‹ Histoire de CharlesChapitre 64 sur 301 · S. Luce, op. cit., p. 120, 7lt · texte numérisé non relu

S. Luce, op. cit., p. 120, 7lt

2. Bibl. nat., Clairanibault, IX, n" 9 (Melun, 17 juin iSSg). Récépissé donné par « Lermile de Bachcvillicr, capitaine de Sainl-Moret de la Queuc-en Brie, et gênerai lieutenant de Monseigneur le maistrc des arballestiers du Roy et de Mons. le regenl », à « maistre Jehan de Lyon, sergent d'armes du Roy et de Mons. le regenl, et uiaistre de leurs artilleries, de l'artillerie qui cy-apres s'ensuit, et la quelle il a fait amener par eau de Paris à Meleun, du commandement de mon dit seigneurie rcgenl etc. ». Texte publié par Lacabane {De la poudreà canon et de son introduction en France, dans Bibl. de l'Ecole des Chartes, t. VI [1844], p. 28-67. Pièces justifie, n* v).

3. On trouve dès i3/j5 l'équivalent latin p/u/n6a/a;, également à propos de canons. Voy. une quittance de Ramon Arquier (Arquerii), artilleur de Toulouse pour le roi de France (Artilhalor Tholose domini nostri Francorum régis), à la daleduag avril i345

Histoire de Charles V. — II, 8

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souffrir du tir des Navarrais. Alleint par une a pierre d'engin », il s'effondra, mais évidemment tout près de la rive française, car on sauva le chargement et quelques « pavois » seuls furent brisés.

Les travaux d'attaque durent commencer presque aussitôt. Dès le 19 juin, le régent avait rejoint son armée, au milieu de laquelle il resta jusqu'à la fin de juillet *. Le fait est à souligner, car le contraire a été affirmé, très imprudemment 2. Il fixa son quartier général à l'abbaye du Lys, qu'il fortifia 3, et où fut édifiée une bastide destinée à maîtriser le faubourg Saint-Ambroise et à empêcher les ennemis de se ravitailler dans le pays de « Bierre ». D'après Froissarl, le corps de siège, fort d'au moins 3. 000 lances, aurait eu pour chefs prin-

(Bibl. nat., P. O. io4, d. ai53, n" 5. — Publ. dans la nouv, édition de Vffist. du Languedoc, t. X, col. 9G7).

1. Voy. les indications données par S. Luce, Froissait, V, xlviii, n. a. Plusieurs actes du régent sont non seulement datés de Melun, mais donnés en nostre host de Melun. — Le 3o juin iSoq, il écrit aux « bourgois et habitans » de la ville de Riom etdesautres bonnes ville» du bailliaged'Auvergneet des montagnes d'Auvergne: « ...et savez bien que nous sommes sur les champs à Melcun, avec noz gens d'armes, ce que nous en poons avoir à présent ». (Arch. commun, de Riom, EE. 1. Original).

2. Froissart, Chron., V, iGo-i6i.« Li dus de Normendie envoia là son mandement, car en personne il n'i vint mies,... »

3. Gr. Chr., VI, i55 : « Ou dit mois de juing le régent ala à Mcleun, et là se tint et fist faire le moustier du Lis fort, et y establi une bastide contre ses ennemis, qui tcnoienl le chastel et l'isle de Meleun et la partie de la dicte ville devers Bierre... »

Le Lys : abbaye cistercienne de femmes, fondée par la reine Blanche, c" de Dammarie-les-Lys, c" sud de Melun).

Cette bastide avait évidemment pour objet de fermer la boucle de la Seine aux Navarrais, maîtres du quartier fortifié de Saint-Ambroise. On a retrouvé en 18^7, dans la plaine du Lys, entre l'ancienne abbaye de ce nom et la ville de Melun, surune motte ou butte artificielle, quelques suostructions, derniers restes d'un ouvrage de fortification, dont l'origine et la destination demeurent incertaines. Faut-il y voir des vestiges de la bastide du régent ou d'un fort élevé par le roi d'Angleterre, Henri V, lorsque, soixante ans plus tard, il vint mettre le siège devant Melun et camper au même endroit? M. Eugène Grésy, qui a exhunté ces ruines, croit qu'elles ne sauraient appartenir à un ouvrage de fortification passagère, tel qu'iuie bastide, mais à quelque ouvrage de fortification permanente, édifié par les soins de Charles Y, on même temps (ju'il faisait restaurer le château de Melun {Mémoires... publiés imr la Soc. des Antiquaires de France, t. XIX [Nouv. série, t. IX], p. i5o cl suiv. Notice sur les antiquités découvertes à Melun en 18^û, par M. E. Grésy, membre résidant. Voy. surtout, p. iCo-iGa et la planche).

On a une quittance donnée u au Lis» le i/i juillet iSôij par « Jocet Martin, clerc de Mons. le maislre dcsarballestiers » à « Jehan de Lyons, sergent d'armes du Roy... et de Mous, le Kegent, et maistre de leurs artilleries, de six milliers de clou à couronne [tour yariter la bastide du Lis, par la main île Collin de Passy, arballcslier » (Hil)l. ual., Clairambault. L\Xl, n. Ou).

l'attaque de melun par le régent ii5

cipaux le connétable de France, le comte de Sainl-Pol, le maréchal d'Audrehem et le fameux Brocard de Fénélrange. Il aurait compté dans ses rangs o plusieurs bons chevaliers et écuyers de Picardie, d'Artois, de Vermandois, de Bourgogne, de Brie et de Champagne * ».

