‹ Histoire de CharlesChapitre 243 sur 301 · Survenue le 29 août i · texte numérisé non relu

Survenue le 29 août i

Le dauphin était à Rouen dans les premiers jours d'août, et il y séjourna presque sans interruption* jusqu'à la réunion des Etats d'Amiens (décembre i363) '^. 11 est possible que Jean II soit venu avec son fils aîné jusqu'au Château-Gaillard : en tout cas, des préparatifs y furent faits en prévision de l'arrivée du Roi 3.

Dans la seconde quinzaine de mai, Edouard 111 avait fait conduire à Calais les otages, par ^ui un traité particulier venait d'être conclu*. Ce n'était point encore pour eux la liberté, quoique leur captivité eût été grandement adoucie. Us ne pouvaient notamment s'absenter de Calais sans une autorisation du roi d'Angleterie, et un serment leur avait été demandé, précisant d'une façon très stricte leurs obligations ^. L'un des otages, Louis d'Anjou, ne craignit pas de manquer à sa parole^.

I. 11 sera question plus loin d'une très courte absence faite vers le milieu de septembre.

2 L. Delisle, Mandements ^l actes divers de Charles V, n" ig (g mai i364) : « ... environ le moys de novembre darrenierement passé que nouspartismes de Rouen pour aler à Amiens... ».

3. Bibl. nat.jFr. 25.701, n" 273 (17 juillet [i 363]). Mandement au vicomte de Rouen de faire venir au Château-Gaillard des ouvriers « pour le recouvrir et faire les autres choses qui sont à faire de neccessité ». — « Nous avons entendu que Monseigneur doit cstre bien briefment en nostre chastel de Gaillart etc. ».

Ibid., n" 273 (18 juillet i3G3). Mandement au vicomte de Rouen. Le duc de Normandie le presse de surveiller en personne, non seulement les grosses réparations, mais tous les travaux d'aménagement intérieur « pour lestât de Monseigneur et de nous». 11 devra faire faire l'ouvrage par bons ouvriers, «jour et nuit, et si hastivement qu'il n'y ait deffaut, car Monseigneur et nous y serons briefment etc. ». Tout devra être en parfait état, « car ce seroit grant vilenie à nous, se Monseigneur y trouvoil aucun défaut et qu'il ne feust à son plaisir receu ou dit chastel ».

4 Rymer, 111, 2* p., 701 ('5 mai i363). De prolectione pro J. de Cobeham super salva cuslodia obsidum Régis Francije in villa Calesii moraluro. — « Johannes de Cobeham, chivaler, de comitatu Kantia;, qui in obsequium régis, per praîceptum régis, ad villam Calcsii profecturus est, ibidem super salva custodia obsidum régis

de Francia moralurus, habcl litteras Régis de protectione usque ad festum

Nativitatis Sancti Joh. Baptistas proximo futurum duraturas... ».

Les lettres du 2O mai (ibid.) : Super execulione tractalus antedicti, de terris recipiendis et obsidihus dimittendis, visent le cas de l'exécution intégrale du traité, qui sera suivie de la libération définitive des otages:

5. Bibl. nat , Latin, (5.o4g. fol. 8g (Publié incomplètement par Kervyn de Lettcnhove, Froissarl, VI, p. 5oG-5o8). Serment prèle par les ducs d'Anjou, d'Orléans, de Berry el de Bourbon (sans date). Il est à remarquer que les otages peuvent faire une absence de quatre jours, ce qui a dû faciliter singulièrement le départ du duc d'Anjou.

6. La dernière phrase de la formule du serment était d'une précision terrible : « Et si estoit fait le contraire par nous ou oar autres, nous volons estre tcnuz et

LE DUC d'aNJOU SÉVADE DE CALAIS 3^7

Venu en pèlerinage à Notre-Dame de Boulogne', il y retrouva sa jeune femme, Marie de Ghâtillon, fille de Charles de Blois, qu'il avait épousée le 9 juillet i36o, et dont les événements l'avaient prcs(iue conslammt * séparé^. Au lieu de reprendre le chemin de Calais, il gagna avec elle le ci.^teau de Guise, qu'elle lui avait apporte en dot, et ne voulut plus jamais se remettre entre les mains des Anglais 3. Les représentations de son père ne purent changer sa détermination ;. le dauphin, envoyé en toute hâte auprès de son frère, ne réussit pas mieux ^.

A quelques variantes près, l'événement est rapporté de la même façon par deux ou trois chroniques, mais sans indication d'une date précise^. Si le fait de l'intervention du dauphin est réel, on en peut déduire avec une certaine approximation la date de l'événement lui-

reputez pour parjurs et convancuz de foy faillie en touz places et par devant louz seigneurs et personnes ».

