II. Dcnille, o/>. cit., p. Sa i -Sa
Io6 LES PROJETS d'ALLIANCE DU REGENT
cont VI priait le roi Louis de leur faire bon accueil *. Au cours du même voyage, ils devaient voir le duc Rodolphe d'Autriche ^ et enfin l'Empereur ^ à qui ils étaient également recommandés par le Pape. S'agissait-il d'intéresser l'Empereur et le duc à l'affaire principale qui devait être traitée en Hongrie et quel était l'objet de la mission confiée aux deux envoyés ? C'est ce que les documents produits jusqu'à présent ne permettent pas d'éclaircir ''.
L'alliance hongroise avait été préconisée, dès la fin de l'année i358, ou au commencement de iSSg, par l'auteur anonyme, quoique évidemment autorisé et très écouté, d'un mémoire destine an dauphin ^. I^
I. Beq. Valic, a/io, i" p., fol. 19(18 février i55()). Ludovico rcgi Ungaric. « Ciim... Karolus dux Normanie...el Johannes cornes Pictavensis ..dilcctos filios Pclrum Begonis, archidiaconum de Aura in ecclesia Convenariim, et nobilcin virum Slcphanum de Fayno, militem, latorcs prescnlium, nuncios sucs, pro ccrlis negoliis, sicut acccpimusper cos rninislerio vive vocis, tue celsiludini exponendis, ad prcsentiam tuam miltant... ». II lui recommande de faire bon accueil aux deux envoyés : « ... attcndentes quantum inter le et illos {le régenl et son frère), qui ex eodem generosi sanguinis stipite processistis, esse del)eat vinculum caritatis ». — Impr. par Gusztâv Wenzcl dans les Monuinenta Ungariœ hislorica, série D, Acta exlera, t. II (iS^a-iSGg), Budapest, 1876, p. 52G, n° 896, et par II. Denifle, op. cit., p. 821, n. 3.
Autres lettres de recommandation à la reine-mère, Elisabeth de Hongrie, à la femme du roi Louis {ibid., fol. 20, 21); aux archevêques, évoques et principaux seigneurs du royaume de Hongrie {Ibid., fol. 20*°, 21. — Cf. II. Denifle, op. cit., p. 821 et n. 3, 822 et n. i, 2).
3. Reg. Val., 'zho, i" p., fol. n/", 20" (18' fév. iSSg). Lettres du pape au duc d'Autriche Rodolphe et à son frère Frédéric (même datc)^.
3. Ibid., fol. 21'° (même date). Lettres à l'Empereur : «Cum dilccti filii nubiles viri Karolus, dux Normannie,... et Johannes, comes Pictavensis,... pro certis eorum negotiis, que minislcrio vive vocis latiusexponi poteruntquam scripiuris, mittant,etc. ».
/j. Il est certain que les envoyés avaient :'i entretenir l'Empereur d'autres choses que de l'alliance hongroise. — Quels étaient, à cette époque, les rapports du roi Louis avec l'Empereur? Le roi n'aimait pas les Luxembour<f. Cependant un rapprochement ou une réconciliation devait avoir lieu l'année suivante entre lui et Charles IV (Georgius Fejér, Codex diplomalicus Hiingarix ecclesiasticus et civilis^ lomilX vol. III (i35()-i366), Budic, i88.'i, p. 162-1O8, u'lxxiv; 2/i mai i3Go).
5. L'I. Chevalier, Choix de documents historiques inédits sur le Dauphiné, Lyon, 187^, in-8', p. i55-i56. Ce mémoire a été rédige par un dauphinois, ou au moins en Dauphiné. L'auteur en élail très écouté, car en somme on a favt, en ce qui touche le roi de Hongrie, ce (ju'il avait conseillé. Le mémoire n'est pas daté, mais il y est plusieurs fols parlé de» cardinaux. « qui sont en France », c'est-à dire des deux légats Tc\e nus d'Angleterre. Il est au^si question des n négoces pour les quiex maislre Gonliors est vcnuz à Axignon ». Or, ce « maistre Gonliers » est un « clerc du Roi », o secrétaire du regenl » et du comte de Poitiers, Gonlier de Baigneux. qui fut certainement chargé de missions importantes, et par le dauphin et par son frère, dans les premiers mois de l'année i35ç). (Bibl. nat., P. O., 167, d. Sôaa, B\iG>Etx. n" 7, 8, 9, 10 (28 mai, 2 octobre, 2!\ nov. 1859 ; 7 janvier 18G0.)
l'alliance hongroise 107
puissance, les moyens d'aclion du roi Louis n'élaient peut-être pas exagérés *. mais on escomptait un peu trop son bon voutoir. « Le dit roi, lisons-nous dans cette note curieuse à plusieurs égards, est moult vaillant, et aussi aime moult l'honneur et le profit de la France, et est moult dolent de la prison du Roi et de ses dommages, et aussi est-il tenu pour le plus puissant roi en gens, et qui a les meilleures qui soient au monde ^ ».
