Voy. t. I, ch. viif, p. 355, n. i, 35G et n
2. Bibl. commun., de Rouen, Menant. Extraits des Mémoriaux de la Chambre des Comptes de Paris, t. II, fol. lag i3o'°. Lettre de Jean 11 à ses « gens des Comptes à Paris » (Windsor, i8 mars i358) : « ... sachez que l'assemblée des prélats, barons et communes d'Angleterre, que le Roy avoit mandez pour leur parler de l'accort de la paix, ou^ quel cstoient nostre Conseil et le sien, dont nagueres avons escript en nostre rojaume... commença a Londres le lundy après la Chandeleur et a duré trois sepmaines continuellement... »
3. Ibid. : a ... aucuns ont mis avanlet baillé par escript plusieurs griefs et attemptatz qu'il dient avoir été faits par la cour de Rome ou royaume d'Angleterre. » Voy. plus loin, p. 75-70.
ti, Ibid. « ... et leur a semblé que à la réparation des dits griefz le Pape et les cardinaux cnclineroient plus légèrement pour faveur de nostre délivrance que il ne feroicnl se nous estions délivrez... »
LE PREMIEH THAITÉ DE I,0\DRBS ()5
surtout à raviver les souvenirs humiliants du règne de Jean sans Terre et à réclamer inutilement le tribut, trop longtemps payé au Saint- Siège «.
Deux messagers « solennels » — un clerc et un chevalier -^ furent donc envoyés à Avignon après la clôture de la session. Ils n'étaient pas encore de retour le i8 mars, comme l'apprend une curieuse lettre de Jean II, écrite, à celte date, aux « gens des Comptes », à Paris* ; mais ils étaient attendus d'un jour à l'autre. On ignore la réponse du Pape. Si elle trompa l'espoir du roi d'Angleterre, celui-ci n'en laissa rien paraître. Lorsque fut célébrée, le aS avril, la fête nationale de S. Georges, il marqua publiquement, et de la manière la moins équi'voque, qu'il voulait toujours faire la paix.
Edouard III n'avait rien négligé pour donner à cette solennité un éclat incomparable. Les chevaliers de la Chrétienté entière avaient été conviés à Windsor, et, afin de les y attirer, on leur avait assuré des sauf-conduits et toutes les franchises possibles pendant une période de trois semaines. Les Gascons vinrent en grand nombre, et sans doutâéraussi les Brabançons, car leur duc avait répondu en personne à l'invita'^ lion du roi. Les tournois, qui furent le principal attrait de cette mémorable journée, ne pouvaient manquer d'être très brillants. Rarement chevaliers etécuyers avaient eu pour témoins trois rois et trois reines à la fois 3. / ,
1. Le tribut était encore acquitté au début du règne d'Edouard III, en deux termes éfi^aux de 5oo marcs d'csterlings d'argent, à Pâques et à la Saint Michel. Voy. une quittance de Jean XXII, du 5 juillet i333, pour l'année i33o et le premier semestre de i33i (British Muséum, Colton.,Cleopalra, E. Il, fol. 1 6). Le dernier paiement effectué de ce chef est du 7 juillet i332. Rançonné par les Compagnies, Urbain V réclama vainement le tribut, le G juillet i3G5 {Ibid., fol. laS).
2. Voy. p. G4, n. a. Le Roi met à nu ses embarras d'argent ; il est criblé de dettes et ne trouve plus crédit. 11 ne lui faut pas moins de 00.000 moutons d'or par an, tant qu'il sera prisonnier.
