CHAPITRE XID
la nécessité mutuelle de surveiller les souverains de Byzance; l'admiration des califes était fort naturelle pour Charlemagne, mais la politique ne restait point étrangère à ces relations .suzeraines.
Le moine de Saint-Gall continue à raconter les ambassades merveilleuses qui vinrent saluer l'Empereur aux cours plénières d'Aixla-Chapelle: „II vint aussi des envoyés du roi d'Afrique, qui offrirent en présent un lion de Libye, un ours de Numidie, du fer d'ibérie, de la pourpre de Tyr, et d'autres productions rares de ces contrées. Le généreux Charles, non-seulement alors, mais pendant tout le temps de sa vie, lit don, à son tour, aux Libyens, très-pauvres en terres labourables, des richesses que fournit l'Europe, le blé, le vin, l'huile; il les nourrit ainsi d'une main libérale, se les conserva éternellement soumis et lidèles, et n'eut pas besoin de les assujettir à de vils tributs. Lui-même cependant envoya au roi de Perse des ambassadeurs qui lui présentèrent des chevaux et des mulets d'Espagne, des draps de Frise blancs, unis ou travaillés et bleu saphir, les plus rares et les pins cbers qu'on put trouver dans ce pays; on y .joignit des chiens remarquables par leur agilité et leur courage, et tels (pie le monarque persan les avait demandés précédemment pour chasser et prendre lus lions et les tigres. (Je prince, donnant à peine un coup d'oeil
aux autres présents, demanda aux envoyés quelles bètes sauvages ces chiens étaient dressés à combattre. Les députés ayant répondu qu'ils mettraient en pièces sur-le-champ tous les animaux contre lesquels on les lâcherait: „C'esf, répliqua le roi, ce que [trouvera l'événement." Voilà que le lendemain des bergers, fuyant devant un lion, poussent de grands cris; on les entendit du palais du roi, et celui-ci dit aux ambassadeurs: „Amis Francs, montez vos chevaux et suivez-moi.'1 Ceux-ci, comme s'ils n'eussent éprouvé ni fatigue ni lassitude, marchèrent gaiement à la suite du monarque. Quand on fut arrivé en vue du lion, quoique encore loin, le chef des satrapes dit à nos gens: „Lancez vos chiens contre le lion." Obéissant à cet ordre, et courant avec la plus grande vitesse, les francs égorgèrent avec leurs épées d'un acier du Nord, et encore endurcies par le sang des Saxons, le lion saisi par les chiens de Germanie. A cette vue, Aroun, le héros le plus brave des princes de son nom, frappé de la supériorité de Charles, même dans les plus petites choses, lui prodigua les plus grands éloges en ces termes.- ,.Je reconnais maintenant combien est vrai tout ce que j'entends raconter de mon frère Charles ; je Je vois par son assiduité à la chasse et son soin infatigable d'exercer sans cesse son corps et son esprit; il s'est accoutumé à vaincre tout ce qui existe sous