‹ Histoire de CharlesChapitre 167 sur 301 · Chron., VI · texte numérisé non relu

Chron., VI

3. Rymer, III, II, 62!^ (Vinccnnos, 27. juillet i3Gi). De Castro, civitale et patria Pictaviae ; de terra de Belleville et de feodo de Thouarl, régi, juxla pacem, tradendis : « ... sauf et réservée nous la souveraineté et le dernier resort, jusques les renonciacions soient faites... » Voy. pour cette question le chap. viii du présent volume.

DELIVRANCE ET ECHANGE DES OTAGES a5 1

neraient » ensemble la manière donl les otages seraient livrés ou baillés à Edouard III et a le temps de leur département ». Ces derniers mots, assez obscurs par eux-mêmes, ont besoin d'être expliqués. Plusieurs actes donnés à Calais sont relatifs aux otages, mais aucun ne pose un principe nouveau, ni ne modifie la liste dressée à Bréligny. Celui qui contient les dispositions les plus générales est intitulé : « Rechangement deshoslages ». 11 règle l'échange des otages qui pourra se faire pour chacun d'eux, après un an de résidence en Angleterre, de telle façon que la garantie morale donnée par leur présence ne soit jamais affaiblie. « Et de la souffisance de ceux qui seront subroguez parie rechangement, quant aus nobles ostagcs, sera en la conscience, l'advis et ordenance de nous ou de noz députez, et des bourgois, sera en la conscience, avis et ordenance des deux mareschalx de France* ;>,

Un autre acte, très important, concernait uniquement la mise en liberté des (( principaux otages - »'. Elle se ferait graduellement, au fur et à mesure de l'exécution du traité, et dans l'ordre suivant :

I» Après la délivrance, aux Anglais, de Poitiers et du Poitou, d'Agen et de l'Agenais, du Périgord, du Limousin, du comté de Gaure, de la Rochelle et de son territoire, du comté de Guines, — après le paiement à Londres d'une somme de 4oo.ooo écus d'or (distincte des /ioo.ooo écus à valoir sur le premier terme de la rançon), — après la remise à Edouard III ou à ses députés des « lettres de renunciacion et autres purparlez à bailler à la ville de Bruges en Fflandre le jour de la Saint- Andrieu prochain venant en un an » — seraient libres : les ducs d'Orléans, d'Anjou et de Berry, Jean d'Etampes et Pierre d'Alençon ;

2° Après la délivrance du Rouergue, de la cité de Tarbes, du comté de Bigorre et de tout ce que le roi d'Angleterre et ses ancêtres tinrent autrefois en la cité de Montreuil; après le paiement à Londres d'une deuxième somme de 400.000 écus, un cinquième des otages restants pourrait rentrer en France.

3° Après le paiement de 4oo. 000 nouveaux écus, un autre cinquième des otages serait mis en liberté, et ainsi de suite jusqu'à l'acquilteiuent intégral de la rançon.

Certaines exigences du traité furent atténuées à Calais même, sous Pempire de nécessités impérieuses et sans que la rédaction des articles en fût modifiée.

I. Arch. nât,, J. 63cj, n° i. (Calais, 2/» oct. i3Go). — Rymer, lll, I, 54a.

a. Ibid., n° 3. « Liberatio principalium obsidum pro Rege. « — Rymcr, lll, 1, 538.

aOJ LE TRAITE DE CALA16

La délivrance de La Rochelle et de son territoire aurait du être effectuée le 8 novembre au plus tard, — quatre mois après l'arrivée de Jean II a Calais. Le roi de France obtint que ce délai fût prorogé jusqu'au 36 novembre, — un mois après son départ de Calais. En cas de nouveau retard, son fils Philippe viendrait se constituer prisonnier en Angleterre *.

Edouard III se contenta momentanément, ainsi qu'il a déjà été dit, deZioo.ooo écus pour le premier terme delà rançon, mais à condition que le surplus serait payé, moitié à Noël de la même année, moitié à la Chandeleur de l'année suivante. Les otages étaient nominativement désignés, qui, en cas d'inexécution de ce nouvel arrangement, seraient livrés au roi d'Angleterre 2.

IV. — Toutes les difficultés se trouvant aplanies, tous les points qui avaient dû faire l'objet d'un examen spécial étant réglés, les deux rois purent jurer cette paix, si onéreuse au royaume de France et cependant si nécessaire.

