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temps, l'oi^gueil écossais , adroitement caressé, se laissa facilement séduire par son propre triomphe. Les dédains de l'Angleterre avaient soulevé TÉcosse : traitée d'égale à égale, elle remit Tépée dans le fourreau, et se laissa entraîner sur le terrain perfide des négociations.
Les Anglais sentirent que TÉcosse tendait à s'isoler d'eux : leurs propres préventions n'avaient pas peu contribué, sous les r^nes précédents, à faire échouer tout projet d'incorporation ou d'union des deux pays. Ces préventions se montrèrent plus hostiles un moment, mais cédèrent bientôt à la pei'spective de réduire l'Écosse au rang de province anglaise.
On commença par créer, au moyen de la corruption , un parti anglais parmi les Écossais eux-mêmes : on fit habilement ressortir les avantages réels qu'il y aurait pour l'Écosse dans cette fusion des deux États; et quand le succès fut assuré par des engagements secrets encore plus que par les discussions préparatoires, des commissaires furent choisis dans les deux royaumes pour régler la base de cette importante négociation.
Sachant que l'union ne pouvait être populaire en Écosse,^ les commissaires écossais, à plusieurs reprises, opposèrent à cet acte des objections fondées sur les droits légitimes de leur pays; mais chaque objection était interprétée par l'Angleterre coumie une menace de tout rompre; et les représentants écossais, ayant déjà touché des à-compte sur leur marché particulier, se hâtèrent d'avertir le gouvernement qu'ils ne résistaient que pour la forme. Ainsi furent réglées, au gré de l'Angleterre, les bases de
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l'impôt territorial;, celles de l'excise et le droit de représentation dans le parlement commun. Ce traite préliminaire devait être discuté par le parlement national, à qui Ton réservait aussi, pour dernières fonctions, de s'abolir lui-même à jamais. Quand les articles en furent connus, l'alarme et l'indignation furent générales : les pamphlets, les allocutions publiques , entretinrent l'agitation d'une extrémité de l'Écosse à l'autre. Les presbytériens redoutaient l'influence future de l'épiscopat anglican; les épiscopaux prévoyaient qu'ils allaient être sacrifiés au presbytérianisme pour prix de l'union; les pauvres réclamaient surtout contre l'excise, qui allait faire renchérir les denrées les plus nécessaires à la vie, et les commerçants, contre les impôts anglais^ qui équivaudraient pour eux à une prohibition de tout négoce : tous les rangs, tous les états, tous les partis, whigs, torys et jacobiles, sentaient renaître en eux le vieux patriotisme écossais, à l'idée de voir effacer leur terre natale, de la liste des nations indépendantes. Une conspiration formidable s'ourdit : les Caméroniens et les Highlanders s'étaient rapprochés; le duc de Hamilton devait donner le signal. Si, dans ce moment, un Sfuart, un Charles-Édouard avait paru, sa cause était gagnée; mais le secret fut vendu. Le duc de Hamilton lui-même contremanda le mouvement qu'il devait diriger, cédant, selon les uns, à la peur, lâchement déserteur des libertés nationales selon les autres. Dans ce tumulte des esprits, qui fut suivi de (|nelques émeutes réelles, la force militaire fut jugée indispensable pour protéger le calme des délibéra-
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tious : mais la protection des baion nettes est ellemême funeste à la liberté.
