Chron., V. rjaô. — Texte rapproché du français moderne
7. Il est inutile de signaler une fois de plus l'invraisemblance de ce chiffre. Voy. ci-dessus, t. Il, p. i5o, n. a.
LES A?)GLAIS EN BOURGOGHK l65
fût-il. et pécher i\ leur volonté *. De quoi ils curent grande aise tout le temps et tout le carême, au moins les seigneurs et les- gens d'état, car le commun se contentait de ce qu'il pouvait trouvoT. Et avec ce le roi avait bien pour lui trente fauconniers à cheval, porteurs d'oiseaux, et bien soixante couples de forts chiens et autant de lévriers, avec lesquels il allait chaque jour en chasse ou en rivière, ainsi qu'il lui plaisait. Et aussi y avait-il plusieurs des seigneurs et des riches hommes qui a>aient leurs chiens et leurs oiseaux, tout comme le roi leur seigneur. »
Celte large et fastueuse existence — le lot de quelques privilégiés — n'était possible qu'au prix de razzias répétées, qui approvisionnaient le camp anglais et y faisaient régner l'abondance. Le même Froissart l'a dit, et également à propos du séjour d'Edouard 111 à Guillon : <( Tous les jours ses maréchaux et ses fourrageurs couraient le pays, brûlant, dévastant et pillant tout autour d'eux et rafraîchissant souvent l'ost de nouvelles pourvéances ^ ». Ceci est peut-être empreint do quelque exagération. Ni à ce moment-là, ni pendant la marche de Calais sur Reims, la guerre ne paraît avoir eu le caractère de destruction sauvage et sans merci, qu'elle alîeclait trop souvent et qr'elle devait reprendre, lorsque le monarque anglais, à la nouvelle du sac de Winchelsea, remonta brusquement sur Paris. Quelles considérations inspiraient Edouard III ? Peut-être l'arrière-pensée qui l'avait conduit sous les murs de Reims continuait-elle à lui dicter une modération relative. Peut-être n'obéissait-il, en se montrant un peu plus bumain, qu'à son intérêt bien entendu et à une nécessité impérieuse. Une armée comme la sienne ne pouvait subsister que si les habitants du plat pays assuraient de gré ou de force son ravitaillement. Quelques exemples faits à
I. f Les Anglais péchèrent môme les étangs, comme celui de Saint Euphrone. Arch. de la Côte d'Or. Comptes de l'Auxois, B. 2768. » (E. Petit, op. cit., p. 188, n. .).
a. CAron, V, 230. — Voy. des exemples dans Er. Petit, o/). rif., p. 180(87. C'est dans une de ces chevauchées que le maréchal Koger Mortimer, comte de March, aurait clé tué à Rouvray, le 26 février (Er. Petit, op. cit., 187). Il n'y fut peut être que blessé, ce qui se concilierait avec la version de la Scalacronica, 188189 : « ... où (à Guillon) Roger de Mortimer, count de la Marche et marschal del hosl et le plus secrc du dit roy, se lessa morir de fcvir (fièvre), le xxiiii jour de feverer. » Edouard III n fit déposer pro> isoirement.son corps à l'abbaye de P'ontenay, en donnant aux religieux mille moutons d'or pour rétablir leur église ».La dépouille mortelle du connétable fut ensuite rapportée en Angleterre et les funérailles se célébrèrent dan» la chapelle de Windsor (Er. Petit, ubi supra).
l66 DERNIÈRE CAMPAGNE d'ÉDOUARD III
propos suffisaient à briser et à décourager les résistances isolées. Des dégâts ou des cruautés inutiles auraient déterminé une fuite générale des paysans, très préjudiciable à l'envahisseur. Le système imaginé depuis longtemps par les Compagnies était le bon ; on s'y conforma. Des régions entière^ se « rançonnèrent » aux Anglais, à qui de semblables arrangements procuraient de l'argent, des vivres en abondance, tous les moyens de poursuivre une fructueuse campagne '. Le traité conclu à Guillon avec les bourguignons fut une opération de ce genre, mais de grande envergure, et à laquelle Edouard III attachait un prix particulier, car le duc était l'un des douze pairs — le plus puissant — sur le suffrage desqbelçil comptait pour se faire décerner la couronne de France *. Il était donc aussi habile qu'avantageux de garder vis-àvis de lui l'apparence des bons procédés et d'épargner ses états, en lui faisant payer très cher une neutralité forcée.
La situation du duché était telle, d'ailleurs, que, par voie d'inlimidalion, on pouvait tout obtenir de ses représentants. Depuis la mort d'Eudes IV (1349) ^> ^^^ avait réuni à ses dortjaines héréditaires la comté de Bourgogne *, ce grand fief était tombé aux mains d'un enfant, Philippe dit de Rouvre, virtuellement marié à l'une des plus riches héritières de la Chrétienté,'à la fille du comte de Flandre et de Neyers, Louis de Maie s. En réalité, ce prince, qui devait mourir le 21 no-
. I. VilUnJ, lib IX, cap. lxxxii, col. 697 : « Nondîmeno i paesanj delle castella (il s'agit de la Bourgogne), c si délié ville, pcr essere più sicuri, donavano al Re argento secondo loro possibilité. E di buona voglia li prendea, oli fidanzava. E per simile modo haveafatto ne gli altri paesidi Francia. Prendea da oui li s'era raccomandalo cio che dare gli volieno> sanza bargagnare, c havevangli fatti sicuri di preda c di guàsto. Onde per questa via havea accolla lanla moneta che di largo forniva i soldi, c'havea,a pagarc, e tutte altre spese occorrenti, san/a havere a trarrc d'Inghiiterra danajo. *
3. Ibid. a llduca era giovane, e di grande animo, e di possanza il maggiorc barone del reaiiie di Francia. e de' dodici pari, a cui stava la coronazione del reame di Francia, alla quale con tutti i sentimenti si dirizzava la 'ntenzione del Re d'Inghiiterra, la quale era freno che non lasciava trasandare gV Inghilesi. »
3. 11 mourut subitement à Sens le vendredi 3 avril iS^g (E. Petit, Hist. des ducs de Bourgogne de la race capétienne, t. VIll, p. 61). « ... la sepmainc devant Pasques fleuries. » (Gr. Chr., V, 488-489).
4. Il l'avait recueillie dans fa succession de sa belle-mère, Jeanne, reine de France et de Navarre (veuve de Philippe V), comtesse de Bourgogne et d'Artois, qui mourut à Rye en Picardie le ai janvier i33o, instituant pour héritière l'aînée de ses filles, Jeanne de France, femme du duc de Bourgogne (Chérest. VArehiprétre, 108 cl n. 1).
5. Ph. de Rouvre était né à la fin d'août ou au commencement de septembre i346. On ne saurait préciser davantage. Avant la publication de l'Hist. des ducs de Bourgo-