DE ANGLETERRE ET DE L'I^COSSE
accompli le dernier acte de sa pénitence. C'était le I !k juillet que les barons du Yorksbire, ayant rassemblé leurs vassaux , étaient accourus par une marche forcée jusque sous les remparts d'AInwick, où Guillaume en personne, à la téte d'un corps d'élite, surveillait les mouvements de la garnison , pendant que le reste de sa nombreuse armée mettait à feu et à sang tout le comté de Nortliumberland. Un brouillard qui avait régné toute la nuit Bt croire aux barons du Yorksbire qu'ils s'étaient égarés : les plus prudents proposaient déjà la retraite, lorsque Bernard de Baliol s'écria qu'il y allait de l'honneur, et ranima leur courage. L'aurore, dissipant le brouillard, leur découvrit les remparts d'Âlnwick dans le lointain, et Guillaume qui chevauchait avec soixante cavalieis à sa suite. Le roi d'Ecosse prit d'abord les Anglais pour un détachement de ses propres troupes revenant de la maraude; mais s'apercevant de son erreur : « On va voir qui sont les vrais chevaliers, » cria-t-il aux siens, et il chargea l'ennemi. Accablé par le nombre et désarçonné, il fut forcé de rendre son épée à Glanville. Ses barons partagèrent volontairement son sort. On le mit sur un cheval, on lui attacha les jambes, et il fut conduit ainsi garrotté jusqu'à Newcastle. La nouvelle de sa captivité jeta la terreur dans son armée, qui se dispersa.
La protecl^ion de saint Thomas Becket ne fut pas moins puissante pour le roi repentant, sur tous les autres points où il était menacé par des rebelles et des ennemis. Ce fut Henri qui bientôt dicta partout les articles de la paix.
Guillaume fut enfermé d'abord à Richmond; et
dans ce siècle où les prophéties de Merlin n'obte« naient guère moins de croyance que les miracles de Thomas Becket, on ne manqua pas de rappeler que le magicien avait annoncé cet événement, lorsqu'il av^it dit qu'un roi d'Ecosse serait bridé avec un frein forgé dans la baie d'Armorique(i).
De Richiiiond, Guillaume fut transféré au château de Falaise, où l'ennui du captif et l'impatience de ses sujets furent d'accord pour racheter sa liberté au prix exigé par le vainqueur. Du consentement de ses barons et de son clergé, Guillaume se reconnut «le vassal de Henri pour l'Écosse et ses autres possessions : » traité important, duquel datèrent les prétentions d'Édouard 1" et de ses successeurs sur l'Écosse. Le clergé anglais voulut aussi établir sa suprématie sur le clergé écossais ; l'acte en fut rédigé et signé; mais , avec une finesse caractéristique de leur nation, les évéques du peuple vaincu y introduisirent une clause illusoire qu'ils surent bien faire valoir plus tard.
Guillaume n'eut garde de douter du miracle de saint Thomas Becket; quelque cher qu'il lui eût coûté, ce miracle lui sauvait en quelque sorte l'honneur; mais, voulant aussi se rendre le saint favorable, ou du moins obtenir de lui la neutralité dans l'occasion, il lui consacra un monastère à Aberbrothock. Cet acte de dévotion envers le dernier martyr canonisé par Rome n'empêcha pas le pape Alexandre de
(i) Dabitur maxillis ejus frœnum quod in armorico sinu fabrica» biiur : — Le château de Richmond avait été fondé par un prince de Bretagne.
DE l'aNGLBTBBRE £T I>B L* ECOSSE. 51
prendre parti pour le roi et le clergé d'Angleterre , lorsque les évêques d^Écosse refusèrent de reconnaître la juridiction des archevêques d'York et de Cantorbéry, toujours jaloux d'étendre leur suprématie sur l'autre rive de la Tweed. Guillaume, à son tour, quoique vassal d'un roi qui n'avait vaincu qu'en courbant ses épaules sous la flagellation ecclésiastique, refusa de se soumettre à la décision du pape au sujet dé la nomination de l'archevêché de Saint-André, et brava l'interdit et les foudres de l'Église. La mort du pape lui donna seule gain de cause. En i î88, Clément III déclara solennellement que l'Église d'Écosse était la fille de l'Église de Rome par « grâce spéciale , » et ne devait relever que de Rome.
Henri II, cependant, méditait une croisade; il offrit de rendre à Guillaume les châteaux de Roxburgh et de Berwick, si ce prince voulait céder les dîmes de son royaume pour la guerre sainte; les barons d'Écosse, assemblés en parlement, répondirent qu'ils n'y consentiraient pas, «quand bien même les deux rois auraient juré de les lever. » Cette réponse prouve combien les Écossais saisissaient avidement l'occasion de protester contre le traité qui soumettait l'Écosse à l'Angleterre; enfin, ce traité, qu'ils supportaient comme un joug humiliant, fut annulé à l'avènement de Richard Cœur-de-Lion , fils de Henri, Ce prince, selon les historiens anglais, fut impolitiquement généreux dans cette circonstance; mais il s'agit d examiner s'il pouvait faire autrement. Richard partait pour la Terre-Sainte; il devait craindre qu'en son absence l'Écosse ne recommençât ses invasions sous le prétexte de reconquérir son indépendance; il avait,
â2 HISTOIRE DE LA BIV ALITÉ
d'ailleurs, besoîo d'argent : un seul de ces motifs aurait pu suffire. Guillaume, sur son invitation, se rendit à sa cour, tenue dans Cantorbéry. Ce fut Ik que, moyennant dix mille marcs d'argent, Richard déclara qu'il rendait à Guillaume, «roi d'Ecosse par la grâce de Dieu , » les châteaux de Roxbur^h et de Berwick, qu'il annulait toutes les obligations que son père lui avait arrachées en abusant de sa captivité, et qu'il rétablissait les limites des deux pays telles qu'elles étaient avant cet événement.
David, comte d'Huntingdon, frère du roi, combattit en Palestine sous la bannière anglaise. Éprouvé par des périls et des aventures non moins extraordinaires, il eut sa part de gloire, même à côté de Co8ur-de-Lion. Lors de la captivité de Richard , Guillaume donna deux mille marcs pour sa délivrance, soit en pur don, soit plutôt pour acquitter le reste de la dette de son royaume.
Sous Jean-sans-Terre et Henri 111, l'animosité des deux peuples ne s'éteignit pas, mats n'éclata qu'en courtes hostilités; Guillaume et les deux Alexandre ses successeurs éludèrent toute espèce d'hommage qui eût compromis l'indépendance nationale; ils furent fidèles à l'alliance française, soutinrent les barons anglais qui réclamaient la grande charte , et donnèrent asile aux mécontents.
Alexandre III avait été fiancé à la fille de Henri III , et il se rendit à York pour l'épouser; le roi d'Angleterre voulait qu'il se reconnût son vassal; le jeune roi répondit prudemment qu'il était venu « pour se marier, et non pour traiter d'afTaires d'État. » Cette