‹ Histoire de CharlemagneChapitre 82 sur 110 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

pas étonnant qu'il ait recherché l'alliance de Charleinafyie; cette politîcjue devait trouver sympathie parmi les Francs d'Occident, si hotiles aux Grecs de Byzance. Les chroniques disent qu'Aromi envoya une ambassade à Charlemague, chargée d'un présent singulier; c'était une de ces horloges dans le genre byzantin, avec la finesse et la patience de travail que les Arabes possèdent au plus haut degré: douze petites portes composaient le cadran et formaient la division des heures; elles s'ouvraient pour donner passage à des boules qui, en tombant sur des tympans d'airain, frappaient l'heure. Chaque porte restait ouverte, puis, à la douzième heure, douze petits cavaliers, sortis ensemble, faisaient le tour du cadran et fermaient toutes les portes; ce qui recommençait le lendemain. Ce travail d'ivoire, admiration de toute la cour de Charlemague, l'ut placé clans la cathédrale de Compiègue.

Le moine de Saint-Gai] , l'écrivain anecdotique, n'a pas manqué de rapporter eu tous ses détails l'arrivée des ambassadeurs d'Aroun, et les rapports qui s'établirent entre le califat et le nouvel empereur d'Occident: „Des ambassadeurs furent envoyés de Perse h l'Empereur; ignorant la position de la France, ils crurent faire beaucoup que d'atteindre les côtes de l'Italie, en raison de la célébrité de Rome, qu'ils savaient soumise à l'empire de Charles.

Mais les évêqucs de la Campanîe et de la Toscane, de la Romagnc et de la Ligurie, de la Bourgogne et de la Gaule, ainsi que les abbés et les comtes auxquels ils firent connaître le motif de leur voyage, les reçurent avec défiance et même les repoussèrent; enfin, après une année révolue, ces malheureux, fatigués et affaiblis par leur immense voyage, joignirent à Aix-la-Chapelle cet empereur si laineux par ses vertus. Mais , comme ils arrivèrent et furent annoncés à ce prince dans la semaine la plus solennelle du carême, on différa de les admettre en sa présence jusqu'à la veille de Pâques. Comme dans cette fête, la plus grande de l'année, ce monarque incomparable était revêtu d'ornements qui n'avaient rien d'égal, il fit introduire devant lui les députés de cette nation autrefois la terreur de l'univers. Le très-grand Charles leur parut tellement plus imposant que tout autre mortel, qu'ils crurent n'avoir vu avant lui ni roi ni empereur. 11 les accueillit avec douceur et leur accorda la faveur insigne de pouvoir, comme un de ses propres fils, aller partout où ils voudraient, examiner toutes choses, faire des questions et prendre des renseignements sur quoi que ce lût. Transportés de plaisir, ils préférèrent à toutes les richesses de l'Orient le bonheur de ne pas quitter l'Empereur, de le contempler et de l'admirer sans cesse. Montant donc dans la tribune qui règne autour

Page 1