Il est possible qu'après Poitiers le roi de Hongrie ait, en eflel, témoigné sa sympathie à Jean 11, vaincu et captif. Etait-il toujours dans les mêmes dispositions en iSôg? Il semble qu'il n'aurait pu y persister qu'en s'iiifligcant à lui-même un démenti. En elTct, un an auparavant, il avait fait bon accueil à « Giannino », cet aventurier, qui se disait le fils de Louis Xet de Clémence de Hongrie, victime prétendue de l'ambition sans scrupules de Philippe le Long. Non seulement ii l'avait accueilli, mais, après une enquête conduite sans doule bien légèrement, il avait, dans un manifeste public adressé à tous les princes et à tous les chefs d'Etat de la Chrétienté, reconnu la légitimité de ses droits 3. Arrière-petit-fils du propre fils de Charles d'Anjou, rejeton de la vieille souche capétienne, Louis le Grand ne pouvait plus, semble-t-il, considérer Jean de Valois que comme un usurpateur et Giannino que comme le véritable roi Jean de France. L'auteur du mémoire ignorait ce revirement, ou, s'il l'a connu, il se flattait que les envoyés du régeot dissiperaient le malentendu. Le péril d'une nouvelle guerre était si grand que, seul, un secours étranger pouvait le conjurer. Le même
I. Edouard Sayous, Hisl. génér. des Hongrois, Paris, Pcrrin, 1876, in 8% l. I, p. Saa . « ...pendant la troisième (période de son règne, après la conquête de la Dalmalic sur les Vénitiens, i358), Louis le Grand est roi de Pologne ; il est peut-être le prince le plus puissant de l'Eiiropc ».
a. Op. cit. : « Item, que mcssires escrive au Saint-Pere qu'il vuille envoler deux personnes suflisantes au roy dOngrie, qui est de la maison et de l'ostel de France, qu'il vuille en sa propre personne venir en son ayde et pour la délivrance du Roy et la deffense du royaume, et par consequens de toute Crestientc : et est à merveillicr se messires n a jà envoie par devers luy personnes solcmpnelles, quar li diz rois est moult vaillans et si ayme moult l'onncur et le profïit de France, et est moult dolans de la prison du Roy et de ses domaiges. et si est tenuz le plus puissans roys en gent et qui a la meilleur qui soit o\i monde. »
3. Monumenla Hungarix hislorica, série D, Acta cxlera, t. Il, p. 53o-53i, n" 398 (Buda?, i5 mai i358). Pour la question de Giannino, je me contenterai de renvoyer à une note de M. P. Viollel, qui contient la bibliographie du sujet (Hist. des institutions polit, et admin. de la France, t. II, Paris, i8(j8, In 8*, p. 60, n. 3.)
lo8 LES PROJETS d'aLUANCE DU RÉGENT
conseiller, plus influent qu'averti, voyait déjà les Anglais partout : Edouard III à Calais, le duc de Lancastre en Provence, le prince de Galles en Aquitaine, deux autres personnages de marque, qu'il ne nomme pas, en Bretagne et en Normandie *.
VI. — Il a été dit précédemment que les représentants des bonnes villes de la langue d'oil avaient demandé à consulter leurs commettants et qu'il avait fallu leur donner un délai de quinze jours pour rapporter une réponse. Seul, Paris, dont les députés étaient en contact permanent avec leurs électeurs, avait offert, dès le premier moment, de prendre à son compte, pendant un an, la solde de 600 « glaives », 3oo archers et i.ooo « brigands » 2. C'était une petite armée, destinée à
I. Op. cit. : « Les ennemis du royaume entendent briement venir tant en France comme autre part, selon ce que on dit à Avignon, c'est assavoir le roy d'Angleterre à Calais, le duc de Lanclaslre en Prouvence ; ... item, uns contes doit venir d'Angleterre en Bretaigne, le prince de Gales en Gascoigne et un autre Anglois en Normandie ».
a. Gr. Chr., VI, i55 : « ... la ville de Paris offrit pour la ville et visconté vi' glaives, 111° archiers et mil brigans. »
Contin. de Richard Lescol, i38 : <( Qui aulem in vicccomitatu Parisiensi morabantur duci sexcentos pugiles, balislarios quingentos cum mille servientibus levis armature armatis, qui tune briganlcs vocabantur, propriis sumptibus promiserunt usque ad annum sequentem. »
Il y a, comme on le voit, une légère divergence entre les deux chroniques (3oo archers, 5oo arbalétriers), mais c'est aux Grandes Chroniques qu'il faut donner la préférence. Le régent, dans sa lettre déjà citée aux villes du bailliage d'Auvergne, dit lui-même : « ... et lors, nous ottroia la ville de Paris six cens glaives, trois cenz archiers et mil briyans à leurs gages... » (Arch. comm. de Riom, EE, I.)
