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RATIFICATION DU TRAITÉ PAR LES DEUX ROIS

était superflue, car celui à qui elle s'adressait avait accepté, dès qu'il les avait connues, les conditions de son adversaire. Le ua mai, il le mandait, en termes très nets, aux habitants des sénéchaussées du midi * ; le 8 juin, il le répétait dans une lettre aux bourgeois de Reims, où il indiquait les motifs qui avaient entraîné son acceptation^. Il s'était déterminé, disait-il, bçaucoup plus i< pour le commun profit ;> de son royaume et de « toute Chrétienté » que « pour sa délivrance -^ ». La question d'argent le préoccupait avant tout. Il était bien stipulé dans le traité de Brétigny qu'il serait amené à Calais au plus tard trois semaines après la fêle de la Nativité de S. Jean-Baptiste. Mais à Calais il serait encore en territoire anglais et toujours captif. Il ne recouvrerait sa liberté qu'après avoir payé 600.000 écus sur les 3. 000.000 qu'il devait acquitter pour sa rançon, et ce premier versement était exigible dans les quatre mois qui suivraient son retour sur le continent. Aussi ne cessait-il d'écrire aux habitants des principales villes du royaume, les pressant de tout mettre en œuvre, pour que son élargissement eût lieu à l'époque convenue. Ce serait, en effet, pour ses sujets comme pour lui, le pire déshonneur, si, faute d'avoir pu tenir les engage-

facile luo debeat presèntari judicio.si cum liberatione tue excellentie, cum luoriim subditoruin et regni lui tam dudutn innumeris laboribus fatigati quietis ac pacis solacio conferatur?. . . Eya igitur, inclite princeps, in hujusmodi négocie non quod velis attendas, sed quod affert temporum conditio patienter recipias, et, prout magniludinem tuam decet, cum rerum dispositione concordes neve quod libi tua magnitudo suggerit velis inspicere, sed illud potius quod communis utilitas plus requiril etc. ».

Lettres du même jour à Edouard III pour lui demander de hâter le plus possible la conclusion finale du Iraîté et surtout la mise en liberté du roi de France {Ihid., fol. 93").

I. Arch. commun, de Toulouse. — Ptibl. par M. L. Delislc, dans le Journal des Savants, mai 1900, p. Sog-Sio, d'après une communication de M. Vignaux, archiviste de la ville de Toulouse. « ... nous summes accordez et descenduz, et avons ferme et agréable la dilte paiz traictée, accordée et jurée, comme dessus est dit... ». Même lettre aux arch. commun, de Montpellier (Fonds du Grand Chartrier, H. 6, n° 8899 ; vidimus sous le scel du bailli royal de Montpellier, 33 juin i3Go), et aux archives communales de Rodez (CC. 36!. Original, parchemin).

3. Arch. commun, de la ville de Reims. Original, parchemin. — Publ. par Varin, Arch. adni. de la ville de Reims, III, i63-i66.

3. • ... pour le commun profit de nosire dit roiaume et de toute Creslienté, phis que pour nostre délivrance... ».

Cf. une lettre du 18 juin aux habitants de Montpellier : a ... pour le profit commun et de toute Creslienté, et pour le repos et transquilité de vous et de tous noz autres bons et loyaux subgez plus que pour nostre délivrance .. » (Arch. commun.. Fonds du Grand Chartrier, D.XIX).

2l8 LÀ PAIX DE BRÉTIGNT

ments pris en son nom, il était obligé de rester prisonnier de ses ennemis*.

Le dimanche, iZi juin ^, dans « une tourelle» delà Tour de Londres, en présence de nombreux témoins 3, les deux rois échangèrent les promesses et les ratifications annoncées par le traité à Brétigny'^ Jean 11 promit, en outre, de se considérer toujours comme le prisonnier d'Edouard 111, tant que la paix n'aurait pas été jurée solennellement à Calais, de ne rien faire pour abréger sa captivité, et, s'il en était tiré contre son gré, de venir se remettre entre les mains du roi d'Angleterre ^.

Peu de jours après (17 juin), les premières mesures étaient prises pour la venue de Jean II à Calais. Jean de Beauchamp, connétable du château de Douvres et gardien des Cinq-ports, recevait l'ordre de réunir sans retard les vaisseaux nécessaires au transport du roi de France et de ceux qui l'accompagneraient^. Le 3o juin enfin, Jean quittait Londres, après avoir prodigué autour de lui les marques d'une générosité et d'une munificence toutes royales, qui eussent été mieux en situation si la détresse du royaume n'avait pas été aussi navrante^. Le voyage du Roi s'étant fait à petites journées, il n'atteignit Douvres que le 6 juillet ; il y resta jusqu'au surlendemain. Le jour de son arrivée, il dîna au

1. Lettre précitée aux habitants do Montpellier : «... car ce seroit grant domage à toute la Creslienté, se la dite pais ({ui a esté faite ansi que par divin miracle et nobtre délivrance estoient retardées ou empeschées par deffaut de finance, et aussi seroit grant blasme et vilenie à nous et à tous ceuls de nostre royaume, se par tel delTaul il nous convcnoit retourner de Calais prisonnier en Angleterre ».

