Attigny; Ardennes, arr* de Vouziers, ch.-l. de c
7. Froissart. Chron., V, 3i3 : « Auqucsen ce temps que li rois d'Engleterre estoil venus devant Rains, avoit pris mcssires Euslasses d'Aubrecicourt la bonne ville de Atliegni sur Esne, et dcdens trouAé grant fuison de vivres, et par cspecial plus de trois mil tonniaus de vins ; si en reparti le roy d'Angleterre grandement et ses enfaos, dont il li sceurent grant gret ». Il est vrai que le vin « ne valut rien », en l'Sôg, dans le nord de la France (Froissart, Chr., V, 20a) ; mais E. d'Auberchicourt ne trouva pas à Attigny que du vin de l'année.
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le prestige d'Auberchicourt ; il n'eul pas de peine à entraîner les Anglais à travailler de concert avec lui et pour lui. C'est probablennent à son instigation que le duc de Lancastre, le comte de Richmond et James Audley furent détachés, le 29 décembre, de l'armée qui investissait Reims, et qu'ils s'avancèrent aune ou deux journées de marche dans la direction de l'est.
Ils s'emparèrent d'abord de Cernay-en-Dormoy {^o décembre) *, où tout fut détruit — la forteresse et le bourg — , mais dont la prise leur coûta assez cher ; un chevalier gascon d'un grand renom, le sire de Mussidan, l'un des combattants de Poitiers, fut frappé mortellement. Deux autres petites places fortes, situées aux environs de Gernay, et qui auraient pu offrir quelque résistance — Autry et Maure — furent enlevées sans coup férir (i" janvier), les habitants n'ayant pas attendu les Anglais 2. Le bénéfice de cette facile conquête fut pour Eustache d'Auberchicourt, laissé en possession des deux châteaux, qu'il garnit d hommes d'armes et de vivres, et qu'il revendit l'année suivante, l'un au comte de Bar, l'autre au comte de Flandre.
Plus près de Reims, les Anglais s'attaquèrent, dès le 21 décembre, au château de Gormicy '^, poste avancé fort important, négligé par l'archevêque, et où les habitants avaient dû jeter à la hâte quelques défenseurs. C'est Barthélémy de Burghersh qui fut chargé de Tenlreprise. Le gros donjon carré eût pu retenir longtemps les assaillants ; des mineurs en sapèrent la base, et, le 6 janvier i36o, la garnison, menacée d'être ensevelie sous les ruines, fut réduite à capituler.
Ni l'expédition du duc de Lancastre, terminée après la prise d'Autry et de Manre, ni la reddition de Cormicy, n'avançaient beaucoup les affaires du roi d'Angleterre. Reims tenait toujours. L'armée anglaise était fort éprouvée par une campagne commencée, contrairement à tous les précédents, à l'entrée de l'hiver — d'un hiver particulièrement humide et pluvieux. Ses chariots embourbés, privés déjà d'une partie de leurs attelages, ne lui rendaient pas les services qu'on en avait attendus. Pour se ravitailler, pour vivre, cette armée était obligée de se déplacer fréquemment, de ne s'immobiliser nulle part. Après être resté quarante jours devant Reims, Edouard 111 se décida à lever le
I. Cernay-cn-Dormoy ; Marne, arr' de Sainte-Menehould, c°" de Ville-sur-Toiirbe. 2 Autry cl Manre ; Ardennes, arr' de Vouziors, c°" île Montliois. 3. Cormicy ; Marne, arr' de KcMnis, c"" de Bour«^ogne.
LA MARCHE SUR LA BOURGOGNE l6l
siège(ii janvier)*. La retraite des Anglais s'opéra au milieu de la nuit, et en bon ordre. Il semble que, si le capitaine de la ville eût voulu mettre à profit la résolution et l'entrain des habitants, elle aurait pu être sérieusement inquiétée"^.
