‹ Histoire de CharlesChapitre 164 sur 301 · Cosneau · texte numérisé non relu

Cosneau

k- « Après plusieurs altercations », dit la lettre ou charte des renonciations que nous citerons plus loin.

5. Gr. Chr., VI, i8;4. — Texte rapproché du français moderne.

6. Pour tout ce qui va suivre, je me suis beaucoup servi d'un article déjà cité de MM. Ch. Pelil-Dutaillis et Paul Collier : La diplomatie française et le traité de Brétigny {Le Moyen âge, 2' série, t. 1, janv.-fév. 1897, p. i-35).

LA QUESTION DES RENONCIATIONS a43

délerminées, non seulement des droits utiles qu'il avait sur les provinces cédées aux Anglais, mais encore de la suzeraineté et du domaine éminent, ou, comme on le disait au xiv<^ siècle, de « la souveraineté » et du u ressort » *. Edouard III, de son côté, avait pris l'engagement de renoncer, en termes non moins exprès, à la couronne de France et au titre de roi do France, à « l'hommage, souveraineté et domaine des duchés de Normandie et de Touraine, des comtés d'Anjou et du Maine, à l'hommage et à la Souveraineté du duché de Bretagne, du comté et du pays de Flandre », c'est-à-dire, d'une manière générale, à tout ce qu'il avait revendiqué antérieurement et que le traité de paix ne lui concédait pas 2.

A qui les renonciations devaient-elles le plus coûter? Apparemment, au roi de France, qui, rompant tout lien avec ses anciens sujets, perdait l'espoir de recouvrer, par une guerre de chicane, pour laquelle il ne manquait pas de précédents, et en usant des ressources que le droit féodal fournissait à un suzerain avisé, de belles et riches provinces sur lesquelles il ne retenait aucune parcelle d'autorité. Le roi d^'Angleterre ne sacrifiait, en somme, que des prétentions' chimériques et surannées, qu'il était impuissant à soutenir, même contre Jean II, même après des succès éclatants et inespérés 3. Si donc les renoncia-

1. il ne pouvait pas prétendre d'autres droits sur la Guyenne qui, « par la paix», devait « demeurer » au roi d'Angleterre, mais a(Tranchie de tout lien féodal. Une renonciation, formelle lui eût fait perdre ces droits; comme elle n'eut jamais lieu, il les conserva dans leur intégrité. Voyez l'argumentation de Charles V ou de son conseil au moment de la rupture de iSGy : « ... appert évidemment que les souverainetez et ressors des terres bailliécs par la paix au roy d'Angleterre en demaine et aussi de celles qui lui doivent demourer par la paix (la Guyenne) appartiennent et demeurent au roy de France en tel estât comme elles cstoient au temps de la dicte paix, puisqu'il n'y a renoncié 1, (Gr. Chr., VI, 288-389).

a. .\rt. II et la du traité de Brétigny (Or. Chron., VI, 183-184). 3. C'est la distinction que faisaient, en 1.3O9, les conseillers de Charles V, mais en feignant que les habitants de la Guyenne fussent seuls intéressés au maintien de la souveraineté et du ressort au profit du roi de France : « Et quanta ce que conle'nu est ou dit article que le roy d'Angleterre s'est bien déportez de soy appellcr et porter pour roy de France, et que aussi bien se peust estre déportez le roy de France de recevoir les dites appellacions.

[Respond le roy de France] que ces deux choses sont trop despareilles; car soy ap[ieller et nommer roy Je France regarde la volonté et interest seulement du dit roy d'Angleterre; mais recevoir les appellacions ou non ne regarde mie seulement l'inlcrcHl du souverain; ainçois regarde principalement l'intercst des subgiez appelans, afin qu'ils soient pourveuz contre les oppressions des seigneurs demeniers etc. »< {Gr. Chr.. VI, a8G).

a44 LE TRAITÉ DE CALAIS

lions ne se firent pas à Calais, il ne faut pas y voir l'efîet d'une opposition tardive et inexpliquée d'Edouard IIÏ. Encore moins peut-on supposer qu'il rencontra quelque résistance personnelle de la part de Jean II; ce prince imprévoyant et borné était prêt à tout pour donner satisfaction à son « frère d'Angleterre ». Mais les conseillers du roi de France, et son fils aîné, avaient la vue moins courte, un sens politique plus affiné. Tout en se résignant à l'inévitable, ils s'efforcèrent de réserver le plus possible l'avenir. Grâce à un concours de circonstances fieureuses, ils y réussirent au delà de ce qu'ils avaient pu prévoir ou espérer. Par de simples artifices de rédaction, ils trouvèrent le moyen, sinon d'annuler le traité qu'ils étaient contraints de subir, au moins de lui ôter ce qu'il avait d'absolu, d'irrévocable, et par là de se ménager, quand l'occasion favorable se présenterait, un prétexte pour le rompre*.

Aucune chronique, aucun document, ne nous renseigne sur les négociations de Calais. On sait seulement que les articles ii et 12, où il est question des renonciations, firent naître une longue controverse, ef que les plénipotentiaires, se heurtant à des obstacles insurmontables, -se tirèrent d'embarras par un expédient assez compliqué^ Ils étaient divisés, non sur une question de principe — trop d'articles énuméraient jusqu'à satiété ce à quoi les deux rois auraient à renoncer — mais sur une question de fait, et en quelque sorte de procédure. Le roi de France pouvait-il abandonner la suzeraineté et le ressort avant d'avoir effectué la remise réelle des terres cédées ? Etaitil admissible qu'Edouard III, avant d'être entré en possession de ces mêmes provinces, se désistât de ses droits sur la Normandie, l'Anjou, le Maine, la Bretagne et la Flandre ? Pour ne pas compromettre le sort du traité tout entier, on convint d'en éliminer ce qui avait trait aux renonciations, puisqu'on ne les faisait pas à Calais. C'est pourquoi le traité ratifié à Calais, et qu'on désigne toujours néanmoins sous le nom de traité de Brétigny, ne comprend plus ni l'ancien article la, ni une partie importante de l'article 1 1. Cette suppression, voulue et provisoire permit aux deux rois de jurer la paix : mais elle nécessita la rédaction de plusieurs, actes spéciaux, entre lesquels j'établirai plus loin les distinctions nécessaires. De ces actes, il résulte que les renonciations sont renvoyées à une date ultérieure, après la délivrance des

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