La prestation des serments eut lieu le samedi 24 octobre, dans l'église de Saint-Nicolas de Calais 3. Le légat du Pape, Androuin de la Roche, abbé de Cluny, revêtu des ornements pontificaux, chanta successivement trois messes du Saint-Esprit ^, auxquelles les deux rois assistè-

1. Arch. nat., J.63(j,n" i/jj^"", ih"' i/i* et i45(Galais,3:4, 26, 27, 39 et 3o octobre j36o).

Quittance de la remise de la Rochelle; Westminster, 26 janvier i36i (Arch. nat., J. 640, n° 36).

a. Quittance de4oo.ooo ccusd'or; Calais, 2 A octobre i36o (Arch. nat , J. ôSg, ft" 6. — Musée, AE. 111, n*^ 69).

Quittance de ladite somme et fixation de deux termes pour le paiement du surplus (Arch. nat , J. 638, n" 11).

Désignation des otages à constituer au cas où les 200.000 écus restants ne seraient pas payés, moitié à Noël, moitié à la Chandeleur (Ibid , J. 638, n"" ik, li"", i V").

3. Rymer, 111, 1, 620 : « Instrumetitum super prœstalione juramenli pcr utrosque rcges et de proteslationibus. » Procès-verbal dressé par les deux notaires royaux Jean le Roycr et Jean de Brankelre : « ...in ecclesia beati Nicholai de Calesio .. coram majori al tari ipsius ecclesifo... »

/i. Ihid. « Missa ibidem de Sancto Spiritù ter decantata per vcncrabilem patrem dominum Audoynum (sic)^ abbatem monastcrii Cluniacensis.. » — « ...ipso domino abbate ponlihcalibus induto... »

11 était déjà rare au xiv* siècle, mais moins exceptionnel qu'aujourd'hui, de voir le même prêtre célébrer plusieurs messes de suite.

L'abbé de Cluny, comme tous les abbés* mitres et crosses, pouvait user, avec les

LA PAIX JURÉE PAR LES DEUX ROIS a53

reni, chacun dans son w oratoire » *, ce mol désignant ici une sorte de pavillon, ouvert du côté de lautel, et placé temporairement dans le chœur, comme un trône d'évêque. Les Grandes (Chroniques n'ont retenu de la cérémonie que quelques détails d'un intérêt secondaire. Il est à remarquer à ce propos que le régent ne connut pas par lui-même ce qui s'était passé à Calais, ce jour-là ; il était demeuré à Boulogne. Le chroniqueur officiel de Charles V rapporte qu'Edouard 111 et Jean il n'allèrent pas à l'olTrande, par un scrupule de courtoisie, ni l'un ni l'autre n'ayant voulu passer le premier^. On porta donc « la paix » au roi de France, qui, sans la baiser lui-même, la prit et, .sortant de son oratoire, la présenta au roi d'Angleterre. Celui-ci ne consentit pas davantage à la baiser le premier. Les deux rois s'embrassèrent alors l'un l'autre à la façon des clercs, « sans prendre autre paix o, c'est-àdire sans se conformer au rite prescrit pour les latques •*.

Lorsque la dernière messe eut été chantée, le célébrant se retourna du côté de l'assistance, ayant dans les mains la patène où il avait déposé une hostie consacrée *. Un peu plus bas, sur les degrés de l'autel, et face aux fidèles, prirent place les évêques de Thérouanne et de Winchester, chaïiceliers de France et d'Angleterre ^, qui tenaient entre

réserves et les restrictions formulées par le droit ecclésiastique, de quelques uns des ornemcnls et des insignes propres aux évêques.

Les deux rois demandèrent au Pape le chapeau de cardinal pour Androuin de la Roche, auquel il ne put être donné en iSGo, mais qui le reçut l'année snixatile {Reg. Val., 240, 3' p., fol. 119", lao; 27 déc. i3Go. — Innocent Vf à Edouard III et à Jean 11). La même récompense fut accordée au chancelier de France, (Jilles Ayctîlin de Montaigu, mais également avec un délai {Ibid., fol. 120", même date). L'évêque élu de Heau vais, Jean de Dormans, ne fut fait cardinal qu'en i.S(î8.

I. Gr. Ctiron., M, 217 : « ...et ouyrent les doux roys messe ensemble en deux oratoires... » -

a. Ibid. : (( . .et ne alerent point à l'offrande, pour ce (|ue l'un ne vouloit aler avant l'autre «.

3. Ibid. : « ...mais l'en porta la paix au roy de France premièrement, le quel ue la voult prendre et issy de son oratoire et la |)orta au roy d'Anj^Icterre, le quel ne la voult prendre et baisierent l'un roy l'autre sanz prendre autre paix. » Ils ne baisèrent pas « la table » ou « instrument de paix », image ou plaque de métal qu'on présente aux simples fidèles.