3. Knighton, Chronicon, II, 98-99 : « Anno gratia? i358. Rcx fecit proclamationem in omnibus partibus regni, quod omnes alienigenaî de quibuscunque partibus mundi, qui advcnire voilent ad solcmnitatcm sancli Georgii habcrent liberum conductum ingrcdicndi regnum Angliaî et regrediendi ad placitum per m scptinr^anas, absqtie impedimento vel nocumenlo cujuscumque ad hastiludia cuilibet vole ',i in suo gradu prosequi generalia. Vcnit ibi dux Brabanniœ et multi Vasconii. Regina quoque Scotiaî affuit cum niultis aliis dominabus. Nobilitatem hujus solennitatis mulla erat nimis, ncc est noslrai facuKalis ejusgloriosa fada evolvere. »
Lettre de Jean II aux bourgeois et habitants de Nîmes, sans date, mais reçue ou enregistrée le 9 juillet (Arch. comm. de Nîmes, LL. I, fol. 2î(j"-j7o. Copie contem-
Uistoire de Charles V. — II. &
C'est au milieu de ces splendeurs, en pleine fête, que Jean II reçut, d'Edouard III et de son Conseil, des assurances positives que la paix, dont la conclusion avait été retardée pour des motifs a touchant la cour de Rome », allait enfin devenir une réalité ^. Peu de jours après, le 8 mai, et toujours à Windsor, un nouvel entretien eut lieu entre les deux rois. 11 fut ou parut décisif, l'entente s'étant faite sur tous les points. « Et en signe de paix, écrit Jean II aux habitants de Nîmes, nous nous embrassâmes l'un l'autre plusieurs fois, etnouséchangeâmes nos anneaux que nous avions en nos doigts, et nous soupâmes ensemble très amicalement ^ ». Il ajoute qu'il est « élargi », c'est-à-dire dis-
poraine. — Ménard, ^ts^ de Nîmes, II, ao/i, col. 2) : « ... pour ce que nous savons de certain que vous estez bien désirant d'oir bonnes nouvelles de nostre estât, de nostre traictié et de nostre délivrance, nous vous faisons savoir que le roy d'Angleterre a tenue une moult bêle feste à la S. George derr. passé, à Windouses (sic ; Windesores) où nous estans [sic r estions) prisonz (Ménard a lu : presens, ce qui n'est pas la leçon du registre, mais donne un sens plus satisfaisant), et là nous fisl moult grant honours, et y furent présentes les Roynes, c'est assavoir Jes Roynes fsicj Ysabel, sa mère, la Royne sa famé, la Royne d'Escoce, sa'seur... »
Pour les fêtes de Windsor, voy. Annals of Windsor being a history of the caslle and town etc by Robert Richard Tighe and James Edward Davis, London, Longman and C°, i858, in-8», t. II, p. 169-171.
I. Lettre précitée de Jean II :<(... et illec (à Windsor) nous fu donné bonne espérance par lui et par ces gens de bonne paiz et acord sur le traictié autre foiz accordé par nous (nos) conseaulz d'une part et d'autre, et après delaié pour certaine chose touchant la cour de Homme, si comme aulrefoiz avons mandé par delà par mcssatges sollempnelz et par lettrez signéez de nostre main. » On verra plus loin comme peuvent s'expliquer les mots mis ici en italiques.
2.1bid. « ... et après la feste vint à nous le Roy d'Angleterre à VVindorsc (Ménard : Windouse) le mardi viii* jour de may,et tant parlâmes et tractamez emssemblez que Je merci Nostre Seigneur nons fumez à bonne pais et accord, à l'oneur de Dieu et de Sancte Eglise et au prof fit de noz royaumes et de toute Christianelé : et en signe de paiz nons entrebeasmez (entrebaisames) pluseurs foiz, et nous entrcdonnamez noz enneaux que nous avions en nouz (nos) doiz, et soupamez e[m]ssamblez moult amicablement, et sommes eslargiz et venuz à Londres... »
Knighton a connu les négociations dont il est ici question, mais il en a parlé avec peu d'exactitude et a commis de singulières confusions chronologiques : « Post solemnitatem peractam {la fête de S. Georges) transierunt omnes Londonias tractaturi de concordia inter Anglos et Francos, et multo tempore tractaveruntsine expeditione. Tandem pro eo quod princcps promiserat Francis àpud Burdegaliam •quod pax et concordia se tenerent in quantum procurare possetpatrem suum regem , (rex) assensum prœbuit concordiae et pacis viscera amplcxatusest. Et sic facla est redemplio régis Francia? pro x. mille centenis marcis et darent xuii hostagios de melioribus totius regni Franciaî ad demorandum in Anglia douce tota summa solveretur... »
C'est à celte époque qu'il faut rapporter un court docuuuM»two«i dalé, que K»'rvyn
LE PREMIEU THAITÉ DE I.ONDKES (y-j
pensé de l'obligation d'avoir une résidence fixe et qu'il s'est rendu à Londres.