IV. — Edouard III se dirigea sur Ghâlons, mais n'attaqua pas cette ville, bien fortifiée 3, et avec laquelle les habitants de Heims avaient fait un traité d'alliance, lorsqu'ils s'étaient vus menacés d'un siège *. L'armée anglaise traversa la Marne en amont de Ghâlons ^ et se répandit dans la Champagne méridionale ^. Gomme précédemment, elle marchait sur trois colonnes, dont l'itinéraire était déterminé par lesné-
1. Les chroniqueurs ne donnent pas tons la même date ; maïs tous s'accordent à constater ou à reconnaître l'échec d'Edouard 111. Knighlon, Chron., II, iio : « Gum i^itur rex jacuisset apud Reynes VU septimanas transivit ad Chalounnes, dcinde perrexil in Burgoniam etc. ». — Walsingham, Çhtonicon Angtiœ, p. 4o : « ...landeoa... prope civitalem Renicnseui pervcncrunt, ubi moram Iraxerunt usque in diem Sancti Hilarii (ilt janvier) : sed nihil omnino profuit hac mora^ quia nihil eis reddehatur ». — Même texte dajis VHist. aiiglicana, I, 286-287. — ^^' Cont. chron. G. de ISangiato, II, 297 ; Chronique normande, liig ; Villani, lib. IX,. cap. lxvii ; Muratori, XIV, col. 587-088 ; Froissart, Chron., V, 228. — Gr. C/ir., VI, 167 : « Le dymenche xi* jour de janvier, environ mienuit, le roy d'Angleterre et tout son host, après ce que il ot demouré en son siège devant Reims par xl jours, se desloga et s'en parti senz ce qu'il eusl onques donné assault ne donnast à la dicte ville; et s'en ala droit vers Chaaions ».
2. Varin, Arch. admin. de la ville de Reiins, 111, 167, note i, tirée des Mémoires de Rogier.
3. Gr. Chr., VI, 167 : « ... et s'en ala droit vers Chaaions, et passa par devant sanz arrestcr et sanz y donner assaùlt ». — Knighlon, 11, 110. — Froissart, V, 228 :
/< Et passa li dis rois et toute son host ass'és priés de Chaaions. »
h. Varin, op. cit., 120-123 ; « Coppie du traicté d'allyance faict entre les habitans des villes de Reims et Chaaions. » Sans date précise ; « vers i358 », dit l'éditeur. En fait, le traité doit être plutôt de 1359. Il est postérieur à la nomination de G. de Ctiastillon comme capitaine de la ville et a été conclu vraisemblablement en prévision d'un siège, ou d'une attaque des Anglais.
5. Probablement à Pogny-sur-Marne (Marne; arr' de Ghâlons, c" de Marson), où le roi d'Angleterre se trouvait les 18, 19 et 2G janvier (Chronique de Richard, p. 208, — Appendice. Itinéraire d'Edouard III d'après les Privy Seals). Le séjour prolongé du roi dans cette petite localité prouve combien fut lente et difïlcile la marche de l'armée anglaise. Il est certain qu'il y eut d'autres causes de retard. Le Barrois iû se racheter, comme le fit plus tard la Bourgogne. Thomas Gray parle positi ,'Tnonl d'un traité avec les habitants du Barrois (Scalacronica, 188-189). Froissart 'lui même fournit un indice. « Et passa li dis rois et toute son host assés priés de Chaaions, el se mist par devers Bar le Duch, etapriés par devers le cité de Troios, et vint logier à Mcri-sur-Sainne etc. » (V, 223).
U. Gr. Chr., VI, 1G7 : « ... et chevauchierenl par la Ghampaignc .. «
Histoire de Charles V. — II. *^
.i6a DERNIÈRE CAMPAGNE d'ÉDOUARD III
cessités du ravitaillement qui, en dépit du convoi que cette armée traînait après elle, restait la grosse préoccupation de ses chefs *.
L'Aube fut franchie, puis la Seine ; ce dernier fleuve en deux endroits, à Pont-sur-Seine et à Méry 2. Les Anglais étaient passés à proximité de Troyes, mais sans y mettre le siège et sans tenter une attaque de vive force 3. C'est aux environs de ïroyes que les rares chevaliers allemands qui eussent suivi Edouard III, — entre autres le marquis de Misnie, — le quittèrent après s'être fait payer leurs gages. Le défaut de vivres, le carême qui allait comn\encer, les avaient complètement découragés *.
Le dessein des Anglais ne faisait plus de doute; c'est la Bourgogne qu'ils se préparaient à envahir. La colonne de droite, aux ordres du duc de Lancastre, — qui venait peut-être de pousser une pointe^jusqu'à Provins s — défila sous les murs de Sens, mais ne risqua point un assaut qui eût été repoussé*. La place était, en effet, à l'abri d'une insulte, grâce aux mesures prises par Guichard d'Ars, qui en était « bailli et capitaine^».
Le prince de Galles, qui manquait de fourrage pour sa cavalerie;