4. Rymer, loc. c*7. 'Instrumentum super praestatione sacramenti : « . .et sacrum Corpus Ghrisli, per ipsum dominum abbatem tune confectum. super calicis deaurati patcnam... »

5. William d'Edington, évêque de Winchester, d'abord trésorier, puis chancelier d'Angleterre. — Gilles Aycelin de Montaigu, évoque de Thérouanne, chancelier de France.

a54 I-E TRAITÉ DE CALAIS

leurs mains le livre des Evangiles *. Jean II et Edouard III vinrent s'agenouiller sur ces mêmes degrés, par respect pour le Saint-Sacrement "^. L'abbé de Cluny résuma ^brièvement, dans des termes convenus à l'avance, les principales stipulations du traité de Brétigny conclu par les conseillers des deux rois, et, qu'en sa qualité de médiateur, il leur demandait de jurer sur le Corps du Christ et sur les saints Evangiles ^. Edouard III, après s'être recueilli quelques instants, prit la parole et, s'adressant à Jean II, lui dit à peu près ce qui suit : (( Beau frère,

(( Prenez bien garde d'Observer bonnement et loyalement toutes les choses traitées et convenues entre nous et vous, entre nos conseils et les vôtres, et chacune d'icelles, ainsi que dans les lettres sur ce faites il est contenu plus à plein ; parce que, autrement, nous ne voulons, ni n'entendons prêter aucun serment; et, au cas où nous aurions ainsi juré, il n'est ni ne sera de notre volonté ou intention d'être obligé en quoi que ce soit, n\ en aucune manière ; et seulement en tant que vous tiendrez et observerez fidèlement à notre égard toutes les choses promises et accordées de votre part, nous tiendrons et garderons bonnement et loyalement ce que nous aurons promis ou juré '* n.

La réponse de Jean II ne nous a pas été conservée •''. Il n'est pas dou-

1. Rymer, loc. cil. ; « .. missale, in quo sacrosancla Clirisli Euvangelia, infra manus ipsorum rcverenter tenenlibus.. »

2. « ...supra gradus ejusdem altaris, ob ipsam reverentiam, sicul mihi notario videbatur, pariter genua flectentes... »

3. u Expositoquc perdictiim dominum abbalem, coram ipsis dominis rcgibus, sub compendio, pacis tractatu habito Brcligniaci, juxla Carnolum, inler conciliarios fsic/ bine et indc, super quo nonnulla; litleraî ordinala» fuerunt, ibidem parala^ et exbibitaî, pro cujus pacis observatione piciiaria, idem dominus. abbas, lanquam... (sic) medialor in Iraclatibus pacis hujusmodi, sacramenlum a dictis regibus, tam supra sacrum Corpus Clnisli, quam sancta Dei Euvangelia pranslari exigebat, sub forma iii eisdem contenta ».

Four le résumé fait par le légal, voy. Rymer, III, i, 52o-52i. Forma juramentorum super tractatibus complendis. Sacramcntum Régis Krancia? — Sacramentum Régis Anglia».

4. Je traduis, en essayant de lui restituer sa pliysionomie française, le texte latin

des notaires :

« Décore frater,

u Cavealis bene vobis <iuod super omnibus et singulis clc, »

f). Lo texte publié par Rymer est ici très mutilé : « Respondct (^respondit) quiddem incontinenter dictus re\ Francia; : <> Décore frater. In . . . . » et diclis prtpccdentibus et per ipsum Joharmem regem Francia*, sicut videbitur (videbatur) admissis l""*^"^] Franciœ primo et deinde re\ Atigliae. . . . [die-

f.A PAIX JURKE PAR LES DEUX ROIS a55

leiix qu'il ait cherclié et réussi à désarmer la défianrc plutôt blessante d'Edouard II!, en protestant de son amitié pour le roi d'Angleterre et de la loyauté qu'il mettrait à tenir ses engagements. L'incident n'en est pas moins fort caractéristique. Jamais, à propos d'un traité de paix, les garanties matérielles et morales n'ont été multipliées au même degré ; jamais on ne vit autant de confirmations, de ratifications, de promesses, de serments ; il semble que tout ait été prévu et rien oublié. Et au dernier moment, l'une des parties contractantes, celle qui, en somme, a dicté ses conditions, a comme une vision de la fragilité de cette œuvre à laquelle tant de bonnes volontés ont coopéré, su r la(|uelle la violence, ni la ruse ne devraient avoir prise, si les protestations, les réserves, les sanctions les plus solennelles pouvaient lier les hommes.

Les choses juises au point une dernière fois, les deux rois lurent l'un après l'autre la formule du serment *, et Edouard 111 requit aussitôt qu'il lui fût donné acte, par un notaire, dans la forme authentique, et de sa protestation et de la réponse de Jean 11 -.

La paix fut également jurée à Calais par trois des fils du Roi : Louis, duc d'Anjou et du Maine, Jean, duc de Berry et d'Auvergne, Philippe, duc de Touraine -^ On remarquera le titre de duc, qui leur est

tum sacramentum verbis .^J communibus hinc cl inde praestiteriint «. — Rymer a eu le tort de ne pas fermer les guillemets avant les mots : et diclis prœcedenlibus. Les mots entre crochets sont restituc's par conjecture.