Ce sont aussi les chiffres que donne le mandement du régent, du i" juin iSôç), connu par une copie de Fontanieu (Voy. l. II, ch. 11, p. 4a,n. i). Mais c'est surtout par les dispositions fiscales qiî'il édicté que cet acte est curieux. Les impositions et taxes, octroyées au régent par la ville de Paris le i/j août i358, pour un an, continueront à courir jusqu'à l'expiration de l'année, soit jusqu'au i/j août i35r). A partir de celte date, elles seront maintenues pendant un an encore, mais portées à un taux beaucoup plus élevé ; quelques-unes sont doublées (16 deniers par livre sur toutes les marchandises vendues, au lieu de 8 deniers). 11 sera payé, pour l'étal du Roi, 4.000 royaux d'or pour une fois. Le duc cl la duchesse de Normandie toucheront chaque mois, pour leur élat également, 3. 000 deniers d'or à l'écu. L'ensemble des charges assumées par la ville de Paris (entretien des hommes d'armes, archers ot brigands, fortifications, appro^isionnements, etc.) est évalué à 4o.ooo deniers d'or à l'écu par mois. Tous ces renseignements sont très intéressants, mais j'hésite un peu à en faire état, le mandement en question ne se retrouvant nulle part en original et n'ayant peut être jamais élé exécuté dans toutes ses ilispositions. Il faut remarquer aussi (|u'il est daté du i" juin, et c'est le a seulement ([ue les Etats de la langue d'oil, sur le point de se séparer, auraient fait leurs offres.
CONTINUATION DE LA GUERHti AVEC LE ROI DE NAVARRE IO9
êlre employée surtout pour la défense locale. Elle aurait pour mission de rompre le cercle d mvestissement,qui isolait la capitale du reste du royaume. Depuis l'occupation de Melun par les Navarrais, c'est-à-dire depuis près d'un an, la situation de Paris était intolérable. Le ravitaillement en devenait de jour en jour plus précaire, les arrivages par eau étant rares et incertains.
Le dauphin avait essayé de remédier au mal, en créant une flottille, chargée de fciire la police de la Seine, — particulièrement de la haute Seine. Dès le 4 novembre i358, il avait confié à a certains bateaux couverts », montés par des « gens d'armes et de pied, brigands, pavoisiers, archers et arbalétriers », la mission d'escorter les convois marchands depuis Melun, ou même à partir de localités plus éloignées '. Mais la traversée de Melun était une opération hasardeuse, les Navarrais, maîtres de l'un des bras du fleuve, étant en posture de gêner considérablement, sinon d'interdire tout'à fait, la navigation dans les eaux françaises 2. La solde des troupes employées à proléger le service des transports dut être payée par ceux qui en bénéficiaient. On créa à cet effet une nouvelle imposition, un péage, qui était perçu à Gorbeil. Les bateaux convoyés ne pouvaient êlre qu'à destination de Paris. On s'en assurait au port de Samois-*, en amont de Melun, où les précautions nécessaires étaient prises pour que le déchargement n'eût pas lieu en cours de route. Les droits qu'il fallait acquitter à Gorbeil étaient les suivants : pour chaque « navée ou batelée de foin », 6 florins royaux ; — pour la (( queue » de vin français, i florin à l'écu ; — pour la
1. Ordonn. des rois de France, III, 298-299 : « ... avons ordené certain nombre de genz d'armes et de pié, brigans, pavoisions (pavoisiers ou pavaisiers), archiers ctarbalestiers, qui seront continuelment en certains balicaux couvers, pour garder et conduire, partout là où mcstier sera, les marchanz et les marchandises passanz par la dite rivière et par la dite ville de Melun. »
Cf. F. Lecaron, Origines de la municipalité parisienne, dans les Mémoires de la Soc. de Chist. de Paris, t. VIII, p. 181 182, et Ch. de la Roncière, llist. de la marine française, t. I, p. 5 18.
2. L'examen des lieux ne permet pas de supposer que beaucoup do bateaux, même accompagnés, aient pu suivre le bras septentrional de la Seine, sans être coulés ou endonimag«'s par le tir des Navarrais, maîtres de l'île. ()uund le régent fit transporter par eau l'artillerie nécessaire à l'attaque du château, une a pierre d'engin chut » sur un hatea»» et « l'efTondra » {Bibl. nal., Clairambanlt, 1\, n" 9 ; 17 juin 1359). M. G. Leroy (Hist. de Melun, p. 181) dit simplement : (( A la faveur de cette protection, le passage do Melun devint probablement praticable. »