LE SECOND TRAITÉ DE LONDRES
de France demeurât encore en Angleterre, et que quand il plairoit à Dieu, il y porterait remède et atténuerait le mal * ».
Il est plus prudent sans doute de s'en tenir au lexle des Grandes C/tronùjiies, qui, avec non moins de force, mais plus de concision, disent la nu'mechose; (t Lequel traité fut moult déplaisant à tout le peuple de France. Et après ce qu'ils eurent eu délibération, ils répondirent au régent que ledit traité n'était passable, ni faisable, et pour ce ordonnèrent à faire bonne guerre à l'Anglais » ^. Nulle rhétorique dans
1. Froissort, V, 180 : « .. et resjiondircnt d'unes vois as dis messagicrs, que il avoicnl plus cliicr à endurer et porler cncores le granl meschief et misère où il csloicul, (juc li nobles royaumes de France fusl ensi amenris ne defraudés, el que li rois Jehans deniorasl cncores en Englelerre, el,que, quant il plairoit à Dieu, il y ponrvcroitdc rcmcdeet mcUcroit attemprancc. «Tout cela est d*''jà dans Jean le Bel, mais exprimé plus simplement, et en somme d'une manière quelque peu différente: (( Quant tout fut leu, ilz se Irayrent à conseil, et quant ilz curent bien longuement coMseillié, si ne furent ilz pas d'acord, car ladite paix sembloit aux aucuns trop gricvc pour le royaume de France en pluseurs manières, et eurent plus chier à endurer le meschief où ilz csloient, et cil où le roy Jehan cstoit, et attendre le plaisir de Dieu, que à consentir que le noble royaume fust ainsy amendry et départi par la ditte paix etc. » (Chron., II, 289).
2. Gr. Chr., VI, .i5/|. « Le quel traictié fu moult dcsplaisanl à tout le peuple de France. Et après ce que ilz orent eu delibcracion, ilz respondirenl au dit régent que le dit traictié iTcsloil passable, ne faisable ; et pour ce ordencreiit de faire boTine pucrre au dit An<?lois. » P. l*aris imprime : « bonne guerre aux Anglais. » Il y a, «lans le manuscrit original, une nuance qui a son intérêt.
On trouve dans les papiers de Fontaniou (Portefeuille 83-8^, fol. iG5-i83) la copie d'un niandemcnldu régent, adressé au prévôt des marchands et aux échevins de Paris, à la ilale du i" juin i35«). Son objet est d'autoriser ou de prescrire la perception des impositions et taxes, à l'aide desquelles la ville de Paris devait tenir les engagements qu'elle avait pris, comme les autres bonne» villes delà langue d'oil, lorsque le traité de paix avait été repoussé et des offres faites au régent pour lui permettre de résister aux Anglais. Il ne semble pas qu'il y ait lieu de suspecter l'authenticité matérielle de l'acte, mais il n'est pas sûr qu'il ait été publié et rendu exécutoire L'expédition, que Fonlanieu a eue sous les yeux, n'était pas en forme, el il est singulier qu'un mande nunl au.ssi important édiclanl tout un ensemble de mesures fiscales, ne se retrouve pas et n'ait point laissé de traces. Quoiqu'il en soit, voici quelques lignes du préambule, intéressantes pour l'histoire du deuxième traité do Londres. « Comme nous aions eu a\is et conseil, par bonne el meure delibcracion a\ec ceulx de noslre sang, prelas el gensil'eglize, barons et autres nobles, vous et plusieurs autres des onues xilles de la langue il'oyl, su le contenu en certaines lettres du roy d'Auglel re. apftelèes endenlures, par lesquelles pour avoir pais, si comme il disoit. à Monseigneur, à nous et audit royaume, il re<|ueroit et demandoit plusieurs choses, lesquelles ne lui dévoient ne (loiiTnt estre passées, accordées el octroyées, ai comme par tous les dessusdiz nous fu conseillé, mais iii délibéré, avisé, conseillé et accordé par eux etchascun (l'eulx, que le pays de ladite langue d'oil feroil el fera doze mil glaives pour nous servir et cstre avec nous à resisbîr à la mau>aise entreprise et volentc dudit roy d'An-
ces lignes si simples, mais donl le laconisme même trahit une résolulion virile et permet d'entrevoir, après tant de désastres, l'aurore de temps meilleurs.
glelerre et de ï«ez alics, lequel à tout son effort et puissance entent entrer prouchainement oudil royaume, pour ieeluy et le pueple dommaper et grever à son pooir, k quoy nous, en noslre personne, à l'aide de l>icu et des bons et loyaux subgczdudit royaume entendons résister et cont[r]estcr etc. »>