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LES RENONCIATIONS

Bien qu'une telle conjeclure ne soil pas dénuée de vraisemblance, elle ne saurait, en l'absence de textes positifs, être émise qu'avec une extrême réserve.

Si Edouard Illest resté sourd à l'invitation de Jean II, c'est peut-être parce qu'au même moment il négociait avec quatre princes du sang, — les ducs d'Anjou, de Berry, d'Orléans et de Bourbon, — et, grâce à leur faiblesse, parachevait l'œuvre du traité de paix, en s'assurant de nouveaux et notables avantages *.

Parmi les otages qu'Edouard 111 avait emmenés de Calais en Angleterre, figuraient deux fils du roi de France : les ducs d'Anjou et de Berry, son frère, le duc d'Orléans, et trois de ses cousins : Jean, le frère de Louis, comte d'Etampes, le duc de Bourbon et le comte Pierre d'Alençon. Ils étaient tous les six de souche royale, ou, comme on le disait, tous « des fleurs de lys » -. A la fin de i36îï, l'un d'entre eux, Jean d'Etampes, était rnort 3, et Pierre d'Alençon ne prit aucune part aux négociations dont il va être parlé.

Ces otages de marque étaient évidemment de ceux à qui la captivité pesait le plus, comme on le vit par la conduite du duc d'Anjou. On peut dire à leur décharge que, si les conventions de Calais avaient été strictement exécutées, ils auraient été mis en liberté dans les derniers mois de l'année i36i. Leur délivrance avait été subordonnée aux conditions suivantes :

1° Remise aux commissaires d'Edouard 111, du Poitou, de l'Agenais, du Périgord, du Limousin, de La Rochelle, des comtés de Gaure et de Guines ;

a" Paiement de ^oo.ooo écus, constituant la première des six annuités de la rançon royale ;

3" Echange par les deux rois des u lettres de renonciation et autres

I « C'est la parlance parcnlre les ducs d'Orliens, d'Anjou, de Berry et de Bourbon et lesreverentz pieres en Dieu les evcsqes de Wyncester et de Ely, chancel>er et Iresorer d'Englcterre, et Richard, conte d'Arondell, fait à la citée de Loundres eu moys de novembre l'an de grâce mille trois cenlz soixante et deui. » (P. R. O., French Rolls, 36 Edw. III, m 87. — Rymer, III, 2, p. 681. « Tractatus de liliorum dominis ab hoslagio retrahendis » nov. 1862 ). — Cf. Du Tillet, Recueil des rois de France, II. 258-2G0 ; Petit-Dutailiis et Collier, op. cit., p. 28-26.

a. Gr. Chron., Vj, 219.

3. Arch. nat., J. 6^1, n" 9. « ... si vourriens que en lieu de Jehan d'Estampe» qui mofs est feust délivrez Robert d'Alençon ou le duc de Bourbon. •

pourpiarlées à bailler à la ville de Bruges en Flandres, le jour de la Saint-André » *.

Au mois de novembre i362, la tradition des terres était plus avancée que ne l'exigeaient les lettres relatives à la délivrance des « principaux otages 2 », puisque les Anglais avaient été mis en possession, non seulement des provinces énumérées ci-dessus, mais en outre du comté de Rouergue, de la cité de Tarbes et du comté de Bigorre ^. C'était une compensation plus que suffisante pour le comté de Gaure, encore retenu par Jean d'Armagnac, pour la lerrô de Belleville et les fiéfs du Ponthieu au sujet desquels l'accord n'avait pu se faire.

Mais surd'autres pointsonétaitbienplusloindecompte. Des 400.000 écus de la premiè^re annuité, 200.000'à peine avaient été versés. Enfin, les retards imputables à Ghandos, comme ceux qu'il avait subis, avaient empêché d'effectuer à la date fixée l'échange des lettres de renonciation.

Les princes, qui n'avaient rien à espérer de Jean If, prirent l'initiative des négociations, traitant à la fois pour eux-mêmes et pour le roi de France, mais sous réserve de son approbation, puisqu'ils n'avaient reçu de lui aucun mandat. Edouard III consentit à leur rendre la liberté, en profitant de l'occasion pour régler du même coup, et de façon avantageuse pour lui, toutes les difficultés nées de l'exécution du traité. L'arrangement était conclu sous la garantie personnelle du duc d'Orléans, qui dut livrer en gage plusieurs de ses châteaux. Tout d'abotd, il était stipulé que la terre de Belleville et le comté de Gaure seraient remis aux Anglais dans un délai maximum d'un an, soit avant le I" novembre i363 ; que, dans le même laps de temps, il leur serait payé une somme de 300.000 écus, c'est-à-dire le solde de la première annuité. Si cette double condition était défaillie, les otages reviendraient se constituer prisonniers à Londres, un mois après l'expiration du terme assigné. Le roi d'Angleterre garderait tout ce qu'il aurait reçu en gage, à savoir les châteaux de Ghizé ^, de Melle ^ et de Givray ^,

1. Arch. nat., J. 639, n" 3. « Liberatio principalium obsidum pro rege. » (Calais, •2 '4 octobre i36o).

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