Chronogr., Il, p. 399 : « ... frangendo juramentum suum... ».

Continuation de R. Lescot, p. 169 : « ... excusationes ejus frivolas parvipendens (rex Franciae), de neglecto juramento ipsum valde redarguit... ».

I. Chronogr., 11,398-399 : « ... intérim peliit licenciam ab Edowardo, rege Anglie, veniendi in percgrinationem ad Nostram Daminam de Bolonia supra mare tantum et inde revertcndi ad ipsum in Angliam indilalc ; qua obtenta et ab eodem super hoc prestito juramento, ipse cum suis omnibus transfrelax it Kalesium et inde ad orationes venit Boloniam ».

De ce lexle, une seule chose est à retenir : le fait dii pèlcritiage à Boulogne, car le duc d'Anjou était à Calais, et non en Angleterre, lorsqu'il s'évada.

3. Le mariage avait eu lieu le 9 juillet i36o {Chronogr., Il, p. 299, n. 2V C'était un coup de tête du jeune prince qui faillit amener la guerre avec l'Aragon, car Louis d'Anjou était fiancé, depuis i356, avec une fille de Pierre le Cérémonieux, et l'affront fut très vivement ressenti par les Aragonais, encore plus que par leur roi. Il fallut envoyer immédiatement une ambassade à Barcelone pour arranger les choses. Jean II, encore détenu à Calais, excusait de son mieux ses deux fils. Kn effet, on reprochait au régent de n'avoir jamais répondu aux lettres du roi d'Aragon : « Item, disent les instructions des ambassadeurs, se il (les Aragonais) parlent contre Monseigneur le Régent que le Royd'Arragon li a pluseurs foiz oscripl et que Mons. le Régent ne li a rienz rescript; — soit respondu en excusant Mons. le Regeril le miex que l'en pourra, comment il a eu à faire et que onques seigneurs de son aage n'ot tant à faire, et comment il a eu volonté de envoler messages, mais touz jours sont venuz empeschemens, et que par devers son père mesmcs ne povoit-il pas envoler pour les tribulacions que il avoU... » {Nouvelle hist.du Languedoc, t. X, col. 1.201, d'après J. 5g3, n' 3.'4).

3. Chronogr., 11, p. 299. — Guise; Aisne, arr' de" Vervins, ch.-l. de c°'.

4. Chronog raphia, loc. cit.; — Continuatio Richordi Scoti, p. iSg.

5. Chronog raphia, ibid. ; — Contin. chron. Guill. de yangiacn, li, 33a ; - Extraits inédits de la Chron. de Jean de Noyai f Annuaire- Bulle tin de la Soc. de l'hist. de France, i883), p. 363.

même A supposer que le duc de Normandie ait reçu de son père la mission de se rendre auprès du duc d'Anjou, c'est vers le milieu de septembre que son voyage s'est accompli En effet, on sait qu'il était à Hesdin le 17 septembre *, et à Saint-Omerdans les cinq derniers jours du mois 2. Ce déplacement, par ailleurs inexpliqué, a dû avoir une cause extraordinaire, car, du commencement d'août à la fin de novembre, le prince, qui Qtait venu résider en Normandie, ne quitta pour ainsi dire pas le duché et ne fit que celte seule absence. On place d'ordinaire l'entrevue des deux frères à Saint-Quentin 3, ou dans une localilé voisine, à Homblières ^. Dans ce cas, le passage de Charles à Hesdin ne se justifie plus,très bien, ou du moins il a tenu à un autre motif. Mais les erreurs géographiques sont aussi fréquentes dans les chroniques que les erreurs de dates''. Hesdin n'est, en somme,-pas fort éloigné de Boulogne, et il est vraisemblable que, pour faire son pèlerinage, le duc d'Anjou ava t pris le prétexte de l'une des grandes fêtes de la Vierge, celle de la Nativité, qui tombe le 8 septembre. Or, moins de dix jours après, on constate la présence du dauphin à Hesdin, où il serait venu pour se rencontrer avec son frère.

Quelle qu'ait été l'irritation d'Edouard III en apprenant le départ du duc d'Anjou, il n'en témoigna rien sur le moment, au moins ilans sa correspondance officielle. Ce n'est que beaucoup plus Card, — à la fin de l'année suivante — qu'il éclata en reproches blessants pour le fugitif, dont le parjure était dénoncé et flétri dans les termes les plus durs^. En effet, ce qui, en i363, devait préoccuper le plus le roi d'An-

1. Bibl. nat., P. O. 2.fi35, d. 58.6i8, SvnREimLciiE, n» 15.(17 septembre i363, Hesdin). Don de a. 000 fr. d'or an comte de Sarrebriick. — Ibid., Fr. 35.701, n° 385. Autre acte du même .jour, donné au même lieu.

Page 1