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LA TRÊVE ET LE TRAITÉ DE PAIX

l'ignore absolument. A peine est-il possible de soupçonner quelquesunes des exigences d'Edouard lll, dont il se serait peu à peu départi. Ainsi, Jean le Bel, en résumant les principales clauses du traité, dit que le tiers de la rançon, soit un million d'écus, devait être payé dans les trois semaines qui suivraient l'arrivée de Jean 11 à CaJais ; la remise des provinces cédées au roi d'Angleterre aurait dû se faire également dans le même délai de trois semaines*. On a supposé que ces conditions inexécutables et fort dilTérentes de celles qu'on y substitua, figuraient dans le projet primitif communiqué aux envoyés du régent. Le chronrqueur aurait connu, on ne sait par quelle voie, sinon le texte même de ce projet, au moins l'un des articles qu'il comprenait originairement '-. 11 est possible aussi qu'une telle variante ne soit rien de plus qu'une de ces inexactitudes, si fréquentes chez les chroniqueurs.

Quoiqu'il en soit, l'entente définitive et complète, telle qu'on n'osait plus l'espérer 3, se fit le vendredi 8 mai, ou mieux la veille. C'est le 7 mai, en effet, que fut conclue et publiée la trêve, qui devait durer jusqu'à la fête de Saint-Michel, et se prolonger ensuite une année entière, c'est-à-dire jusqu'au 29 septembre i36i ''. Elle était indispensa-

1. Chron., II, 3i.'j-3i5 : «. .:.le premier payement dedens trois seplmainnesaprcz la fesle Saiiil-Jelian, l'an mil ccclx... et le roy Edovvart aussi... promist de ramener le roy Jehan de France à Kalays, dedens le jour de la feste Saint-Jehan, et là le tenir par l'espace de trois seplmainnes à ses despens, dedens lesquelles les Françoys debvoient avoir accompli les dessusdites convenances et mis les gens du noble royEdowart en possession paisible de tous les chasteaulx, villes, places et terres qu'il devoit tenir cl avoir sans ressort ».

2. Ch. Petit-Dulaillis et Paul Collier, La diplomatie française et le traité de Brcligny, dans Le Moyen Age, année 1897, p. 7. — Le délai fut porté, pour la remise des terres, jusqu'au 29 septembre i30i, et pour les 600.000 premiers écus de la rançon jusqu'à i\ mois après l'arrivée de Jean II à Calais.

En ce qui touche le premier terme de la rançon, une concession importante et réelle fut faite à Brétigny. Le premier traité de Londres stipulait, tout comme le second, que les Goo.ooo écus seraient payés avant que le roi de France partît d'Angleterre.

3. Dans une lettre aux habitants de Montpellier (18 juin i3r)o), le Roi parle de celle paix « qui a esté faite ansique par divin miracle ». (Arch. commun, de Montpellier. Fonds du Grand Chartrier, D. xix).

'4. Le lexle de la trêve proprement dite — - ce que les Grandes C^/on. appellent cdes lettres de Monseigneur le régent conlenam^ l'ordenance des trieves » — a été ira.primc par Uymer, d'après l'original (Fœdera, III, r p., p.'/iSfi. — De treugis per primogenitos regum Anglifr et Franci.n Carnotis oaptis). Cet original est conservé aujourd'hui au P. R.O. Diplomatie documents, Exchequer, n" 1/193. La lecture en est

jOO la paix de BRETIGNTf

bleàTexéGulion des nombreux articles du. traité, qui ne pouvaient être « accomplis en bref temps* ». L'instrument diplomatique porte la date du 8 mai, les plénipotentiaires ayant échangé ce jour-là les ratifications et les serments, qui mettaient fin à leur mission ^. Ni ces ratifications, ni ces serments ne suffisaient. Le régent et le prince de Galles n'ayant pasété présents en personne aux conférences de Brétigny, il était nécessaire d'obtenir leur « aveu », car au xiv' siècle un mandant conserve la faculté d' « amender » ou de « désavouer » l'usage fait par un procureur ou mandataire des pouvoirs qui lui ont été conférés. Les deux princes donnèrent explicitement leur approbation à tout ce qui avait été convenu, pour eux et en leur nom. Enfin, comme nous le verrons bientôt, ils jurèrent à leur tour, après leurs procureurs, d'observer et defôire observer le traité de paix. 11 est à remarquer que les fils aînés des rois de France et d'Angleterre intervinrent seuls dans ces premières négociations 3. A Calais mémo, Jean II et Edouard III se

assez difficile, le parchemin ayant beaucoup souffert de l'humidité. On peut cependant corriger la plupart des fautes de lecture échappées à Rymer. L'acte se termine ainsi : « Donné à Chartres (et non : Chastres) le vu* jour de. may l'an de grâce mil CGC soixante.

[Par le Conseil] estant fà Chartres]

[N. de Veyres] v.

Même texte avec des variantes de rédaction sans importance dans les Gr. Chron., VI, p. ao2-ao6.

On a, du 7 mai également, un mandement du régent « à tous les justiciers et sujets » du royaume, pour leur notifier la trêve et ordonner de la faire « crier et publier )) (Rymer, Ili, l'p., p. 485. — Gr. Chr,, VI, 206-207; avec quelques variantes de rédaction. -C- Dans les Fœdera, la pièce est datée de Chartres ; dans les Gr. Chr., de Bretigny-lez-Chartres).

Les lettres du prince de Galles, portant « erdenance » des trêves, et pareilles mutntis mutandis à celles du régent, sont dans les Gr. Chr., VI, 207-211.

1. Gr. Chr., VI, 2o3 : «... comme... ait esté traictié bonne paix et accort final a tousjours durans au plaisir de Dieu, contenans pluseurs articles, les quelz ne peventmieeslre acompliz en brief temps ; et pour ce convient que ce pendant bonnes trêve» et loyaux soient prises, accordées, tenues et gardées d'une part et d'autre, tant de leurs royaumes que dehors leurs royaumes ».

2. Rymer, III, i* p., p. igSetsuiv. Tractatus magnie pacis Bretigniaci prope Carnotum conclusaî (8 mai i36o). D'après l'original. Texte français avec traduction latine en regard. — Grandes Chron., VI, 176-200. « Ci commence toute l'ordenancedu traictié entre les ii roys de France et d'Angleterre et les leur ».

3. Gr. Chr., VI, 173-175 : « Ci est la teneur d'une des lectres de monseigneur le régent, de l'adveu des Iraicteurs de la paix de la partie du roy de France et de luy ». — « Charles etc. Toutes lesquelles choses... et chascuned'icelles... nous acceptons, accordons, aggreons, approvons et conformons de nostrc certaine science, et le[s] voulons avoir vigour cl fermelc,si cl par tele manière comme se nous les eussions traicliécs.

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