LA RANÇON DU ROI DE FRANCE
centralisaient les recettes des receveurs particuliers, etc. Evidemment, celte oiganisation fut étendue à d'autres régions ou adoptée spontanément*. Les formes mêmes de l'impôt n-'ctaient pas de nature à rencontrer de grandes résistances, ni à varier beaucoup. Néanmoins, des provinces, telles que le Languedoc, préférèrent garder leur autonomie, en restant maîtresses de l'assiette et de la perception de l'impôt, à la condition de verser chaque année une somme fixe, qu'elles s'engageaient à payer pendant six ans 2. Nombre de villes, dans les pays de la langue d'oïl, agirent de même et évitèrent par là l'ingérence, toujours redoutée, des officiers royaux, dans l'administration des finances commu • nales 3.
3* La remise des terres cédées par le traité de Brétigny. — Elle ne fut complète qu'après de longs délais, que les négociateurs n'avaient pas
1. On la retrouve notamment eh Champagne (Bibl. nat., Clairambault, XXXIX, n* ia5 ; 20 mars i364 [Cité et diocèse de Chalons]; ibid., LXI, n° 1^7 ; 2 sept. 1867 [TroyesJ); à Lyon (Clairambault, GV, n" 3o : 16 mars i365); dans les terres de la reine Blanche (Bibl. nat., P. 0., igiS, d. 44.3o3, Mellon, n° 7 ; 2 mai i36a); dans le comté d'Alençon (Bibl. nat, P. O., igaa.d. 44-2/i5, DEMENCHE,n° 2 ; 7 avril i3Gi), etc.
2. D. Vaissèle, Hist. gén. de Languedoc, nouv. édit., t. IX, p. 71D, n. i [A. Molinier]. La sénéchaussée de Carcassonne s'engagea à payer 64.000 francs d'or pour la première annuité et 70.000 pour les cinq suivantes; celle de Toulouse, 37.715 pour chacune des six années.
Les députés de la sénéchaussée de Beaucaire avaient d'abord promis 70 000 moulons par an, mais leurs commettants trouvèrent l'engagement trop onéreux ; l'aide fut maintenue à 70.000 moutons pour les deux premières années, et abaissée à 5o.ooo pour les quatre dernières.
3. Tournai paya 8.000 royaux d'or chaque année pendant 6 ans, à partir du 1" octobre i3Gi ; moyennant quoi « yceulx bourgois et habitanz » furent « franz et quittes durant les dites vi années de toutes imposicions, gabelles et subsides ordenées et ottroiez pour cause de sa dite délivrance » (Arch. do Tournai, Layette i36i-i363 et Résidu, Lay. 1 366 1370).
Lille se taxa à 3. 000 florins royaux d'or pendant six années, dans les mêmes conditions que Tournai (Arch. commun, de Lille. Lettres de Jean II du 16 juin i36i).
La même imposition fut établie à nouveau par Charles Von i3G8 (Arch. commun. Lettres du 11 décembre i368).
Douai versa 4.000 royaux d'or pendant six ans, ces annuités étant réparties et levées par les seuls magistrats municipaux (Arch. comm., CC. 3, 4).
A Lyon, les bourgeois et le clergé firent des « compositions » avec le Roi, pour ne pas être astreints à payer les aides pour la délivrance. Les bourgeois promirent, en i36i, de payer 4.000 florins pendant six ans. La convention ayant été modifiée peu de temps après, ils durent payer 5. 000 florins pendant cinq' ans (i363, i363, i364, i365, i366). Le clergé paya 1.800 florins pendant six années « pour les hommes, sujets et habitants » de ses terres (Arch. comm. de Lyon, BB. 368, fol. 3. — — Inventaire Chappe, t. II, p. 176, 177, 179).
prévus. On ne sait rien de la façon dont les Anglais entrèrent en possession du comté de Guines, qui, conrime La Hochelle, devait leur être livré avant que le roi de France ne recouvrât sa liberté*.
La « délivrance » de La Rochelle demanda beaucoup de temps. Les Rochellais multiplièrent les démarches auprès de Jean 11 pour obtenir de rester Français, et, quand tout espoir eut été perdu, ils firent entendre une belle protestation, dont l'énergique concision n'est peutêtre pas seulement une heureuse trouvaille de Froissart : « Nous avouerons les Anglais des lèvres, auraient-ils dit, mais de cœur jamais^ o. La remise de La Rochelle et de son territoire fut faite le 6 décembre i36o par le maréchal Boucicaut et Guichard d'Angle, sénéchal de Saintonge, au sire de Montferrand, agissant au nom et pour le compte d'Edouard III 3.
Les autres provinces cédées par le traité de Brétigny auraient dû être livrées avant le 24 juini36i, ou, au plus tard, à la Toussaint de la même année. En fait, dans les derniers jours de juillet, les opérations n'étaient pas encore commencées '*. Ce premier retard n'est point imputable uniquement, comme on pourrait le croire, au mauvais vouloir ou à la négligence du roi de France. Les pouvoirs donnés par Edouard III aux commissaires anglais, dont le plus illustre était Jean Chandos, le héros de Poitiers, portent la date plutôt tardive du i*' juillet i36i ^.
1. Les lellres portant cession des « chasteaux, forteresses et villes de la contée de Guynes w, y compris « les ylles adjaçan2 », soût datées de Calais, 34 octobre i 36o (P. R. O., Diplomatie documents , Exckequer. Box h, n" io3. — Original). Confirmation des mêmes lettres à Boulogne, 26 octobre {Ibid., Box 6, n" i63. — Original). L'exécution en était confiée au bailli d'Amiens, aux gouverneurs des comtés de Boulogne et d'Artois.
Calais, avec tout son territoire, fut cédé par lettres du même jour (a4 octobre}. Les mêmes fonctionnaires royaux furent chargés de faire la remise (P. R. O., Dipl. doc. Exch,, Box /i, n° i ik).