2. Gr. Chron., VI, 31 5. — Martène, Thésaurus anecdotoruni novus, I, col. 1/427.

3. Martène, op. cit.^ col. 1^26-1^27. Mémoire de ceux qui furent présents quand les deux roys ratifièrent le traitlié fait par les deux filz ainsnez : « Item, ce mesme jour XIII (corr. XIV) de juing en une tourelle dedans le chastel appelle la Tour de Londres etc. ».

li. Martène, u6tsu/ïra,çbl. 1/127. — Lettres de confirmation du traité de Brétigny par Jean 11 : « Datum in civitate Londonensi sub sigillo noslro secrète xiv die mensis junii anno Domini MCCCLX ».

5. Martène, Thésaurus, col. 1626 : « Comment le Roy promet au roy d'Angleterre tenir loyal prison ».

0. Rymer, 111, i" p., p. 499 : « De passagio consanguinci Franciae ad Calesium » (17 juin i3Co).

7. Douët-d'Arcq, Comptes de l'Argenterie au XIV' siècle, p. 270. Pour les libéralités de Jean II ayant son départ, voy. le môme compte d'Etienne de la Fontaine et le mémoire si souvent cité du duc d'.Aumale. — Joignez-y : Champollion-Figeac, Lettres (lf!< rois etc., Il, 120, n" lxxi (Offrandes faites par le roi Jean dans l'église Saint- Faul de Londres, le 27 juin i36o).

LE liOl DE FRANCE A. CALAIS aiQ

château avec le prince de Galles*. Lin ccuyer d'Edouard 111 lui ayant apporté à Douvres le gobelet dont se servait son maître. Jean, touché du procédé, y répondit par le don de son propre hanap, qui était celui même dont avait usé saint Louis-.

La traversée s'efTectua dans la matinée du 8 juillet. Jean II était à bord d'une nef équipée aux frais du roi d'Angleterre, mais il avait dû prendre à sa charge toute la dépense de cinq autres bâtiments qui portaient ses bagages et les gens de sa suite 2.

A Calais, il fut logé au château * et soumis sans doute à une surveillance assez étroite, malgré l'engagement d'honneur qu'on lui avait fait prendre à Londres. Pour sortir de prison, il devait, ainsi qu'il a été dit, payer un acompte de 606.000 écus sur sa rançon, livrer le comté de Guines, la ville et la forteresse de la Rochelle avec toutes leurs dépendances, enfin remettre aux Anglais les quarante otages exigés par le traité de Brétigny. Edouard III avait limité à quatre mois le délai dans lequel devaient être exécutées les clauses, à l'accomplissement desquelles il subordonnait l'ouverture des dernières négociations. Il ne vint lui-même à Calais qu'au commencement d'octobre, lorsque, satisfaction lui ayant été donnée sur presque tous les points, il estima que le moment était arrivé de rendre la liberté à son captif^.

1. Douël-d'Arcq, op. et loc. cit. : « Lundy vi* jour de juillet à Douvre ; et dina le Roy ou chaslel avec le prmce de Gales ».

3. Ibid. : a Un escuier du roy d'Angleterre qui apporta au Roy le propre gobelet à quoy le roy d'Angleterre buvoit, qu'il li envoioit en don, et le roy li envoia en don le propre hanap à quoy il buvbil, qui fu monseigneur S' Loys, pour don fait au dit escuier, à la relacion mons. de Tancarville, 3o nobles ; valent : 10 livres ».

Parmi les dépenses du Roi pendant son séjour à Douvres, je trouve les articles suivants :

« Les Cordeliers de Winchelese : 10 escus, valent 33 s. 4 d. » « Les Jacobins de Vinchelesc : 10 nobles, valent 66 s. 8 d. »

Ces dons étaient-ils faits en réparation du sac de la petite ville?

3. Douct d'Arcq, op. cit., p. 270 : « Mercrcdy, vin'= jour de juillet que le Roy arriva par mer de Douvre à Calais, à matin ».

Lettre de Jean 11 aux gens des comptes (9 juillet) : «... car sachiés que nous sommes à Calais venus le huitième jour de ce mois de juillet... » (Bibl. nat., Collection Decamps, t. XLVI, fol. .'i38-!i38'° ; d'après le Mémorial 1). de la Chambre «les Comptes). — Cf. une lettre du 11 juillet aux habitants de Reims (Varin, o/». cil., lll, 1O5-166).

.'i. (ir.-Chr., VI, 3 1 5.

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