CHAPITRE XII
de la basilique, regardant rie là, soit le clergé, soit les troupes, mais reportant les yeux sur le monarque et ne pouvant, dans l'excès de leur joie, retenir leurs éclats de rire, ils frappaient rlans leurs mains et s'écriaient: ^.Jusqu'à présent nous n'avions vu que des hommes de terre, mais aujourd'hui nous en voyons tin d'or.*' ^'approchant ensuite de chacun des grands, ils admiraient la nouveauté de leurs vêtements ou de leurs armes, et en revenaient encore à l'Empereur , comme plus digne de leur hommage. Après avoir ainsi passé la nuit du samedi saint et le dimanche suivant à tout voir dans l'église, ils furent invités dans ce très-saint jour au somptueux diner de l'opulent Charles avec les grands de la France et de l'Europe; mais, saisis d'étonnemeut de tout ce qu'ils voyaient, ils se levèrent de table presque à .jeun. Le lendemain, au moment où l'Aurore quittant le lit de Tithou répandait la lumière du soleil, voilà que Charles, impatient d'un oisif repos, va dans la Ibrèt chasser le buffle et l'auroch, et emmène avec lui ces envoyés; mais, à la vue de ces immenses animaux, les Persans, saisis d'une horrible frayeur, prennent la fuite ; cependant le héros Charles, qui ne connaît pas la crainte et monte un cheval plein de vitesse, joint une de ces bètes sauvages, tire son cpée, et s'efforce de lui abattre la tète: le coup manque, le féroce animal brise la chaussure du roi avec Jes
bandelettes qui l'attachent, froisse de l'extrémité de ses cornes la partie antérieure de la jambe de ce prince de manière à le faire boiter un peu, et, rendu furieux par sa profonde blessure, s'enfuit dans un fourré trèsépais de bois et de rochers. Tous les chasseurs, empressés de servir leur seigneur, veulent se dépouiller de leur chaussure; mais lui le leur défend en disant: „JI faut que je me montre en cet état à Hildegarde."
«Cependant Isatnbart, fils de Wariii, avait poursuivi l'animal; n'osant l'approcher de trop près, il lui lança son javelot, l'atteignit au coeur entre la jointure de l'épaule et la gorge, et le présenta encore palpitant à l'Empereur. Le monarque, sans avoir l'air de s'en apercevoir, et laissant à ses compagnons de chasse le corps de l'animal, retourna dans son palais, fit appeler la reine et lui montra ses bottines déchirées: „Que mérite, dit-il, celui qui m'a délivré de l'ennemi dont j'ai reçu cette blessure? — Toutes sortes de bienfaits," répondit la princesse. L'Empereur alors lui raconta comment les choses s'étaient passées, lit apporter en preuve les terribles cornes de l'animal, et on vit la reine fondre en larmes, pousser de profonds soupirs et se meurtrir la poitrine de ses poings. Quand elle eut appris qu'isambart, alors dans la disgrâce et dépouillé de tous ses honneurs, était celui dont le bras