‹ Histoire de CharlesChapitre 144 sur 301 · L EXECUTION DU TRAITE 3 I · texte numérisé non relu

L EXECUTION DU TRAITE 3 I

nir. à de lourdes charges, mais encore insuffisantes et qwî ne les. préservèrent pas de nouvelles vexations.

Pétrarque, qui vint à la cour de France dans les premiers jours de l'année suivante *, comme j'aurai lieu de le redire, a-t-il eu connaissance de ce traité humiliant? Peut être, mais il n'est pas si'ir qu'il faille expliquer par là un passage de sa correspondance, souvent cilé et qui demeure, malgré tout, assez énigmatique^ : u Chose lamentable et vraiment honteuse, écrit Pétrarque ! le roi de France lui-même, son fils qui règne à présent, ont trouvé des empêchements pour rentrer dans leur pays; ils ont été contraints de traiter avec des brigands pour voyager sûrement sur leurs terres. Qui donc dans ce royaume si fortuné eût pu, je ne dis pas le penser, mais même se le figurer en rêve? Comment la postérité pourra-t-elle le croire ? ^ ».

Siméon Luce a vu le premier dans les lignes qui précèdent une allusion à la convention du i3 mai i36o. Le rapprochement est ingénieux, mais je ne sais s'il est très légitime. Pétrarque semble se référer à des négociations quelque peu postérieures en date, et le texte original est moins précis que la traduction qui en a été donnée. 11 est probable qiie le i3 mai, cmq jours après la conclusion de la paix, on se préoccupait d'autre chose que du retour, sinon problématique, en tout cas encore assez éloigné du roi Jean.

Le plus urgent était de mettre fin à l'état de guerre, qui avait été le prétexte de méfaits sans nombre ^, de prévenir aussi les représailles qui en étaient la conséquence trop légitime. Pour éviter de nouveaux conflits, pour désarmer les rancunes provoquées par les «-pillards » de

1. Mémoires présentés... à l* Académie des Inscript, et Belles-lettres elc. Deuxiènje série, t. m, Paris, i85^, p. 172-228, — Ambassade de Pétrarque auprès du roi Jean le Bon, par A. Barbeu du Rocher.

2. Voy. à ce sujet la conjecture de S. Luce, Hist. de B. du Guesclin, SiS-Sig.

3. Voici le texte latin, cité par S. Luce, que j'ai traduit directement, la traduction de Luce forçant un peu le sons : « Illud prorsus miserum pudendumque, reditu in patria prohibilos, et regem ipsum et filium qui nunc régnât, coactosque cuDi prfpdonibus pacisci, ut tutum per suas terras iter agercnt ; quis hoc, illo in rejîno fclicissimo, non dico cogilasset, scd unquam etiam somniasset ! Quomodo vero credent hoc posleri ! » On lit dans VHist. de B. du Guesclin : « ... Le roi luinrif^me, au retour de sa captivité etc ». Les mots soulignés ne sont pas dans le latin. Enfin, traduire in patria par : dans sa capitale est un peu tendancieux.

'i. Ordonn. des rois de France, 111, /197 (Paris, 22 mai i36o) : < Charles etc. Comme plusieurs et innumcrables pilleries, larrccins, roberies et autres maleOces aient esté commis et perpétrez ou dit royaume, durant ces guerres, soubz umbre et à cause d'icellcs etc. »

3l6 LA PAIX DE BRÉTIGNT

toute nationalité, le régent agit comme il l'avait fait après la répression de la Jacquerie. Le 22 mai, il promita remission plénière et absolution» à quiconque solliciterait des lettres de pardon, pour des crimes commis pendant la durée des hostilités *.

V. — Il ne faisait de doute pour personne que le roi Jean approuverait les stipulations de Brétigny. Il s'était lié les mains à l'avance, et par ses déclarations antérieures, et par les pleins pouvoirs donnés à son tils aîné. On peut donc être surpris que cette approbation, au moins dans sa forme officielle et explicite, se trouve pour la première fois dans des lettres du i4 juin, c'est-à-dire postérieures de près d'un mois au retour d'Edouard III ^.

Faut-il y voir la preuve (jue le roi d'Angleterre regrettait les concessions faites et hésitait à les rendre définitive^? Il est certain qu'il y eut dans la suite des négociations, sinon un temps d'arrêt, au moins un ralentissement. Par là s'explique une certaine inquiétude manifestée par le Pape dans une lettre à Edouard HI, où cependant il témoigne surtout sa joie du succès qu'ont eu ses efforts 3. Vers le même temps, il recommandait au roi Jean de ne pas compromettre, par des susceptibilités hors de saison, les résultats obtenus *. La recommandation

I. Ordonn. des rois de France, 111, 49.7. — Ces lettres abondent au Trésor des Char tes. 11 y eut désormais, à la chancellerie royale, un type courant de plus, en fait de lettres de rémission : « la Ghartre en la fourme des pillars » (Arcb. nat., JJ. 88, fol. 39'°, n° 59 ; Hesdin, août i36o), comme il y avait déjà la « Ghartre de Jaquerie » {Ibid., fol. 39", n* /|3 ; Hesdin, juillet i36o).

a, Voy. ci-après, p. 218. •

3. Rymer, III, T'p., p. 5oi. Villeneuve-d'Avignon, 3o juin : « Bulla Innocentii VI Papa; super gaudio etcxultatione propter pacem, inter reges Anglia? et Franciae reformatam etc. ».

II. Reg. Vatic.^ j^o, a* p., fol. 96-96" (Villeneuve-d'Avignon, 6 juillet) : a Serenilatem itaque luam paternis rogamus affectibiis et plenis desideriis attentius obsecràmus quatinus, diligcnter atlcndens et in examen régie considerationis adducens quanta ex hujusmodi concordia tam persone tue quam regno prefato et populis plurimis sub christiana religionc degentibus secutura sint commoda depositis odiis et rancoribus quibuscumque intra tue mentis forsitan sécréta conceptis, tractatus, conventiones-^t pacta predicta, tanquam rex non minus paciencia quam magnitudine predicanikis, magnificus animi tui victor acceptes, et ad ea celcriter fine laudabili terminanda opcram dare sludeat benignitas cCficacem. Quod si forte in hujusilnodi prosecutione negotii aliqua ex predictis ad observandum difllcilia et régie minus conveniencia magnitudini tue mentis conspectui redderentur, ea tamen prosequi usque ad felicem exilum tue magnitudo prudencie non omittat. Quid enim in prefato negocio tam grave aul arduiim videri polerit, quod non levé ac

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