CHAPITRE IV
La dernière campagne d'Edouard III en France.
I. Les Etals Généraux et le traité de Londres. La rupture délinitive avec l'Angleterre; ses conséquences : le manifeste d'Edouard III ; la captivité de Jean II rendue plus étroite ; les préparatifs de guerre.— II. Premières hostilités; le duo de Lancastre en Picardie et en Artois. Edouard III et la grande armée anglaise. La marche sur Reims. — III. La ville du sacre; illusions du roi d'Angleterre. Le siège. Opérations des Anglais autour de Reims et aux frontières du Barrois. Eustache d'Auberchicourt. Le départ de l'armée anglaise. — IV. La marche sur la Bourgogne. Situation politique du duché à cette époque. Philippe de Rouvre. Les « gens d'outre-Saône » ; les Compagnies. Combat de Hrionon et prise de Flavigny. Le traité de Guillon. — V. La marche sur Paris. Le régent et la défense du royaume. Difficultés suscitées par la mauvaise foi du roi de Navarre ; un complot navarrais. Projet d'une descente en Angleterre. L'expédition de Winchelsea. Représailles exercées par la marine anglaise. — VI. Edouard III dans le Gâtinais ; l'allaire de Villemaréchal. Reprise des négociations pour la paix. Conférences de la Maladrerie de Longjumeau. Les Anglais dans l'Ile-de-France et sous les murs de Paris. Conférences de la Banlieue. — Vil. Retraite d'Edouard lll sur la Reauce. Le Black Monday. Edouard 111 consent à faire la paix.
I. -^L'accueil fait en France au trailé de paix avait causé à Edouard IlI une très vivo irritation *, et assez fujustement il rejeta sur Jean II la responsabilité de ce mécompte. Dans un manifeste adressé à son peuple, et auquel il dut donner, hors de son royaume, une large publicité, il résumait à sa façon l'histoire diplomatique des deux années précé-
I. Jean le Bel, Chron., Il, 289 : « Quant le noble roy Edowart cul cnlendu ces nouvelles, il en fut durement couroussé... ». — Froissart a reproduit la phrase même de Jean le Bel. Dans un mandement du Hi juin i35.j, adressé à (Juy de Bryan, l'un de ses amiraux (« adinirallo Jîote noslre navium ab ore Tliamisie versus parles occidentales »), Edouard III lui ordonne de de>ancer l'époque lixée pour l'arnicuicnl de ses vaisseaux et de liAler le plus possible les pri'|)aralils, « i>roi>ler uU (jiia nova, cor nostruin suimne tanyencia, que jeun novUer audivinius ». (P. H. O., French Roll 33 Edw. lll, i- j). m. li.)
1^2 DERNIERE CAMPAGNE d'ÉDOLARD III EN FRANCE
dentés*. De cet exposé sommaire et inexact, où l'on ne voit jamais bien s'il s'agit du premier ou du second traité de Londres, il résulte que la paix, négociée sous les auspices du Pape et déjà conclue, a manqué finalement par la faute du roi de France, qui n'a pas tenu ses promesses dans le délai convenu. Mais que s'est-il passé ensuite? 11 semble, à lire le même document, qu'au mois de mars iSôg, il n'ait été question, entre les deux souverains, que d'une prolongation de la trêve, sollicitée de mauvaise foi par Jean II, pour permettre à « ses complices » et à « ses alliés » de se préparer à la guerre. Evidemment, Froissart commet une erreur chronologique quand il fait dire au roi de France, avant la paix de Pontoise : a Ah ! Charles, beau fils, vous êtes conseillé par le roi de Navarre qui vous déçoit et en décevrait soixante comme vous 2 ». Mais il a bien traduit le sentiment intime du prisonnier qui, avant tout, « désirait sa délivrance », et qu'on ne saurait accuser d'avoir montré, en aucun cas, une duplicité étrangère à son caractère. L'indignation, réelle ou feinte, d'Edouard llï avait pourtant un motif ou un prétexte. Le désaveu, infligé à Jean II par son propre fils et par les Etals de son royaume, dut lui paraître quelque chose de si inattendu, de si extraordinaire, qu'il en vint à soupçonner une entente secrète entre le Roi et ses sujets.
Le vaincu de Poitiers fut traité avec une rigueur que, jusque-là, il n'avait pas connue. Depuis le 5 avril, il avait pour résidence le château
I. Rymer, III, l'p., p. Hi (Westminster, la août iSSg) : a De rege super tractatibus pro pace inaniler deluso ; de guerra resumptQ, et de orando. — « ... Et deinde, sub medialione et assistentia papaliiim nunciorum, ac directione provida consiliariorum nostrorum ... pacis tractalum confidehter ingressi, in eodem eo usque processimus quod, rcdactis in scriptis et sigillatis arliculis hinc et inde, solum restabat condictonim consuinmatio, quant idem noster adversarius, certo ad hoc prœfixo tempore, nobis eral poUicilus, in verbo rcgio, quatinus possibile fuerat, perfecisse.
« El liccl, diu est, idem Icrminus sit eflluxus, praefatus lamcn adversarius condictis et pronnissis suis hujusmodi satisfacere, sicut evidenliis claris concepimus, voluntarie pra'lermi tiens, novas a nobis subdole impetrare studebat inducias quibiis se linxil singulos ejusdcm traclatus articules debere legaliter observare, ut sic cum dilalionibiis et proiraclionibus tcmpus cluderet, et, sub pacifici traclatus velamine, aut noslruni proposilum ingcniosc suspendcret, aut intérim contra nos, per suos alligalos et complices, ad aclus bcllicos commodius se pararet, etc. »
■1. Chron., V, i8i. — Le roi de Navarre n'élait pour rien dans la détermination du dauphin, |)as plus qu'il n'avait conseillé de convoquer les Etals généraux pour leur comniuniciurr le lexle du liaiic de Londres. Oh élail loin encore de la paix de. Pontoise.