La garnison navarraise, moins nombreuse, à coup sûr, mais bien commandée et suffisamment approvisionnée, ne pouvait être aisément réduite. Elle avait pour chefs l'espagnol Martin Enriquez et le Bascon de Mareuil^, contre lequel du Guesclin avait une rancune personnelle, car le 1 7 février de l'année précédente, le Bascon avait tenté sans succès un audacieux coup demain contre la ville de Pontorson^. Le château de Melun était dominé par les hauteurs de la rive droite, mais, comme il n'existait pas encore de véritable artillerie pour battre la forteresse, cette cirqonstance ne créait à ses défenseurs aucun désavantage; d'autant plus que ceux-ci, maîtres des têtes de pont, pouvaient faire beaucoup de mal à leurs adversaires, obligés de déboucher dans l'île et de se déployer sous une grêle de traits et de projectiles.

Quoiqu'il en soit, il est certain qu'à la fin du mois de juillet toutes les attaques avaient échoué^, et l'assaut où du Guesclir montra une si téméraire bravoure, presque désespérée, fut vraisemblablement le dernier, soit qu'un nouvel échec ait déterminé la levée du siège, soit que

I. Froissart, Chron., V,^ i6o-i6i. — Cf. Chronique de Bertrand du Guesclin, par Cuvelier, l. I, p. 124 :

« Li ducs de Normendie manda de ses aix^is

Pour aler à Melun, où il estoit hays.

A grant foison de gent issi hors de Paris;

Arbalestriers y ot ne sai \' ou vi.

Et d'autres chevaliers et escuiers gentilz. » a. Voy. ce qui a été dit au chap. i du tome II de l'occupation de Mêlun. — Cf. S. Luce, Froissart, V, xlviii, n. 2. — Froissart a commis sur ce point une nouvelle erreur : « Si cstoient chapitainne de par lui (le roi de Navarre) de lo ville do Melun doi chevalier navarois, dont ii uns s'appelloit mcssires Jchans de Pipes et li autres messires Jelians Carbiniaus » {Chron., V, iGo).

3. S. Luce, Hist.de Bertrand du liuesclin, p. 277. Jean de Sault. dit le Bascf>n de Mareuil. écuyer, sergent d'armes du roi de Navarre (Ribl. nat., Clairambanll, Cl, n" 12G; 5 ocl. i3G3) fut tué à Cocliercl. La seigneurie de Sault (Sault Navaille* ; Basses Pyrénées, arr' et c"" d'Orthoz) était située en Béarn. Bascle, bascon ou basquin veulent dire le basque o^ le bramais (S. Luce, ubi supra).

4. Contin. chron. Guill. de Nangiaco, II, 286: « ... nec valebat impugnatio, quamquam fortis, quam dominus regens cum gente sua magna apud Meldunum jara pluries fecerat impetuose, et adhuc personaliter accedendo fortiter facere non cessabat.... »

Contin. de li. Lescot, p. iSg. \'oy. ci-dessus t. II, p. 112, n. 4-

Il6 LES PROJETS d'alliance DU REGENT

cette tentative suprême ait eu pour but de masquer la retraite de l'assaillant. Le récit qu'a donné Cuvelier de ce fait d'armes a une allure trop épique pour qu'on puisse lui attribuer la valeur d'un document historique ^ Je le reproduirai néanmoins parce qu'il est très célèbre, qu'on s'étonnerait peut-être de ne pas le trouver ici et que, dans le cas présent, il n'y a aucun péril à associer, sans les confondre, la légende à l'histoire. A l'exemple de S. Luce, j'abrège et je résume très librement le texte du trouvère picard, dont la médiocre poésie et les fastidieux remplissages ne méritent pas l'honneur d'une citation intégrale 2. — L'armée du régent est formée sur deux lignes ; en avant, les arbalétriers et les archers, protégés par leurs grands pavois ; derrière, les chevaliers et écuyers. C'est merveille de voir la belle ordonnance de ces hommes d'armes. Ils descendent dans les fossés, portant les échelles qu'ils vont dresser contre les murs ; mais ils sont accueillis à coups de pierres, et les carreaux u volent plus dru que la pluie en hiver ». Le Bascon de Mareuil donne l'exemple ; il accable les assaillants de projectiles lancés de sa main. Du Guesclin l'aperçoit : a Ah! Dieu! criet-^il, enfin te voilà ! jamais je n'eus telle envie de boire et de manger que je n'ai aujourd'hui le désir d'approcher cet homme. Volontiers je lui ferais tâter de ma dague ^ ».

Pendant ce temps, le dauphin, appuyé contre une fenêtre d'une maison voisine, se reprochait son inaction* : « Seigneurs, disait-il, vous me ferez blâmer ; je devrais être le premier là où se donnent les coups, et vous m'obligez à regarder ce qui va consommer ma perte ». — u Sire, répondent les conseillers, laissez travailler vos gens. La trahison est aujourd'hui à redouter, qui a déjà tan^ amoindri et ruiné le royaume. Si vous ne vous mettez pas en peine de vous garder, il faudra à l'heure du « manger » allumer les chandelles pour vos funérailles et vous n'irez

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