LES ANGLAIS SOUS LES MURS DE PARIS
prix. Par son ordre, le feu fut mis à l'église et il s'y propagea avec une telle rapidité que tout fut détruit et que, sur les douze cents personnes enfermées dans ses murs, trois cents à peine purent échapper à l'incendie. Encore fut-ce pour tomber, presque toutes, sous les coups des Anglais qui, avant de les tuer, leur prodiguaient les sarcasmes, car le désastre dont elles périssaient victimes n'était pas le fait de l'ennemi, mais de ceux qui auraient dû les protéger'.
Le vendredi et le samedi saints, des bandes anglaises mirent le feu à Montlhéry et à Longjumeau^. De Paris, on apercevait la lueur des incendies allumés par les envahisseurs '^ Prise de terreur, la population des campagnes était venue chercher un abri dans la grande ville dont les faubourgs eux-mêmes se vidaient *. Le samedi-saint, les deux grandes boucheries de Saint-Marcel et de Saint-Germain furent transférées à l'intérieur de la cité ^. C'était un spectacle lameillable que celui des malheureux paysans, — honimes, femmes et petits enfants, — fuyant éperdus, dans un complet dénuement 6. Le chroniqueur Jeande Venette note que, le jour de Pâques, dans la seule église des Carmes de la place Maubert, il vit les curés de dix villages de la banlieue donner en même temps la communion à leurs paroissiens '.
Les fêtes pascales retinrent Edouard III à Chanleloup jusqu'au mardi 7 avril. Il se remit alors en marche et vint occuper avec son armée la ligne des hauteurs qui dominent Paris au sud-ouest, entre la rive gauche de la Seine et le cours de la Bièvre. Il s'établit de sa personne à Châlillon au-dessus de Montrouge, tandis que ses lieutenants occupaient Issy, Vanves, Gentilly, Cachan et même Vaugirard ^. Quelques partis anglais se détachèrent aussitôt, et, se rangeant en bataille à proximité de l'enceinte, firent mine d'attendre les Parisiens.
I. Contin. chron. Guill. de Nangiaco, n,.3o/i-3oG. — Des lettres de rémission citées par S. Luce confirment le récit de Jean de Venelle et aggravent plutôt encore les torts du capitaine. Voy. la note précédente.
a. Même chronique, p. 3o3.
3. Ibid. : « ... unde fumi et flammaB usque ad cœlum ascendentes videbanlur Parisius in locis infinitis ».