CHAPITRE XV
Etat des scie?ices et de la littérature sous Charlemagne.
Charlemagne se présente en histoire comme un caractère évidemment scientifique; souvent du milieu des civilisations primitives il s'élance des hommes qui se précipitent vers l'étude avec une indicible ardeur; il se mêle alors à leurs oeuvres quelque chose de rude, de sauvage, d'étrange qui se ressent de l'éducation première. Si Charlemagne se préoccupe avec enthousiasme des études romaines, au fond il reste germanique. Eginhard rapporte qu'il sut à peine former ses lettres; il compose avec dil'.'.cuité les caractères de son monogramme de îv a roi us, inscrit au bas des Chartres et diplômes. Est-ce par goût, est-ce par le désir de donner une grande empreinte à son oeuvre que Charlemagne étudie la science romaine ? Homme de guerre et de conquêtes, il a compris néanmoins tout le parti qu'il peut tirer d'une éducation latine pour les moeurs et pour assouplir les âmes; il a vu l'Italie, ses monuments, ses grandeurs; il a entendu sa langue,
sa musique; que ne peut-on tirer de la grande éducation romaine ou byzantine pour les peuples? 11 est en rapport avec les papes, entouré d'évèques et d'abbés qui parlent la langue grecque ou latine, qui écrivent en latin; il veut rester à la tète du double mouvement de l'Eglise et de la science, et comme tous les esprits supérieurs il domine et dirige ce qu'il touche.
Trois hommes lui servent à ses desseins d'organisation scientifique: Alcuin, Tbéodullé et Leidrade; ils représentent pour lui trois civilisations, trois langues, trois peuples; Alcuin (né en 735 dans la province d'York) est saxon d'origine, comme saint Boniface; il parle l'idiome de ces peuples que Chaiiemagne dompte jusque sur l'Elbe ; il en a l'imagination vive, enthousiaste; Théodulfe est lombard; il représente les lettres romaines, la littérature latine, la civilisation de Milan, de Raveime et de Rome. Leidrade, né dans la Norique, est l'homme de la patrie allemande, il conserve et perpétue la science profonde, solide et ferme.
Alcuin est un clerc très-fort d'études comme tout le clergé anglo-saxon de cette époque; il a iait d'activés et fécondes recherches sur les livres saints, sur la grammaire et la rhétorique; il a beaucoup écrit.
Théodulfe est le poète italien; la plupart de ses oeuvres sont en vers; il décrit tout