Cependant les sessions du parlement continuèrent ; les partisans de la cour ne manquaient pas de bons arguments pour recommander l'union : le temps leur a donné gain de cause, sans absoudre les uns de leur servilité obséquieuse, les autres de leur vénalité. Le temps ^ d'ailleurs, qui a accompli toutes leurs promesses, n'aurait-il pas pu procurer à l'Écosse indépendante les mêmes avantages par d'autres voies? «L'union, disaient^ls, n'est qu'une alliance plus intime; les vieilles animosilés nationales sont éteintes : que de rapprochements naturels, que de similitude dans les lois et les mœurs, que d'intérêts communs appellent les deux nations à se fondre ensemble tôt ou tard ! Quelques nuances subsisteraient même sans inconvénient après celte fusion. L'Écosse elle-même ne contient^elle pas dans son sein deux races distinctes, celle des Highlands et celle des Lowlands, jadis ennemies, depuis si longtemps en paix, et resserrant chaque jour leurs rapports mutuels? Reste la vaine chimère de l'indépendance; mais l'Écosse peut-elle encore la défendre contre sa voisine? Elle n'a plus qu'un moyen de la conserver honorablement, c'est de l'associer à l'indépendance anglaise. La gloire et le commerce de l'Aiiglelerre, ajoutaient-ils, nous appartiendront également, et l'industrie du pays prospérera avec les arts de la paix. Notre représentation est diminuée! Mais la constitution anglaise s'altère elle-même, car le maître qui admet un associé dans sa maison n'a plus l'administration exclusive de ses affaires domestiques. D'ailleurs, un parlement anglais
ne peut avoir d'autre intérêt que l'intérêt coramun, et les deux nations peuvent jouir désormais du bonheur et de la sécurité sous la même législature^ tandis que la religion^ la liberté et la succession protestante sont garanties par l'union. »
L'opposition , désignée sous le litre de parti p^- \v\o\e {countrx'party , parti du pays), soutint qu'il y avait dans tout gouvernement certaines bases fondamentales que la législature n'avait aucun titre pour violer ni altérer : quelle que fût l'origine des pouvoirs des membres d'une assemblée élective j qu'ils fussent nommés par la couronne ou directement par leurs commettants, ils ne possédaient qu'une délégation, un mandat discrétionnaire et sacré, sévèrement limité à l'observance et à la conservation de la charte établie ou acceptée par le peuple. Sans la volonté expresse du peuple , et encore moins si c'était en opposition à cette volonté déclarée, un parlement ne pouvait donc ni annuler ni transférera un autre son pouvoir législatif Or, que résuherait-il d'une union réprouvée par toute la nation? des mécontentements éternels et de fréquentes rébellions. Qu'importe un accroissement de richesses ou de bien-être à qui préfère le bien, moins palpable peut-être, mais non moins réel, de l'indépendance? Au lieu d'ouvrir tous les marchés de l'Europe au commerce d'Écosse, l'union ne ferait que l'absorber dans les marchés anglais ; et la solidarité de la dette de la Grande-Bretagne, quels équivalents pourraient en indemniser la pauvre Écosse? On conservait religieusement le système judiciaire de Tancien royaume, mais on instituait une cour de l'Echiquier pour décider, en ma*
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tière de fisc , d'après les fornies anglaises. Encore si, dans le parlement, on admettait une proportion raisonnable de pairs et de députés pour i'Écosse, mais les pairs conservés par un système électif se réduisaient à seize, le dixième de la haute chambre d'Ecosse, et, dans la même proportion , quarante-cinq membres écossais seulement entraient à la chambre des communes des royaumes-unis, au lieu de soixante-six.
