CHAPITRE XIII
avait délivré l'Empereur d'un si redoutable adversaire, elle se précipita aux pieds de son mari, et en obtint de rendre à Isainbart tout ce qu'on lui avait ùté; ne s'en tenant pas là, elle-même lui prodigua des présents. Les Persans, au surplus, offrirent à l'Empereur un éléphant, des singes, du baume, du nard, des essences diverses, des épices, des parfums et des drogues médicinales de toute espèce ') ; il semblait qu'ils en eussent épuisé l'Orient pour en remplir l'Occident. Cependant, comme ils se trouvaient plus à l'aise avec l'Empereur, un certain .jour qu'ils étaient plus gais que d'ordinaire et échauffés par un vin généreux, ils adressèrent en plaisantant ces paroles à Charles, toujours Fort de sa tempérance et de sa sérénité: „Certes, Empereur, votre puissance est grande, mais elle est bien moindre cependant que ce que la renommée en a publié dans les royaumes d'Orient." A ce propos, Charles, dissimulant sa profonde indignation, leur dit en riant.- «Pourquoi, mes enfants, parlez-vous ainsi ? D'où vous vient une pareille pensée V" Eux alors, remontant aux premiers temps de leur voyage, lui racontèrent
*) M ou a ch. S. - Gai I., lib. II. Éginhard parle moins longuement des rapports de Chai lemagno et du calife Arouu-al-Raschid, Évidemment iei le moine de Saint-Gall traduit une chanson de gestes sur Charlemagne, les cours ulènières et les grandes chasses.
tlans le plus grand détail tout ce qui leur était arrivé dans les contrées d'en deçà des mers, disant: „Nous autres Persans, Mèdes, Arméniens, Indiens et Elamites, nous vous craignons plus que notre propre maître Aroun. Que dirons-nous des Macédoniens et des Grecs, qui redoutent votre grandeur comme plus capable de les accabler que les flots de la mer d'Jonie? Quant a tous les insulaires chez lesquels nous avons passé, ils se montrent tellement empressés et dévoués pour votre service, qu'on les croirait nourris dans votre palais et comblés de vos plus magnifiques et plus honorables bienfaits. Mais les grands de votre pays ne nous semblent pas assez soigneux de vous plaire, si ce n'est en votre présence; et en effet, quand, comme voyageurs, nous les avons suppliés de daigner faire quelque chose en notre faveur, par respect pour vous, que nous venions chercher de si loin, ils nous ont renvoyés sans nous écouter et les mains vides." L'Empereur alors priva de toutes leurs charges et honneurs les comtes et les abbés auxquels les ambassadeurs s'étaient présentés; quant aux évèques, il les condamna h de fortes amendes, et ordonna ensuite que les députés fussent reconduits avec les plus grands honneurs et les soins les plus attentifs jusqu'aux (routières de leur propre pays."
Ces rapports entre l'empereur d'Occident et les califes reposaient particulièrement sur