‹ Histoire de CharlesChapitre 178 sur 301 · I.ËS SOUVENIRS l)L P VI. VIS IU)Y VI, Anj · texte numérisé non relu

I.ËS SOUVENIRS l)L P VI. VIS IU)Y VI, Anj

était grand, comme le note son chroniqueur officiel, car il n'avait pas d'autres enfants *.

La mort de sa seconde fille, dccédce au Palais, était un motif de plus pour l'éloigner d'une résidence où le poursuivaient les souvenirs ineffaçables du 2q février 1358. Ce sont ces appartements du deuxième étage, — les u galetas ^ o édifiés au début du règne de Jean II •', — (jue la populace, conduite par Marcel, avait envahis pour y chercher les conseillers du prince ; c'est dans sa chambre à coucher qu'avaient été frappés les deux maréchaux et, sur son lit, que l'un d'eux était tombé tout sanglant. De sa fenêtre, il avait pu apercevoir, un jour entier, leurs cadavres traînés u inhumainement » jusque dans la cour et abandonnés devant u le perron de marbre. » Kn fallait-il davantage pour lui faire prendre le Palais en aversion? Vainement objectera it-on que, devenu roi, il ne l'abandonna pas sans retour, qu'il y revint dans quelques occasions solennelles, par exemple, après son sacre, pour y tenir sa cour ; qu'en 1878, il y re,çut l'Empereur, logeant lui-môme dans les appartements, désertés depuis sa jeunesse ''. Du moment où le Palais fut tout à lui, il put en faire sa demeure d'apparat ^, sauf à vi-

I. fir. Chr., V[, 217 : « /fem,lc jeiiUi (louziesme jour de novembre, l'an mil CC(!;LX dessus dit, lurent enterrées les deux filles du duc de Normandie à Saint-Anlhoine près de Paris, cl lu présent le dit duc à l'enterragc, moult courroucié qui plus n'en a voit ».

a. En dépit des textes réunis par Littréet Godefroy, le sens primitif de ce mot demeure obscur. Sans doute, il s'est appliqiié de bonne heure à des « chambres hautes », sous les combles. Mais il n'est pas sûr que l'acception la plus ancienne de co mol n'ait |)as été : galerie. Voy. Gr. Chr., VI, 'i-d : « . ,et prist et se loga le Hoy (h l'occasion de la venue de l'empereur, en 1878) es haultes chambres à <?alallias, que list l'aire le roy Jehan son père ». Godefroy corrige : et galathas, d'après Christine de Pisan ; mais c'est peut-être Christine qu'il faudrait corriger. — Ibid., p. .loi : « Le Roy y cnvoia la Royne par les galathas (de l'hôtel Saint-Pol) ».

H. Avant d'èlre roi, Jean II avait lin appartement au palais : <( ... en la chambre de l'ostcl où le dit seigneur descent au palays » (Arch. nat., KK. 7, fol. 'io (nov. i3^avril i3jo). Après son avènement, il fit exécuter des travaux assez considérables « ou costé devers la Saunerie » : il s'agit sans doute de tout o»i de partie des bâtiments qui furent plus tard affectés à la Cliambre des Comptes (Bibl. nat., Fr. 35.700, n* 101).

.'i. F. Bournon, L'hôtel royal de SainlPol (Mémoires de la Soc. de Hiist. de Paris et de l'Ile de- France, t. VI), p. 58.

5. II n'est pas sûr que Charles V ait logtj au Palais, en revenant du sacre. Il y eut, le 28 mai, un dîner dans la grande salle, une joute dans la cour du Palais ; c'est tout ce qu'on peut affirmer (6'/-. Chron., VI, 23/4».

270 LE DAUPHIX A l'hOTEL SAINT-POL

vre ailicurg et à n'y séjourner que par exception el pendant quelques jours, comme à l'occasion de la visite de son oncle *.

II. — Jean H, en rentrant de captivité, resta fidèle, au contraire, à la vieille résidence royale de la Ci lé, où il n'était pas obsédé par les mêmes souvenirs tragiques. C'est au Palais que, le i3 janvier i36i, il donna audience à Pétrarque, envoyé en ambassade extraordinaire par Galéas Visconti 2. Pétrarque avait pour mission de complimenter le roi de France sur sa récente délivrance 3, et de lui remettre, de la part de son maître, deux anneaux de grand prix, dont l'un devait avoir pour Jean II une valeur inestimable. 11 l'avait perdu sur le champ de bataille de Poitiers, ou plutôt il lui avait été arraché brutalement, tandis que Gascons et Anglais se disputaient, sans égard pour sa personne, avec une violence inouïe, le bénéfice d'une aussi riche capture^. Par quelles mains l'anneau avait-il passé depuis cette époque '•) Nul ne le sait. Toujours est-il qu'il avait été racheté par le seigneur de Milan, qui, avec beaucoup de délicatesse, roO'rait à Jean II ^, en y joignant gracieusement, en pur don, un deuxième anneau ^.

