LA PAIX AVEC LE ROI DE NAVARRE IIQ
son château de Melun. « Le nobleelgentil duc comble Bertrand d'honneurs ».
VII. — Depuis le a défi » adressé par le roi de Navarre au régent (août i358), bien des efforts avaient été tentés pour amener un rapprochement entre les deux princes. Le Pape s'y était employé avec un redoublement de zèle, car il voyait dans cette guerre « entre frères*») l'obstacle le plus sérieux à la paix avec les Anglais et à la délivrance de Jean 11*. Ses légats venaient d'arriver en France, ayant échoué dans leur mission auprès d'Edouard 111-^ (décembre i358). Aussitôt, Innocent VI leur demandait de tenter un nouvel effort pour faire cesser les divisions qui perdaient le royaume de France ^. Les lettres, par lesquelles il les accréditait auprès du roi de Navarre et du régent, ne renfermaient pas seulement, comme toujours, un pressant appel à la concorde. Elles marquaient avec force les maux causés par cette guerre
I. Beg. Val., 2/40, fol. 7" (25 déc. i358). Au roi de Navarre : « An non tlbi, cum tecum sepe lui cordis sccrela rimaris, \enit in mentom qualia bella prosequeris, que non hoslilia, non civilia, iminn inteslino seu fralernn sunt potius nuncupanda ? Numquid allcndis quod non tantum ex eodcm palerno stipite cum tuis trax-eris lui nalalis originenri cum quihus lan» lioslililcr hélium geris, sed utrinque-vos paterna scilicel ac materna linea regalis gcnilura connexuit*. — ^ H. Denifle, op. cit., p. 3i8, n. 5. — Cf. le langage tenu par le roi de Navarre, au moment de la paix de Pontoise : « ...et il qui cstoil si prochain de par père et par mère... » {Gr. G/tr.,VI, iBg).
a. lieg. Val., i(xo, fol, 0 (a5 déç. 13Ô7). Au daupTiîn : « ... illud luis semper infixum esse débet affectibus, ut prelaCi gonitoris lui libcrationcm procures quanto potes ardentius festinare. que una cum desiderata nohis et toti Romane ecclesie pacc inter ipsum et carissimum in (^hrislo filium nostrum Eduardum regem Anglie illustrem ficnda ex hujasmodi discordiis quasi obstacuUs oppositis récépissé verisimililer creditur lardilatem ».
H. Denifle, op. cit., p. 3 19, n. i.
3. Gr. Chron., VI, i/|G : « Lcjeudy xiii* jour de décembre ensuyvant [i358] entrèrent à Paris les cardinauls de Pierrcgort cl d'Lrgeel, pour Iraiclier de paix entre le dit régent cl le roy de Navarre. I^t depuis alerent vers Mcullenl par devers le dit roy, et depuis à Meleun devers la royne Blanche, suer du dit roy, et par tout ne firent riens. El s'en alerent à A\ignon ». Le retour à Avignon fut marqué par une mésavcnlure pour le cardinal de Pcrigord. 11 « fu pillic et robe de grant avoir », par quelque chef de Compagnie évidemment; mais il paraît que tout lui fu* restitué (ibid./. Cf. Villani, lib. 1\, cap. xvii ; Muratnri, \1V, col. .'>5o.
4. Dès le 3<) août i358, le Pape avait écrit à ses deux légats de se rendre auprès de Charles le Mauvais et du régent pour les réconcilier [Beg. Valic, a33, fol. 4 et 1". H. Denifle, op. cit., 317, n. 1). Les leltres qu'il leur adressa après leur retour en France, sont du aS décembre de la même année, comme celles dont des extrnits ont été cilés plus haut {Beg. Vat., n° a'io, fol. 5". — H. Denifle, ut supra, 3i8, n. 3j.
impie, et, avec beaucoup de ménagements encore, mais plus de liberté que de coutume, mettaient en cause la responsabilité de Charles le Mauvais *. Toutes les démarches faites par les cardinaux demeurèrent vaines, quoiqu'ils eussent vu successivement le régent, le roi de Navarre et la sœur de ce dernier, la reine Blanche^. Ils durent rentrer à Avignon sans avoir rien obtenu. L'intervention de l'Empereur, qui s'était entremis au moins olficieusement, n'avait pas donné de meilleurs résultats 3.
1. Il y a, en effet, une différence de ton assez notable entre les deux lettres : celle qui est adressée au régent et celle qui est écrite au roi de Navarre (H. Denille, op. cit., p. 3i8 et n. h).