Froissart, V, aai
l64 DERNIERE CAMPAGNE d'ÉDOUARÏ) III
Ce seigneur était Miles de Noyers* et sa captivité ne remontait pas à la bataille de Poitiers, comme ledit Froissart, — sa première rançon avait été payée. — mais à une rencontre toute récente, le combat de Brion, où il avait eu la malchance de tomber pour là deuxième fois aux mains des Anglais ^. « Le roi et son armée vinrent prendre gîte à l'Isle-sur- Serain, en suivant les bords de la rivière, et arrivèrent enfin à Guillon, la nuit des Cendres, c'est-à-dire le 19 février iSôo^ )^ Ils avaient pu ainsi, — en marchant de nuit, — passer sans être inquiétés au pied du château de Montréal, situé sur une éminence isolée, fortement occupé, et dont l'artillerie leur eût causé, de jour, de sérieux dommages '♦.
Deux seigneurs franc-comtois, depuis longtemps inféodés aux Anglais, Jean de Neufchâtel et Guillaume de Granson, leur avaient servi de guides, et ne les avaient que trop bien dirigés, en amenant l'armée d'Edouard 111 à l'entrée des défilés qui donnaient accès au cœur du duché de Bourgogne, « dans cette plaine proverbialement riche de la vallée d'Epoisses, où elle devait si longtemps séjourner^ ». Elle y eut une vie singulièrement facile et agréable, car Froissart en a laissé un tableau enchanteur, qui contraste avec les misères et les privations du reste de la campagne, u Vous devez savoir, dit-il ^, que les seigneurs d'Angleterre et les riches hommes menaient sur leurs chars tentes et pavillons, moulins, fours pour cuire et forges pour forger fers de chevaux et toutes autres choses nécessaires. Et pour tout ce étoffer ils menaient bien huit mille chars ', tous attelés de quatre forts roncins que ils avaient mis hors d'Angleterre. Et avaient encore sur ces chars plusieurs nacelles et batelets, faits et ordonnés si subtilement de cuir bouilli que merveille était à regarder. Et si pouvaient bien trois hommes dedans aider, pour naviguer sur un étang ou un vivier, si grand
1. Miles XII, petit-fils de Miles X, maréchal de France, bouteilleret porte-oriflamme (layi-iSBo) ; neveu de Jean de Noyers, comte de Joigny, gouverneur de Bourgogne (i3a3-i36i). Voy. Er. Petit, Les sires de Noyers (Bulletin de la Soc. des scienceshistor. et naturelles de l'Yonne, 187^; p. 67-879).