CHAPITRE XV
prouver que l'étude est la première condition du devoir; il revient sur sa vie entière, et s'il trouve des éloges pour son oeuvre, c'est qu'il a l'ait quelque chose pour les sciences. Ou (lirait, à voir sa vie active, qu'il est tout occupé de conquêtes, tout préoccupé d'ajouter quelque nouvelle terre à son vaste empire: ici dans la guerre contre leslluns, là contre les Sarrasins et les Saxons: eh bien, dans ses oeuvres, rien ne révèle le conquérant; tout se ressent du législateur et du prince studieux. On voit qu'il se complaît, lui si grand, à la science théologique. Le croirait-on? il lait un petit traité sur les sept dons du Saint-Esprit; il descend jusqu'à la plus minutieuse dissertation pour encourager le mouvement des études.
Le voici maintenant poète; il scande des vers latins, l'idiome scientifique de cette génération.
La douce et funèbre épilaphe d'Adrien, adieu d'un lils à un père, fut l'oeuvre de Charleinague, ainsi qu'un petit psautier envoyé au pape, et qui contient [mit un poème à l'éloge du pontificat Le diacre Paul Warnefrid s'est retiré sur le Mont - L'assit) pour y vivre de l'existence des ermites; Cliarlèniagne lui adresse quelques vers élégiaques pour qu'il vienne de nouveau dans son palais; ou dirait Auguste écrivant à Virgile; si Alcuiu se retire de la cour, car il est vieux et cassé, Cliarlemagne lui écrit comme à son maitre et à sou docteur: „Père,
vous avez pris le parti de la retraite et vous avez bien fait; aidez-moi par vos prières à parvenir au bonheur éternel." L'Empereur est h Rome, et il dicte encore de la ville éternelle, quelques vers familiers pour le solitaire du Mont-Cassin, Paul Warnefrid.
C'était aussi en vers qu'il s'exprimait quelquefois dans la langue de la patrie, il en dictait souvent en tudesque et en idiome germanique-, il lit recueillir les traditions des ancêtres; il voulut que les souvenirs du passé, les victoires des aïeux, fussent écrits par les scaldes et les poètes. Là fut peut-être l'origine de ces chansons de gestes, dont il reste aujourd'hui de grands débris; le temps a détruit les originaux de ces monuments en langue barbare; quelques mots, quelques phrases, jetés çà et là dans les inscriptions latines, indiquent à peine la langue parlée au Ville siècle.
Le suzerain puissant se fait grammairien; il commence une sorte de lexicon en langue tudesque, il y rattache les mots latins. Ce travail de comparaison, il l'établit sur une vaste échelle; il corrige de sa main les exemplaires de l'Écriture; il fallait qu'il fût parvenu à un haut degré de perfection dans l'étude des langues, puisque ses annalistes ont pris soin de noter que, roi et empereur, il revit avec un soin extrême les quatre évangiles sur le texte grec et la version syriaque. Il savait donc les langues orientales à ce point qu'il traduisait les