‹ Histoire de CharlemagneChapitre 86 sur 110 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

le ciel. Que puis-je donc faire qui soit digne de ce roi qui m'a comblé de si honorables soins? Quand je lui donnerais la terre promise il Abraham et qu'a vue Josué, il ne pourrait, à cause de l'éloignement, la défendre des attaques des barbares; ou si son magnanime courage le portait à la protéger contre eux, je craindrais que les pays qui confinent à celui des Francs ne tâchassent de se soustraire à sa domination. Je chercherai cependant les moyens de lui faire ce présent , je lui céderai la suprême puissance sur ce pays, et je le gouvernerai comme son lieutenant. Que toutes les fois qu'il le voudra on le jugera convenable, il m'envoie des commissaires , et il me trouvera administrateur fidèle des revenus de cette contrée *)."

L'histoire ne doit point prendre comme une vérité absolue ce récit du moine de Saintfiall, si enthousiaste pour Charlemagne, mais il constate l'importance que désormais le califat et les empereurs d'Occident apportent dans

*) M on a ch. S. -G ail, lib, II. Il y a dans ce [(tissage du moine de Saini-Gall une grande exagération ; évidemment les califes ne cédèrent point la souveraineté, mais un droit de passage pour le saint sépulcre. C'est depuis lors i|ue le nom de Franc est devenu si glorieux dans la Palestine. La vie de saint Williliald montre que les privilèges des pèlerins remontent liant. Marseille, Venise, commerçaient avec l'Orient,

leurs bons rapports: les Grecs leur étaient hostiles; les cailles aussi avaient pour adversaires les Arabes d'Espagne, que les Francs comptaient également pour ennemis. Charlemagne et Aroun-al-Raschid n'avaient aucun intérêt opposé; si la toi religieuse était un obstacle à leur intimité profonde, la politique, le commerce, les rapprochaient incessamment; ils se ménageaient. Les deux empires ne se touchaient par aucun point; Charlemagne trouvait dans l'amitié d'Aroun un moyen de développer sa manne et de favoriser l'esprit de pèlerinage, qui alors s'étendait vers la Syrie. Aroim-al-Raschid ne céda point la souveraineté de la Palestine à Charlemagne; c'était là une de ces traditions de chroniques que l'on peut placer clans les romans de chevalerie; mais il accorda aux pèlerins un libre passage pour Jérusalem. Les idées de pérégrination étaient familières à l'Orient; un tombeau faisait mouvoir des générations entières; les moeurs nomades rendaient communs les voyages d'un point h un autre du désert pour des actes de foi et de piété. On s'accorda mutuellement des privilèges, des prérogatives; Charlemagne et Aroun s'entendirent par une politique commune contre les Grecs; l'ascendant moral de l'Empereur en Orient grandit à ce point, qu'on reporte à son règne l'origine de la plupart des Chartres commerciales et des privilèges mercantiles des Français eu Syrie.

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