La nouvelle ne tarda pas à être connue en France. A Paris, où elle fut apportée le if) mai, plusde six semaines après le départ du régent, les avis furent comme ils l'avaient été une première fois, très partagés, mais le scepticisme et la méfiance dominèrent. Les uns ne désiraient point ce qu'on leur annonçait, c'est-à-dire le prochain retour du roi Jean dans son royaume. D'autres considéraient que souvent déjà on avait reçu, des Anglais, des assurances trompeuses. D'autres enfin, les moins nombreux,avaient confiance et se réjouissaient sincèrement*. Leur joie devait être de courte durée. Avant la fin de l'année, tout le terrain, si péniblement gagné depuis les conférences de Bordeaux, était perdu. La paix paraissait plus éloignée et plus improbable que jamais. Essayons de démêler les causes qui s'opposèrent à la réalisation du vœu le plus cher d'Innocent VI et firent échec à sa politique.
de L. a publié sous ce titre : Premiers pourparlers pour la délivrance de Jean II, cl qu'il rapporte au mois d'avril ou de mai 1.S.57 {Froissart, XVIFI, SQfi-Sg;). Voici ce Icxlo, tel qu'il se lit dans le man. Cotton., Cali<?ula. D. NI, 11° 129. Les mots imprimes en italiques ne sont pas dans K. de L.
a Beau cousin je le voille bien.
« Les paroles en effet queles noslre seigneur le roi dist à Windesore.
« Beau cousin, il me plest d'avoir pce.s ovesqucs vous svu' tielc condition que, si [sic] loutz les pointz que sont Iretez entre vostrc conseil et le mien et que sont uncoro à fréter soient acompliz de vosire part ; et si vous défaillez en aucun point, que je soie aussi frank come devant. » — « Et sur ce l'adversaire respondi : « Ensi l'cntcnk-je, beau cousin, sur tielc condicion, si les covenanlz soient tcnuz et acompliz envers moi. »
Item feust parlé et accorde illoeqes qe les conselx de deux rois se treroient à Londres et illoeqes, en présence des cardinals, treleroient et accorderoient les autres pointz et articles qui feurent uncore à treter ove toute la haste q'ils purroient bonement et aussint sur la publicacion de la pees ; et en cas qe aucun débat feust par entre les deux conselx sur aucun point dont ils ne s'en purroient accorder, q'ils le reporteroient à deux rois rt ils le meltroient en accord, en bonne et amiable manière. »
Jean le Bel a su et noté qu'au mois de mai i358- la paix était considérée comme faite (Chronique, II, 25'i-'j55).
I. Gr. Chr., VI, 109 : a Le mardy xV jour du dit mois de may, furent portées k Paris pluseurs lectres closes envolées d'Angleterre, de pluseurs grans seigneurs de France et d'autres, par les quelles l'en escrivoit que la paix avoit esté parfaicte entre les roys de France et d'Angleterre le viii' jour du dit mois, et que les diz roys avoient mengié ensemble et s'estoient entrebaisiez. La quelle chose pluseurs ne creoient point, les uns pour ce que ilzne le vousissent pas, les autres ^our ce que par pluseurs foiz avoit ainsi esté mandé et tousjoursles Anglois y «volent mis empescheraent ; et les autres qui en estoient forment joieux le creoient ».
Il faut d'abord rejeter l'explication banale et commode, qui consiste à mettre tous les torts sur le compte d'Edouard III, à l'accuser de duplicité *. Pourquoi aurait-il joué un double jeu en cette circonstance ? Il avait tous les avantages pour lui. Il tenait à sa discrétion son adversaire vaincu, et il le connaissait assez pour savoir, qu'au besoin, il acquiescerait à des conditions encore plus onéreuses que celles qu'avaient proposées et fait accepter les médiateurs. Si donc le roi d'Angleterre s'était contenté de ces conditions, quand il pouvait en imposer de plus dures, on ne voit pas, pour quels motifs, il se serait déjugé, à moins que ce ne fût par versatilité d'humeur ou par caprice. Doit-on croire que les événements, qui surgirent au cours de l'année i358, réveillèrent en lui l'ambition de ceindre la couronne de France ? La chimère dynastique, pour laquelle il avait combattu, et qu'écartait définitivement le traité de paix, vint-elle hanter de nouveau son esprit ? On pourrait supposer, en effet, que la rébellion de Paris contre le régent et l'anarchie à laquelle le royaume était en proie le firent hésiter entre les assurances données à Jean II et les avances de Charles le Mauvais '2. Mais c'est là une simple hypothèse et une hypothèse inutile. Gomme je le dirai bientôt, c'est ailleurs très probablement qu'il convient de chercher et que se trouve la solution du problèmç.
Nul compte à tenir, semble-t-il, de ce que dit Knighton d'une lettre de Jean II, tombée par hasard aux mains d'Edouard III, et dans laquelle le roi de France aurait écrit qu'il était décidé à ne pas céder un pouce de territoire 3. Bravade ou jactance bien invraisemblable, car