1. Cliristine de Pisan, copiant les Grandes Chroniques — et y changeant un mot, peut-être par inadvertance,"— 7 écrit: «...et il fu longic (Charles V) es chambres et galatas que son pcre le roy Jehan fist faire ». (Bibl. nat., Fr. io.i53, fol. 85).

II. est à remarquer que l'inventaire du mobilier de Charles V (1379) ne mentionne pas une seule vacation faite au Palais, tandis que l'on sait que les commissaires se transportèrent successivement à Melun, à Vincennes, au Louvre et à Saint-Germain (Jules Labarte, Inventaire du mobilier de Cliarles V. (Collection des Doc. inédits, Parjs, 1879, in-.'r, p. v).

2. A. Barbevi du Rocher, Ambassade de Pétrarque puprès du roi Jean le Bon (Mémoires présentés... à l'Académie des Inscr. et Belles-Lettres etc. Deuxième série. Antiquités de la France, i 111, i85/l, p. 172-288). Pétrarque n'était pas venu seul ; quatre chevaliers et un « civilis prof essor » (docteur es lois) l'accompagnaient (p. 228).

3. « Congratulatur liberationi vestrœ », dit Pétrarque dans sa harangue à Jean II

k. Ibid., p. 3:!5 : « ... siquidem die illo infausto, quo Majestas vestra evenlu incredibili et indigno, suorum in hostium nianus \enil, aru)ulus quidam insignis ac carus, et digito tanli régis idoneus, ab hostibus ipsis captus et vobis ereptus fuit... »

5. IbiJ. «... quod cum aiuid nos fania vulgassel, nullam prir'lermisil occasionem dominus idem meus, (inam dictum annulum rccupcrare posset ; el tandem voti compos elTectus, ipsum vobis annnlum pcr nos miltit etc. »

G. Qui fut très probablement donné au dauphin. Voy l'inventaire de ses joyaux, fait en i3G3 : a Hem, un gros balay (rubis balais) on un annel d'or i\\\c le Roy donna à Monseigneur, et ly fut envoyé du seigneur do Milan ». .(Bibl. nal.. l'r. ji /i'i7, fol. '(O'", n" 775).

L AMBASSADE DF. l'LTRARQLE 37 I

Pélrarque pronon(;a, pour la circonslaiice, un tliscours lalin très étudié, qui csl un spécimen honorable de iélocjuence du xiV siècle '. Les citations y sont prodiguées, comme dans toutes les liarangucs officielles du temps, mais amenées souvent avec assez d*à-propos pour masquer la banalité du procédé. Elles portent aussi, par je ne sais quoi de rare, par une recherche heureuse de l'idée et de l'expression, la marque d'un grand esprit. Le destin de Jean II, tombé de si haut, en un jour, et rétabli sur son troue après une longue captivité, appelait des allusions nombreuses, (juoique discrètes, à l'inconstance de la fortune. Pétrarque n'a eu garde de les négliger, mais son érudition et son goût l'ont sauvé des antithèses vulgaires. 11 ne s'est pas défendu aussi bien de l'exagération dans la llatlerie. C'est un des beaux vers de la Pharsale (pie celui où Lucnin, s'adressant à Pompée vaincu, lui dit : ft Tu n'es diminué que par lapport à loi-même ! Teqae minor solo!-» Mais Jean II no méritait pas plus que Pompée ce magnifique éloge ^.

Pétrarque avait noté incidemment le désaccord des philosophes sur la question de savoir ce qu'est la Fortune et s'il faut ou non y voir une pure abstraction. « Il ne m'appartient pas, ajoutait-il, de trancher le différend qui divise les penseurs les plus illustres, surtout en un tel moment et en un tel lieu » ^ H avait suffi de cet aperçu ouvert sur la nature de la Fortune pour piquer la curiosité du Roi, et plus encore celle de son fils, u jeune homme d'une intelligence très ardente », dit le poète, dans une lettre adressée l'année suivante à Pierre Bersuire'\

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