Gr. Chr.. VI
134 LEâ PROJETS d'aLLIANCE DU RÉOENT
le roi de Navarre faisait sa résidence *. Avant de venir au rendez-vous, Charles le Mauvais avait demandé des otages pour sa sûreté personnelle. Ceux qu'on lui donna étaient des plus qualifiés : le duc de Bourbon, Louis d'Harcourt, le sire de Montmorency, le sire de Saint- Venant, Guillaume Martel, le Baudrain de la Heuse, amiral de France, et quelques autres chevaliers encore, auxquels on avait adjoint le prévôt des marchands et deux bourgeois de Paris ^. Cent hommes d'armes les accompagnèrent jusqu'à destination 3. Le régent, pour lui-même, avait une escorte de force égale.
Le roi de Navarre ne voulut pas retenir comme otages le prévôt des marchands, ni les deux bourgeois. Il les ramena avec lui '*. Quand il aperçut le régent, « au milieu des champs », il congédia ses gens, ne gardant avec lui que quarante chevaux environ. Les princes s'abordèrent la têle découverte ^, a se saluèrent » lorsqu'ils furent près l'un de l'autre, et rentrèrent ensemble à Pontoisc, à la nuit tombante. Le régent conduisit le roi au château, où lui-même était logé, et lui fit donner une chambre au-dessous de la sienne. Il soupa ensuite avec lui ^.
Le lendemain, les négociateurs se réunirent pour mettre la dernière main au traité, mais un point, en apparence secondaire, faillit tout faire échouer. En effet, il s'agissait de déterminer quelles terres seraient cédées à Charles le Mauvais pour asseoir les 12.000 livres de rente qui lui avaient été promises. Le roi de Navarre et son Conseil demandaient que, pour faire « l'assiette de ces 12.000 livres de terre », on lui abandonnât les vicomtes de Falaise, de Bayeux, d'Auge et de Vire. Les gens du régent ne voulurent pas souscrire à un arrangement, qui aurait équivalu à un véritable partage de la Normandie. Ils en référèrent à leur maître, à qui il sembla que le Navarrais mettait une u surenchère » à ses prétentions ". Il lui envoya donc le comte d'Etampes, pour lui déclarer tout net que, s'il n'acceptait pas les oITres raisonnables qui lui avaient été faites, il ne serait conclu avec lui ni paix, ni accord. Au demeurant, il s'engageait à le faire reconduire en sûreté au