1. Voy. celle formule ou ces formules dans Rymer, p. 52o-5ji. Sacramcnluni régis Franciae. — Sacramentum régis Angliaî.

Voy. surtout Areh. nal., J, 689, n"' 7 et 7^'. « Saci'amcnta llegis Anglie super cortis articulis specialiter, tactis Evangeliis, facta pcr eum et prestila. » (n' 7). Le 11° 7'" a ceci de particulier qu'il garde plus fidèlement encore la forme du serment. (Chacun des articles commence par ces "mots : « Item, nous jurons. . »

2. Rymer, ubi supra. Instrumentum super prœstalione saçramenli. « Do quibus protestatione et diclis idem dominus Rex Anglia? protinus reqnisivit expresse inde fieri publica instrumenta, v)

Lors de la rupture de i3Gij, Edouard 111 rappellera le» réserves faites avant de jurer : « ...mesmement que en fesant le seremenl sur la paix, nous disismes et protestâmes de nostre bouche, et adjoustasmes expressément que nous ne pensasmes, ne ne veulliens unqes estre par nostre seremenl obligez, si noun en tant que les choses, à nous promises par la treilée de la dite paix, nous feussenl par les ditz Johans el Charles de point en point loialment gardez. » (Rymer, III, 11, 88V— Déclaration du 3o décembre i3Gf)).

3. Arch. nat., J. G38, n" i (Musée, AE. 111, n" i3^ — Gosneau, op. cit., p. 00 07 : ■ Et nous avons fait, sambiablement, jurer toutes les choses devant dictes par nos enfans, le duc d'Anjou et du Maine, le duc de Berry el d'Auvergne, le duc de Touraine. . . a

donné pour la première fois et qui venait de leur être conféré par le Roi *. Philippe le Hardi, le plusjeune, n'avait point encore été apanage. Jean, précédemment comte de Poitiers, perdait son apanage cédé aux Anglais, mais était largement indemnisé par le don de deux provinces. Louis conservait ses anciens domaines, en y ajoutant la dignité ducale -.

Les noms de ces trois princes ne sont pas les seuls qui se lisent au bas du traité. On fît prêter le même serment au duc d'Orléans, le frère du roi, à Louis et à Jacques de Bourbon, à Jean d'Artois, Pierre d'Alençon, Jean d'Etampes, Guy de Blois, aux comtes de Saint-Pol, d'Harcourt, de Tancarville, de Sancerre, de Joigny, de Sarrebriick, de Braisne, aux sires de Goucy, de Graon, de Fiennes, de Montmorency, de Saint- Venant, à Guillaume de Graon, au dauphin d'Auvergne •^.

Du côté des Anglais, les serments ne furent pas moins nombreux. La paix fut jurée par les trois fils d'Edouard lll présents à Galais : le prince de Galles, Lionel, comte d'Ulster, Edmond, comte de Langley ; par Philippe de Navarre, nommément compris au traité, les ducs de Lancastre et de Bretagne, les comtes de StafFord et de Salisbury ; par Gautier de Masny, Guy de Bryan, Régnant de Cobham, le captai de Buch, le sire de Montferrand, James Audley, Roger de Beauchamp, Rauf de Ferrers, capitaine de Galais, Eustache d'Aubercliicourt, Frank de Hall, Jean de Moubray, Henri de Percy, Nicolas de Tamworth, le sire de Gommegnies, Richard de Stafford, Guillaume de Granson, Rauf Spigurnel, Gaston de Grailly et William de Burton 4.

Le texte du traité portait en outre : « Et ferons aussi jurer semblablemenl, et au plus tost que faire pourrons bonnement, la plus grant partie des prêtas, pers, dux, comtes, barons et autres nobles de nostre royaume. » Qu'advint-il de cette clause et comment fut-elle exécutée?

1. La charle d'érection du comté d'Anjou et du Maiue en duché pairie au profit de Louis, le second des iils du Roi, et celle par laquelle le roi Jean crée son troisième fils, Jean, naguère comte de Poitiers et de Maçonnais, duc de Berry et d'Auvergne, sont datées l'une et l'autre de Boulogne-sur-mer, en octobre i36o. Par conséquent, elles n'ont pu être données qu'entre le dimanche 25 et le jeudi 39 octobre, Jean II n'ayant passé que ces cin([ jours à Boulogne (S. Luce, Froissarl, Vi. xi, n. i et 2). Néanmoins les deux princes prennent déjà dans le traité de Brétigny leurs nouveaux litres (24 octobre). La même observation doit être faite pour leur frère Philippe.

Page 1