CHAPITRE XIII
Roi et empereur, C'harlemagne se trouve en rapport avec les émirs d'Espagne , les comtes de l'aslille, les vassaux ou les peuplades qui entourent ses; immenses domaines d'Occident. Quand on parcourt les Chartres, on est frappé de cette multiplicité d'hommages qui viennent saluer l'Empereur. Tantôt ce sont les émirs ou akayds de Catalogue ou du (ïuadalquivir, qui, chargés de présents, se déclarent vassaux dans ses cours plénicres: tantôt les chefs de tribus, les ducs, les comtes, viennent se grouper autour de l'autorité suzeraine de l'Empereur. Le. nom de Cbarlemague est partout si connu, que dès l'instant qu'il se montre, on vient à lui. Ce règne est tellement heureux, tellement fort , qu'on ne trouve qu'une seule défaite lamentable, celle de Roucevaux. On ne peut pas appeler rapports diplomatiques les relations qui s'établissent entre les émirs, alcayds, comtes de L'aslille et t'harlemagnc: ce sont des hommages féodaux, des soumissions par tributs et présents: il ify a de rapports sérieux, d'égal à égal, qu'avec les empereurs de Constaniinoplc et les califes de Perse.
Quelques Chartres constatent aussi les relations de L'harlemague avec les chefs, rex ou conducteurs de Pïïèptarchie saxonne, et particulièrement avec Ofla, roi d'Ecosse, qui parait l'ami de IT'.mpereur. L'Angleterre, dans ses divisions et ses morcellements infinis, avait eu le privilège d'envoyer presque tous les
puissants convertisseurs de peuples qui parcouraient l'Allemagne pour y prêcher la loi du Christ. Ces prêtres, dont Boniface fut le chef; venaient de la Grande-Bretagne pour annoncer la foi au monde; ils avaient quelque chose de hardi , d'audacieux , comme toutes les populations saxonnes. Ils traversaient la Belgique, la Neustrie, pour se transporter sur les bords de l'Elbe; Cliarlemagne mit beaucoup de prix à favoriser ces prédicateurs, instruments actils pour la conversion de la Saxe-, l'Empereur les exhorte, les prie incessamment de visiter les provinces de son empire; l'exemple de saint BonHace est puissant; Charles veut qu'il soit suivi, les prédicateurs chrétiens affermissent les conquêtes; ces relations avec les prêtres anglo-saxons préparent les plus vastes rapports qui s'établirent à la fin des Carlovingieus. Mais jusqu'au règne d'Alfred le Grand, rien d'un peu grand ne s'accomplit en Angleterre. La race saxonne demeure dans ses campements militaires morcelée en heptarchie; il n'y a pas plus d'unité que dans PAustrasie et la Neustrie avant l'avènement de Cliarlemagne. Chercher là des rapports réguliers, ce serait mentir à l'esprit du temps et à l'histoire.