‹ Histoire de CharlemagneChapitre 90 sur 110 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

génie de l'Empereur aimait ii vaincre les difficultés fie la nature et ne connaissait pas les obstacles, l'art fie l'ouvrier devait être déjà porté à une grande perfection. La solidité des cathédrales et des édifices constate à quel point de grandeur l'art était parvenu. Charlemagne avait h sa disposition non-seulement des hommes de race germanique, patients, laborieux, mais encore les ouvriers lombards, qui avaient hérité de toutes les traditions de l'ancienne Home, et les Grecs, que nul ne pouvait égaler dans les ouvrages d'adresse. Les machines de guerre étaient poussées à une grande perfection, et les Romains se trouvaient encore là les maîtres de tous pour élever une tour ou rendre solide une muraille. Ce pont du Rhin vis-à-vis fie Mayence, rebâti sur pilotis en bois et pierres, fut incendié par l'imprudence des mariniers, et la fin du règne de Charlemagne ne permit pas de le reconstruire.

Un projet plus vaste, plus gigantesque dont l'exécution rivalise peut-être avec les plus beaux travaux modernes, c'est la résolution prise par Charlemagne fie joindre le Rhin et le Danube par un large canal: Ratisbonue et Mayence étaient les points extrêmes de la ligne: l'importance de ce canal n'avait point échappé à l'Empereur ; il voulait joindre la Baltique à la mer Noire: on pourrait naviguer par le Rhin et le Mein, de l'Océan jusqu'à Constantiuople. Dès que l'Empereur est niaitre des

terres qui s'étendent de la Belgique à la Hongrie, ce projet préocupe son esprit; la distance de iVlayence à Ralisbonne est de cent lieues environ -, les canaux de Drusus et de Corbulon, le premier qui .joint le Rhin à l'Yssel, et le second qui réunit le Rhin à la Meuse, lui donnent l'idée d'un plus vaste travail qui enlacerait comme deux grands frères Je Danube et le Rhin. Charlemagne visite luimême le pays, sonde les rivières, reconnaît la possibilité de son oeuvre, et y met la main avec ardeur.

Quand vous visitez Ratisbonue, à trois lieues clans les terres, vous trouvez une petite rivière qui se nomme encore l'AIttuulh; elle prend la source près de Rotbeiibourg en Franconie; aujourd'hui elle n'est plus complètement navigable, parce que toutes les belles campagnes ont fait des saignées à la rivière et absorbent ses eaux. En remontant cette rivière l'espace de sept lieues, on se trouve à peu de distance de la Riza, que nous retrouvons encore en Franconie sous le nom de Retnitz; la Retnitz passe à Nuremberg, et se jette par Bamberg dans le Mein. Ce système fluvial se rattache à de très-courtes distances comme une belle lisière d'argent; il n'y avait qu'à lutter contre des obstacles de terrain et la difficulté de naviguer dans des rivières où les lits ne sont pas toujours profonds. Du Rhin au Mein, les eaux se marient dans de larges nappes, du

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