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LE PREMIER TRAITÉ DE LONDRES

jours, et en soiiinie très facilement. Il aura suffi de reprendre l'ancien projet, abandonne, on verra pour quels motifs, et de négocier sur les bases, déjà posées aux conférences de Bordeaux.

Qu'Edouard 111 eut consenti à se départir, au bout de quelques mois, de l'intransigeance avec laquelle il avait tout d'abord repoussé les propositions des légats, c'était un premier succès pour les négociateurs, et un succès considérable. Tant qu'il s'était refusé à reconnaître Jean 11 pour roi de France, il n'y avait eu aucun espoir d'une solution pacifique. Ce pas franchi, et en somme il était impossible qu'il ne le fut pas, il avait fallu se mettre d'accord sur les conditions de la paix, qui, si la conjecture émise plus haut est exacte, furent à peu près celles de la paix de Bréligny. Sans être tenues secrètes, elles ne furent jamais divulguées d'une manière officielle et il en transpira peu de chose. Ce qui fut le mieux connu, c'est le chiffre de la rançon : ^.ooo.ooo d'écus d'or, sur lesquels un premier acompte de 600.000 écus était exigible avant que Jean H pût quitter le territoire anglais ^ cl au plus lard à la fête de la Toussaint -. Nous reviendrons sur cet article, dont l'inexécution fut, sinon la cause déterminante, au moins le prétexte de la rupture qui remit tout en question.

I. British Muséum, Cotton., Caligula I). 111, 11° 87 : « Et ou lire toutes les choses devant dites le dit adversaire pur sa deliverance de prison paiera au dit nostre seigneur le roi quatre milious des llorins d'or al escut, sour sa bone garde, cliascun escut comptée sour la value de \l deniers d'esterlings, dount il paiera devant son départir d'Engleterre cent mille livres d'esterlings ou florins en esculz d'or à la value (c'est-à-dire Goo.ouo florins au change indiqué). »

2 Cette condition ne se trouve pas dans l'article précité relatif à la rançon ; elle a dû être ajoutée au moment des derniers; pouri)arlers. Aucun doute n'est possible sur ce point. Deux mandements du comte de Poitiers, relatifs à des réunions des communautés de la Langue d'Oc, sont* aussi formels que possible. Voy. Ortio/j/i, 1\ , 187 et suiv. (Toulouse, 2G juillet i358):« Johannes etc. Notum facinius quod cum de et pro liberatione persone dicti domini genitoris nostri, idem doniinus genitor nosler nobis per suas litteras mandaverit quod summa sexcentorum niilliunijlorenoruiu auri ad scatum veterum hiiic ad inslans festuin Omnium Sanctoruin régi Aiiglia est solccnda pro Uberacione persone j>ref al i domini (jenitoris nostri, proul inter ipsum et regem Anglie extitit concordatuin... *

Ibid., p. 191 et suiv. (3i juillet i358) : «... ipsisque(cominunilatibMs) cxpositistribulationibus regni predicti, polissime capcione et delencione alias inaudila inclitissimi principis domini régis genitoris nostri predicti, pcrlectisque eisdcm communitatibus litlcris... i>er eundem genitorem noslrum niissis, narrantibus traclatum et concordiam pacis inhitam inter dictum dominum genitorem nostrum ex uua parle et dominum rcgem Anglie ex àllorai, exijositague eisdem summa pecunie uuri, (juampro liberatione persone sue, infra inslans festum Omnium Sanctoruin, dari et exsolvi uportet... »

6à JEAN H EN ANGLETERRE

Ceux qui connurent la teneur du traité n'éprouvèrent pas, en général, la mên)e satisfaction que le dauphin et son Conseil. Beaucoup d'entre eux n'ayant qu'à perdre au retour de Jean H, n'avaient aucun désir que sa captivité fût abrégée et s'efforcèrent de retarder la délivrance dii prisonnier. Les sujets du Roi, les plus fidèles et les plus clairvoyants, pouvaient à bon droit s'effrayer et s'attrister de l'énormité des sacrifices par lesquels il faudrait acheter la paix, et qu'ils n'avaient pas prévus aussi durs. A Paris tout au moins, les négociateurs encoururent une certaine impopularité. La part qj.i'il avait prise aux conférences de Londres, et le mystère qu'assez maladroitement on laissait planer sur les termes de l'accord intervenu, n'auraient pas été tout à fait étrangers au meurtre de Régnant d'Acy ^.

Ces divergences d'opinion n'étaient point pour influer sur la détermination d'Edouard UL S'il eût, à ce moment-là, désiré une rupture, il aurait pu tirer prétexte de l'attitude de son parlement, réuni le 5 février 1 358, et qui siégea sans interruption pendant trois semaines^. Très irrités contre la Cour de Rome, à laquelle ils imputaient « plusieurs griefs et attentats))**, les « prélats, barons et communes )> repoussaient une paix, dont le principal artisan avait été le Pape. Ou plutôt, — peutêtre à l'instigation d'Edouard 111, — ils songeaient à exploiter une situation favorable pour eux, à y trouver la matière d'une transaction avantageuse. Jean 11 était un otage entre leurs mains, permettant de peser sur le Pape et sûr les cardinaux, (|ui, pour ne pas compromettre l'œuvre des légats, montreraient des dispositions conciliantes ^. Innocent VI mettrait fin à des conflits de juridiction trop longtemps perpétués entre le pouvoir royal et l'autorité ecclésiastique; il renoncerait

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