Fletcher de Saltoun osa dire toute la vérité en ac- V cusant lés commissaires de trahison, et lord Belhaven, s'élevant à la hauteur de Démosthène tonnant du haut de la tribune contre les mauvais citoyens vendus au roi de Macédoine , prononça ce discours :
a Je crois voir un royaume libre et indépendant abandonner le précieux privilège qui a de tout temps mis les armes à la main à tous les Etats du monde : le privilège de régler ses propres affaires. Je vois les pairs actuels de l'Écosse, dont les ancêtres allaient lever des tiîbuts sur les province^ d'x4ngleterre, réduits à parcourir l'enceinte de la cour des requêtes , tels que des procureurs anglais, et déposant leurs épées, de peur que leur défense personnelle ne soit traitée d'Aomicidey pendant qu'en Ecosse même un petit commis de l'excise recevra plus d'hommages et de respect que n'en recueillit jamais le plus illustre de leurs aïeux. Je vois nos barons, ces braves défenseurs de nos libertés, apposer le sceau du silence sur leurs lèvres pour éviter les amendes dont les menacent des lois inconnues; je vois les bourgeois, opprimés par d'odieuses restrictions dans leur commerce, se glisser honteux à travers les rues désertes des villes, après avoir mangé leur soupe sans sel et bu de IHeau au lieu A' aie; le vois les
])ropriétaires écrasés par l'irapôt et réduits à laumône ;. mais je vois surtout notre mère commune , l'antique Caiédonie, assise comme César au milieu de notre sénat ^ qui promène autour d'elle ses yeux remplis de deuil, qui se couvre de son manteau royal, et qui s'écrie , en recevant de nos mains le coup fatal : Et toi aussi, mon filsl Le patricide est pire que le parricide; et nous, dont les ancêtres ®nt fondé cette monarchie indépendante en nous léguant sa constitution et ses lois intactes, resterons-nous muet s quand cette patrie est en péril ? trahirons-nous ce qui a coûté si cher à nos pères? Les Anglais sont une grande et glorieuse nation : leurs armées sont partout victorieuses ; leur marine est la terreur de l'Europe; leur commerce embrasse tout le globe, et leur capitale est devenue le centre de la civilisation. Nous formons une nation obscure, pauvre, dédaignée, quoique jadis digne de plus d'estime , située dans un coin écarté du monde, sans alliance et sans nom! Qui nous empêche d'ensevelir toutes nos animosités, et de nous réunir cordialement quand notre existence comme nation est menacée? L'ennemi est à nos poites; Annibal est dans nos murs; Annibal est au pied du trône, quil aura bientôt détruit pour en enlever les insignes, et nous chasser à jamais de nos foyers. Où sont les Douglas, lesGraham^ lesCampbell, nos pères et nos chefs, qui repoussèrent avec leurs épées les Édouard d'Angleterre , lorsqu'ils voulaient usurper cette indépendance que nous allons trahir par un seul vote? Je vois la constitution anglaise rester stable , avec les mêmes chambres du parlement, les mêmes impôts, les mêmes corporations de commerce, les mêmes Ibis, la même judicature,
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pendant que nos institutions sont soumises à de nouvelles règles ou anéanties à jamais. Et pourquoi? afin d'être admis à l'honneur de payer les arrérages de la dette anglaise, et de servir de caution aux nouveaux créanciers que l'Angleterre voudra se donner. Mon cœur est près de se briser d'indignation et de douleur à la vue dû triomphe que les Anglais obtiennent aujourd'hui sur un peuple valeureux et fier, qui a si longtemps combattu pour son indépendance. Mais l'Angleterre serait-elle la première à nous offrir les conditions que nous pourrions lui demander, jamais je ne consentirai à abandonner cette souveraineté nationale sans laquelle, à moins que les parties contractantes ne restent indépendantes, la sécurité de tout traité ressemble à celle de l'homme qui stipulerait pour la conservation de sa propriété en devenant lui-même esclave. »
On ne répondit pas à cette pathétique adresse; les mulets chargés d'or de Philippe étaient dans la place ; quand on alla aux voix, une majorité de trente-trois votes prononça l'incorporation de l'Ecosse à l'Angleterre.
A la nouvelle de ce suicide politique, un cri de désespoir s'éleva dans l'Écosse. On aurait pu s'attendre à une guerre nationale ou à une guerre civile; tout se réduisit aux déclamations de la tribune, et une vaine lutte d'orateurs résuma plus de dix siècles de combats. L'Écosse enfin fut traitée comme un enfant indocile qu'on console avec des jouets. IjC mot trivial de Henri VII t<xCer\e sont pas les petits poissons qui mangent les gros,)) allait pleinement se réaliser. La part de l'Ecosse dans la souveraineté par-.
lementaire était à peu près nulle. La chambre des lords ne lui accordait que seize sièges. Sous prétexte que les seize pairs écossais représentaient toute la pairie écossaise , ils devaient être élus par tous les ayants-droit, et élus pour une seule législature, afin de conserver à cette pairie élective un faux-semblant de perpétuité héréditaire. Dans la chambre des communes, par une disproportion numérique tout aussi choquante, que le bill de i832 a très-légèrement modifiée, le corps électoral n'envoyait que la moitié des mandataires qui auraient dû être éUis par l'Ecosse, si on compare les chiffres respectifs des électeurs et de la population totale des deux royaumes;.... mais, par un article additionnel du traité de l'union, il fut stipulé que les i^galia ou insignes de l'antique monarchie ne pourraient être emportés hors d'Édimbourg (i)!
