‹ Histoire de Charles-Édouard, dernier prince de la maison de StuartChapitre 30 sur 78 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

' LA RÉGBIfCB DE MARIE DE GU18B.

L'Écosse, sous beaucoup de rapports , se retrouvait dans la crise où l'avait plongée autrefois la mort d'Alexandre III. La mort de Jacques changea tous les plans de Henri VIII ; il revint à son premier projet de conquérir l'Ecosse par un mariage. Quoique Marie Stuart ne fit que de naître ^ il la destina à son fils Édouard; et, pour fortifier son parti parmi les Écossais, il renvoya sans rançon tous les prisonniers et les exilés des deux règnes précédents, après leur avoir fait promettre de disposer les esprits en sa faveur.

Hamilton , comte d'Ârran , qui , malgré le testament de Jacques V, avait obtenu la régence , à l'exclusion du cardinal Beaton et de la reine mère, Marie de Guise, entra d'abord dans les intentions du monarque anglais, jusqu'à ce que ses perfides menées lui eussent ouvert les yeux ; mais, en s'étant déclaré pour lui, il avait fourni à ses ennemjs personnels le moyen d'attaquer sa popularité. Beaton et la reine , soutenus par le parti anglais, s'emparèrent de la régence, et crurent frapper à la fois Henri VIII , l'Angleterre protestante et le parti anglais, en invoquant les mesures de rigueur contre les sectaires ; mais à la tète de

ceux-ci s'élevait alors un de ces hommes indomptables qui, dans les temps de révolution, se proclamant la voix du peuple, ou plutôt celle de Dieu, semblent avoir en eux la force de toutes les résistances. C'était John Knox, qui, inférieur peut-être à Luther et à Calvin dans chacune des qualités éminentes par lesquelles brillèrçnt ces deux grands réformateurs, peut être alternativement comparé à l'un ou à l'autre sans trop de désavantage. Champion de la réforme écossaise encore persécutée, John Knox en resta le pontife après le triomphe. Au bruit de sa parole énergique, la persécution hésitait comme devant un être supérieur , el les victimes retrouvaient leur courage pour rappeler sa menace même en expirant ; armé de la doctrine terrible du tyrannicide , John Knox brava tour à tour Beaton, Marie de Guise ^ Marte Stuart, et plus tard Élisabeth elle-même.

Le cardinal fut assassiné par des meurtriers qui obéissaient à la double influence de l'Angleterre et du fanatisme protestant: John Knox, s'il ne prit pas une part directe à cet acte de sang, se chargea du moins de l'approuver en langage biblique» Beaton ne fut pour lui qu'un lévite apostat égorgé par l'inspiration d'un saint zèle^ au pied de l'autel^ comme Zambri et Cozbi frappés par Phinéas , comme Agag coupé en morceaux par Samuel, comme les prêtres de Baal mis à mort par l'ordre d'Élie. Pour Henri VIU, les conspirateurs étaient des agents fidèles de l'Angleterre, qu'il devait soutenir publiquement contre le châtiment des lois. Ils s'étaient retirés dans le château de Saint-André , où ils défiaient la régente, lorsqu'une

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armée française vint aider Marie à les soumettre : parmi les prisonniers se trouva John Rnox, qu'on envoya en France passer dix-huit mois aux galères , c'est-à-dire sur les navires du roi , d'où il parvint à s'échapper.

Après la mort de Henri VIII y le lord protecteur Somerset fit demander la main de la jeune reine pour le jeune Edouard y en ayant soin d'appuyer sa demande par une armée qui gagna la fameuse bataille de Pinkie. Ce fut un coup mortel pour la nation écossaise, mais qui parut d'abord servir les intérêts du parti catholique , en lui fournissant le prétexte d'envoyer Marie Stuart à la cour de Henri II, où elle fut fiancée au dauphin. La guerre continua; mais les querelles intestines de Somerset et de Warwick amenèrent la paix entre la France et l'Écosse d'une part, et l'Angleterre de l'autre.

Marie de Gdise, jalouse d'attirer à elle toute l'autorité comme régente, parvint à faire abdiquer le comte d'Ârran en sa faveur : elle crut pouvoir faire alors , sans danger, quelques concessions aux réformés ; mais s'apercevant que les doctrines nouvelles ne pouvaient s'imposer à elles-mêmes de rester stàtionnaires , elle leur retira sa protection. John Knox, de retour^ fit entendre « le son de la trompette contre le régiment des femmes;» et les principaux réformés, les uns par esprit de prosélytisme , les autres décidés à dépouiller le clergé , se liguèrent sous le nom de a Lords de la Congrégation, v par un coi^enant ou ligue dont le terme devait être le triomphe absolu du calvinisme. Deux cliefs puissants s'associèrent alors à ce parti :

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le premier fut l'aneien régent que les Guises avaient créé duc de Châtellerault, mais dont le fils, ayant embrassé la réforme, avait détaché son père du parti catholique ; le second fut le fameux Murray, bâtard de Jacques V, nommé prieur de Saint-André depuis l'âge de sept ans. L'ambition et les talents de Murray le mirent à la téte de la congrégation comme chef politique. John Knox en était le chef spirituel. De nombreux renforts furent envoyés de France par les Guises à leur sœur^ et avec ces missionnaires armés vinrent un évêque et trois docteurs de Sorbonne, qui ne se croyaient pas les personnages les moins importants d'une expédition à la fois théologique et militaire. Bientôt le bruit des armes couvrit celui de leurs ^gumentations. Si le règne de Marie d'Angleterre eût duré plus longtemps, les protestants d'Écosse, réduits à leurs propres forces, eussent été en danger; déjà même la reine se voyait sur le point de les soumettre ou de les anéantir, lorsqu'une flotte d'Elisabeth, qui avait succédé à sa sœur Marie, vint contre-balancer les secours de la France : un traité arrêta l'effusion du sang , et ce fut même en apparence une réconciliation éntre les catholiques et les protestants. Comme d'un mutuel accord , on feignit de laisser de côté la question religieuse, en stipulaht seulement que les Français et les Anglais quitteraient en même temps l'Ecosse : ce qui fut (ait ; mais c'était abandonner la partie aux plus audacieux.

La régente mourut , et mourut probablement de douleur, disent les historiens; Knox, occupé à rédiger une profession de foi, trouva le temps de mau-

DE l'anglstbbbb bt bb l'bgossb. 121 dire son cercueil ; un parlement s'assembla ; la Congrégation, sûre de sa force, y fît parler ses tribuns en maîtres, et déjà même en persécuteurs. Cependant François II venait de mourir; Marie Stuart fut invitée à venir s'asseoir sur le trône d'Écosse.

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