ANALYSE DU TRAITE
bornèrent à une dernière et plus solennelle ratification du traité. Mais ceci anticipe sur la suite des événements, et il convient de ne pas différer l'analyse d'un acte qui domine tout le règne de Charles V, et dont les dispositions essentielles ne sauraient être précisées avec trop de soin.
il. — A ses possessions héréditaires en Gascogne et en Guyenne, le roi d'Angleterre réunissait irrévocablement, pour les tenir avec les mêmes droits que le roi de France *, les provinces, terres et pays, dont l'énuméralion suit : le Poitou, y compris le fief de Thouars et la terre de Bellevillc^ ; la Saintonge, l'Agenais, le Périgord, le Limousin, le Quercy ; la cité, le château et la terre de Tarbes ; le pays et le comté de
parlé, accordé, juré et promis en noslre propre personne ». Sans date dans les Grandes Chroniques. Les lettres en question ont sans doute été données à Paris le lo mai, le jour où le régent « jura » le traité. Ce qui autorise tout à fait à le penser, c'est que la ratification du traité par le prince de Galles est datée de Louviers et du 10 mai, c'est-à-dire du jour et du lieu où lui-mcme prêta serment (Gr. Chr., Vî, 175-aoo). L'original publié par Rymer sous le titre de Tractatus magnœ pacis Bretigniaci (111, i" p., p. 687-^94, « ex aulographo ») reproduit purement et simplement le texte des conventions de Brétigny, sans aucune confirmation, ni approbation du régent de qui émane l'acte (« Charles etc.... »).
I. Art. i" : « ... par la manière que le roy de France, ou son filz, ou aucuns de ses ancestres roys de France les tindrcnt, c'est asavoir ce que en souveraineté en souveraineté, ce que en demaine en dcmainc » (Gr. Chr., VI, 176).
a. Dans le sens le plus large du mot — et c'est ainsi que les Anglais l'interprétèrent— la terre de Belleville comprenait les biens qui avaient été confisqués en i343 sur Jeanne de Belleville, femme d'Olivier de Glisson. On pouvait aussi n'y voir que la chàtellenie de Belleville, et c'est ainsi que l'entendait Jean II, lorsqu'on septembre i36i, il restitua au fils d'Olivier III de Clisson, décapité à Paris sous le règne de Philippe VI, les terres de la Garnache et de Beauvoir en Poitou, et de ("hamptoceaux en Anjou. Elles faisaient partie de l'héritage de Jeanne de Belleville cl les conseillers d'Edouard III soutenaient que Jean II n'avait pas le droit de faire celte restitution, puisqu'aux termes du traité de Brétigny toute la terre de Belleville lui avait été cédée. On négocia longtemps, avant et après l'avènement de Charles V, pour résoudre la difficulté et trouver les termes d'un accommodement. En 1869, au moment de la reprise des hostilités, la question était toujours pendante.
Le fief de Thouars ou de Thouarçais, qu'il ne faut pas confondre avec la Vicomte de Thouars, faisait partie intégrante de la terre de Belleville.
Belleville-sur-Vie ; Vendée, arr' de la Roche-su r-Yon, c"" de Poiré-sur-Vie.
Thouarsais-Bouildroux : Vendée, arr' de la Roche-sur-Yon, c"' de la Châtaigneraie.
(Paul Guérin, Arch. histor. du Poitou, III, 188O, p. Saô, n. i.)
Pour fixer les idées, je ferai remarquer que la terre de Belleville correspondait assez exactement à cette partie du Bocage vendéen où opéra Charelte. Le château de la Jaunaye, quartier général de Charelte, est au centre du pays qui fut l'héritage de Jeanne de Belleville.
a03 LA PAIX DE BRETTGNY
Bigorre ; le comté, la terre et le pays de Gaure ; l'Angoumois, le Rouergue ; le comté de Ponthieu et tout ce qu'Edouard lïl et ses ancêtres avaient eu *« en la ville de Montreuil-sur-mer et en ses dépendances » ; le château et la ville de Calais et quelques seigneuries avoisinantes ; le comté de Guines.
Edouard 111, qui n'avaitjamais dû faire grand fonds sur ses prétentions dynastiques, tranchait en quelques mots cette vieille querelle ; il renonçait « au nom et au droit de la couronne de France », et du même coup, comme par voie" de conséquence, à la souveraineté et au domaine du duché de Normandie, du duché de Touraine, des comtés d'Anjou et du Maine, du duché de Bretagne. L'anliquc patrimoine des Plantagenets, qu'il avait tenté, l'année précédente, de reconstituer à son profit, demeurerait donc à jamais morcelé. Sans doute, les sacrifices imposés aux Français étaient très durs, mais, en revenant aux conditions du premier traité de Londres, en les adoucissait même sur quelques points, les Anglais faisaient ou semblaient faire d'importantes concessions. En tout cas, ils rendaient la paix possible.
Le roi de France ne conservait aucun droit de suzeraineté sur les terres cédées, que le roi d'Angleterre tiendrait (( en toutes franchises et libertés perpétuelles, comme seigneur souverain et lige et comme voisin aux rois et au royaume de France, sans reconnaître souverain ou faire aucune obédience, hommage, ressort, sujétion, et sans faire en aucun temps avenir aucuns services ou reconnoissance au roi, ni à la couronne de France* ».
Cet abandon de la « suzeraineté,» et du « ressort » ne résulterait pas uniquement d'une stipulation du traité. Il devrait se faire, en termes exprès, dans un délai, et suivant des formes à déterminer ultérieurement. L'article 12 du traité de Brétigny, qui est ici visé, et que je crois utile de reproduire en entier, ne se retrouve plus dans le traité définitif de Calais. H en a été disjoint, ainsi qu'une partie de l'article II, — celle d'où a été extraite la citation précédente, — pour être incorporé dans un acte distinct, connu sous le nom de « Charte des renonciations ». Cette disjonction a eu, ainsi qu'on le verra, des conséquences fort graves :
(( Hem, est accordé que le roi de France et son fils aîné renonceront expressément aux dits ressort et souveraineté et à tout le droit qu'ils