CHAPITRE XXVII
IIÈ€NE DE L4 REINE ANNE. — l'ÉCOSSE SOUS SON GOUTEaNEHENT. — ACTE DF. SÉCURITÉ. — NOUVEAU PARLEMENT. — FLETGHER DE SALTOUN. — LORD BEL- HAYEN. l'union DBS DEUX ROYAUMES. — FIN DE L*INTRODUCTION.
Àiine, la fille ainée de Jacques II, était protestante. Si son avènement plaisait aux whigs à cause de sa religion, elle était pour les torys une Stuart : son règne à leurs yeux fut comme une demi-restauration. En effet, les torys envahirent en Angleterre toutes les branches de Tadministration. En Ecosse, les jacobites continuèrent à en être exclus; mais ils se retranchèrent dans une opposition légale, se flattant que la reine Anne, fidèle aux liens du sang, ayant perdu elle-même tous ses enfants, depuis l'acte qui l'avait désignée pour succéder à Guillaume III, pourrait léguer la couronne à son frère. Mais la reine, quelles que fussent au fond de son cœur ses intentions pour l'avenir, fit confirmer, par le parlement d'Angleterre, les statuts qui garantissaient la succession protestante au profit de Sophie, princesse douairière de Hanovre, qui était petite-fille de Jacques P", par le mariage de sa fille Elisabeth avec le prince pâlatin. Le parlement d'Écosse ayant été perpétué depuis douze ans, en contradiction avec la loi d'une réélection annuelle, tous les ministères précédents avaient eu le temps d'y recruter des adhérents. Le gouvernement anglais
196 HISTOIBE DE LA BIVALITE
l'aurait donc trouvé docile à ses vues sur la succession.* Ce ne fut qu'à regret^ et après de longs délais, qu'il fut enfin renoipvelé; mais le gouvernement disposa d'un grand nombre des élections nouvelles, en flattant l'espérance des jacobites, qui votèrent pour lui contre l'opposition presbytérienne. Cependant, le nouveau parlement s'occupa avant tout de l'avenir de la monarchie : on comprit qu'il importait peu à l'Écosse d'être gouvernée par un piince de la maison de Hanovre, ou par un des fils de Jacques VII, pourvu que ses droits, comme nation, fussent d'abord garantis. Il y allait de son honneur de prouver son indépendance. D'accord avec l'opposition patriote, le parti jacobite soutint vivement la proposition d'un acte de sécurité , qui tendait à limiter la prérogative royale sur plusieurs points, et entre autres sur la succession au trône. Cet acte fut combattu par le gouvernement, et ne put passer qu'à une seconde session, lorsque en refusant les subsides le parlement obtint l'assentiment du ministère en- le prenant en quelque sorte par la famine. Les États du royaume étaient autorisés par cet acte à s'assembler à la mort de la reine , pour lui nommer un successeur du sang royal et de la religion protestante, mais nullement le même qui pourrait succéder au trône d'Angleterre, à moins qu'il n'eût préalablement garanti la religion, les libertés et le commerce de l'Écosse. Parmi les orateurs qui arrachèrent cette loi au gouvernement, on distingua un membre éloquent, nommé Fletcher de Saltoun , digne d'être comparé à Fox et à Sheridan.
Godolphtn, le ministre de la reine Anne, feignit d'approuver ce qu'il ne pouvait empêcher. En même