Quelque avantageux que l'acte d'union fût à l'Angleterre, il fallut user de ruse et peut-être de fraude pour le faire adopter aussi par la chambre des communes, tant l'instinct des vieilles rivalités était encore vivace dans les cœurs anglais comme dans les cœurs écossais.
(i) La réforme parlementaire de i83a ua donné à l*£cosse que cinquante trois représentants au lieu de quatre-vingt-trois qu'elle devrait avoir. Le bill n'a rien changé à la constitution de la chambre des lords , où TÉcosse n'a encore que seize pairs électifs. Remarquez encore la situation de TÉcosse presbytérienne vis-à-vis d'un parlement anglican^ où il y a un banc des évéques. Le parlement britannique exerce le droit exclusif de faire les lois relatives aux cultes des trois royaumes: or, de nos jours encore, nous venons de voir le parlement décider que l'Église d'Ecosse avait renoncé de fait, par l'acte d\mion, à son indépendance spirituelle.
DE l'anglbtbrbb bt db l'bcossb. 205 Enfin , tout fut consommé par l'adoption de la loi anglaise sur les crimes de haute trahison : les patriotes dévoués, tels que les Belhaven , les Fletcher de Saltoun, etc., arrêtés, conduits à Londres, sous prétexte qu'ils avaient correspondu avec l'escadre de Forbin, qui parut dans le Forth en 1708, expièrent en prison la hardiesse de leur résistance, pendant que les traîtres recueillaient, les uns le salaire, les autres les faveurs, prix convenu de leur prétendue impartialité. Lord Belhaven mourut de douleur et d'indignation.
Des deux grandes rébellions qui protestèrent sous l'étendard des Stuarts contre l'union, la première, celle de 1715 , conduite par l'inhabile comte de Mar, et étouffée par le comte d'Argyle, éclata à la suite de la réaction qu'à la mort de la reine Anne, les whigs entrés au pouvoir*^ suscitèrent contre les torys de toutes les nuances, dont la reine avait rallié le plus grand nombre à son gouvernement. Elle fut réprimée par le fils du premier duc d'Argyle (1). l'élève de Marlborough, qui s'était distingué à Oudenarde et à Malplaquet.
La sévérité du gouvernement alla jusqu a la cruauté contre les prisonniers de cette guerre; mais personnellement Argyle se montra clément envers les vaincus, et, non moins habile politique que brave général, il parvint à étouffer les restes d'une insurrection si mal
(i) Argyle avait été uii des promoteurs de l'union; il fut créé duc et pair d'Angleterre à celte occasion : c'est le même duc d'Argyle qui joue un rôle dans the Heart of Midlothiait ( la Prison d'Édimbourg ).
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conduite. On montre encore près de Dunblane une large pierre sur laquelle les Highlanders aiguisèrent leurs claymores la veille de la bataille de SherifTmoor; mais elle ne servit qu'à marquer la limite où s'arrêta leur marche sur Édimbourg, limites qu'ils ne devaient franchir qu'en 1745.
Ici se termine l'Introduction à l'histoire de Charles- Édouard. En rattachant sa cause à celle de l'indépendance écossaise, nous avons été conduit à esquisser l'histoire de l'Écosse elle-même , pei*suadé, avec l'éloquent historien de son ancêtre Jean Sobieski, que a la Providence a mis un tel enchaînement dans les choses humaines que lorsqu'on veut retracer quelques-unes des révolutions d'un peuple, et démêler les causes de sa prospérité et de ses malheurs, on est involontairement ramené, de degré en degré, jusques à son ber^ ceau ( I ). »
(i) Histoire de Pologne avant et sous Jean Sobieski, etc^ tome I.
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