députés, conseillèrent au sage monarque de les faire conduire à travers les Alpes, par des chemins impraticables, jusqu'à ce que tout ce qu'ils avaient emporté avec eux lût usé et consommé complètement, et de les forcer à paraître devant lui quand ils seraient ainsi réduits à un déuùment absolu. A leur arrivée, ce même évôque et son compagnon firent asseoir le connétable au milieu de tous ses subalternes et sur un troue élevé; de cette manière, on ne pouvait manquer de prendre cet officier pour l'Empereur; aussi les ambassadeurs, dès qu'ils le virent se prosternèrentils à terre pour l'adorer; mais les serviteurs de Charles les repoussèrent et les contraignirent de passer dans des appartements plus reculés. Là ils aperçurent le comte du palais qui parlait aux grands réunis autour de lui; ils crurent que c'était le monarque et se précipitèrent à terre de nouveau. Chassés plus loin et souffletés par les assistants, qui leur disaient: „L'elui-là n'est pas l'Empereur," ils allèrent encore plus avant et trouvèrent le surintendant de la table royale entouré de tous les gens de son service, couverts de magnifiques habits; ne doutant pas que ce ne lût le roi, les voilà derechef à terre. Repousses encore de ce lieu, ils virent dans une grande salie les hommes du service de la chambre royale autour de leur chef, et ne mirent pas
Cbrfwua*. i(J
en doute que, pour le coup, celui-ci ne fût réellement le premier des mortels. Mais cet officier s'en défendit, et leur promit d'unir ses efforts à ceux des premiers du palais pour leur obtenir, s'il y avait possibilité, la faveur de paraître en présence de l'auguste empereur. Quelques-uns de ceux qui se trouvaient près de ce prince furent alors chargés de les introduire honorablement.
„Charles, le plus illustre des rois, radieux comme le soleil à sou lever, et tout brillant d'or et de pierreries , était assis auprès d'une fenêtre") qui répandait un grand jour, et appuyé sur Helton, ainsi se nommait févèque envoyé autrefois à Constantinople ; autour de l'Empereur étaient rangés en cercle à l'instar de la milice céleste, ses trois fils déjà associés au pouvoir, ses filles et leur mère, non moins resplendissantes de sagesse et de beauté que de parure; des prélats d'une tournure et d'une vertu sans égal, des abbés aussi distingués par leur noblesse que par leur sainteté, des ducs tels que ne parut pas autrefois Josué dans Je camp de Galgala. Cette troupe,
*) Chnrlcmngne, dont le costume si simple nous a été décrit par Éginhard, déployait un grand luxe dans ses cours plènières et d'apparat J alors tout ùlnit riche jusqu'à son épée; „Aliqnoties gemmato en se ut e ha lu r, quod ta ni en ni si in p rn.ee ip u i s i e s I i vi t a t i Jj u s , v e 1 si q u a n d o externriim gentium )ogati venissent, faciehat."