I . (( Sire, disl le conseil, laissiez vos gens ouvrer
Traison aujourd'ui fait à redoubler,
Et tant fist le royaume amcnrir et fusler
Que, se vous ne mêlez paine à vous garder,
Au mengier vous faudra voz chandelles alumer,
Ne ne pourrez en rivière alcr voler. » Le sens du 5' vers n'est pas des plus clairs. Je rinterprcte comme V9. fait S. Luce. Jt . « Ou je ferai mon corps tcllemetil atourncr
Que mires n'i porra aidier ne coriforler,
Ou g'iray au[x] créneaux teste à leste parler. » 3. « Par mon chiefl dist le duc, de lui me souvendra. »
Il8 LES PROJETS d'alliance nU RÉGENT
apporter les plus lourdes pierres qu'on puisse trouver, des poutres, des cailloux à pleins tonneaux. «Courage, lui dit-on, accablez ce vilain, qui monte si audacieusemenl. Voyez comme il est gros, court et carré, comme il est engoncé et grillé sous son armure. Ah ! Dieu! qu'il ferait bon le précipiter dans fé's fossés. En tombant, il se crèverait bien vile le cœur. Donnez-lui toute sa charge, car en vérité il fait penser à un portefaix de Paris, qui aurait endossé le harnais, tant il est boursou^flé ! » Bertrand continuée monter, sans se soucier des sarcasmes et des injures de ses ennemis, qui ne le connaissent pas. 11 se contente d'inviter le Bascon à venir se mesurer avec lui, se faisant fort de lui prou ver sa félonie et le bon droit de son maître, le duc de Normandie. Pour toute réponse, le Bascon prend une grande caque pleine de cailloux et la décharge sur son adversaire. Le coup est si rude, que l'échelle se rompt et Bertrand fait la culbute, la tête la première dans l'eau et les pieds en l'air. « Il pouvait bien boire », ajoute lourdement le trouvère. Le dauphin a vu la chute : « Pour Dieu! s*écrie-t-il, sauvez-moi mon homme ! » Un éçuyer accourt et, tirant du Guesclin par les deux pieds, réussit à le mettre hors de l'eau. Le malheureux, tout étourdi, ne savait plus où il était. A le voir, on l'eût cru mort plutôt que vif. ^On s'avise d'un remède héroïque; on traîne ce corps inanimé jusqu'à un tas de fumier, où il est à moitié enfoui. La chaleur ne larde pas à ranimer Bertrand; il étire ses membres et, interpellant les hommes d'armes qui le regardent : « Quel diable m'a porté ici? Beaux seigneurs, comment' va? Avez-vous pris le fort? Vous l'a-t-on rendu? » — « Non, par malheur, répondent les Français. Les ennemis ne veulent rendre Melun au duc de Normandie qu'à une condition, c'est qu'il lève le siège et s'en retourne à Paris ». — « Par ma foi ! dit Bertrand, je crois qu'il n'en fera rien. 11 serait bon d'attaquer de nouveau. Mal ait qui s'en ira ! )) 11 ne parvient pas à entraîner ses compagnons, qui savent déjà que tout finira par un traité. Bertrand n'écoute pas leurs observations ; il répond qu'il s'en ira aux barrières, et de fait il y va. Nul d'assez hardi pour le suivre jusqu'au fort delà mêlée, où il se jette avec sa furie accoutumée. Les' ennemis qui avaient tenté une sortie sont refoulés dans la place. L'épée du chevalier breton leur porte des coups terribles. Jusqu'à la nuit, la lutte se poursuit, acharnée; on sonne alors la retraite. Mais le lendemain, au soleil levant, la bataille ne recommence pas. Ln parlement est tenu et la paix faite entre les combattants. Le dauphin rentre à Paris et la reine Blanche lui livre