‹ Histoire de Charles-Édouard, dernier prince de la maison de StuartChapitre 52 sur 78 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

LE CHEYAIJER DE SÂINT-GEORCES. — ANECDOTE DES OFFICIERS ÉMIGRÉS A SAINT- GERMAIN. — NAISSANCE DU PRINCE DE GALLES. — L*ENFANT DU MIRACLE. LA POÉSIE y LES JÉSUITES , LA BASSINOIRE.^ — » L'BXIL. — LE JEUNE PRINCE BECONim ROI PAR LOUIS TÊIY. ^ 1706. — 1708.

Jacques II, ayant appris que cinq des braves volontaires écossais dont on vient dé lire les aventures étaient morts de maladie à Salistad, crut devoir écrire à leur commandant de donner des congés définitifs à lous ceux qui en voudraient profiter, soit pour rentrer en Ecosse, soit pour se retirer en France, avec une pension qu'il s'engageait à leur faire de ses économies. Quatorze de ces martyrs de la royauté héréditaire, hors d'état de continuer le rude métier de soldat, allèrent à Saint-Germain offrir au monarque déchu leurs humhles remerciments , et prendre ses ordres avant de se décider. Jacques les reçut avec cette bonté familière qui lui avait conservé tant de serviteurs fidèles, alors que ses défauts comme roi avaient aliéné le plus grand nombre de ses courtisans et de ses sujets. Peu de jours après l'audience qu'ils obtinrent, quatre d'entre eux erraient oisivement près des grilles du palais, où était arrêté un carrosse aux armes de la Grande-Bretagne. En cet instant, un enfant de six à sept ans allait y monter, lorsqu'il aperçut ces soldats de l'exil qui regardaient tristement la résidence accordée par Louis XIV à son

hôte, en rêvant peut-être au palais d'Holyrood , antique demeure des rois d'Écosse. L'enfant les reconnut: c'était le fils de Jacques, le prince de Galles, qui allait faire une promenade jusqu'à Marly. Au lieu de monter dans la voiture, il fit signe à ces gentilshommes d'approcher : ils s'avancèrent respectueusement : par un mouvement spontané de ce royalisme de tous les temps et de tous les pays, qui a quelque chose de religieux, ils fléchirent un genou devant leur jeune prince, et lui baisèrent les mains en versant des larmes. Avec une sensibilité touchante, que le malheur donne si souvent avant l'âge, l'enfant releva ces preux dévoués, et trouva des mots heureux pour répondre à l'expression de leur amour pour sa famille. Il sut leur dire qu'il avait entendu parler de leur bravoure, et qu'il en avait été fier; il avait pleuré de leurs infortunes autant que de celles de son père; et il espérait, ajouta-t-il, qii'un jour viendrait où ils éprouveraient qu'ils n'avaient pas fait de si grands sacrifices pour des princes ingrats. A ces paroles, qui ne pouvaient être dictées, à ces promesses, qui, dans la bouche d'un enfant, dernier rejeton d'une race royale , devaient avoir un singulier prestige pour les descendants des vieux cavàliers, le fils de Jacques ajouta le don de sa petite bourse, contenant dix à douze pistoles, en invitant les gentilshommes écossais à boire à la santé du roi.

Qu'on juge avec quel redoublement d'enthousiasme ils. allèrent partout répéter ce trait de l'héritier de leur monarque légitime!

De l'aveu déplus d'un écrivain whig, le fils de Jacques 11 conserva toute sa vie< cette bonté royale dont

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enfant il avait donné une preuve si naïve. C'eût été, disait-on de lui, «un honnête roi» en deâ temps paisibles; mais il était naturellement triste, et il contracta dans rincertitude de sa fortune une sorte d'hésitation qui fut funeste à tous ses projets. Un roi exilé n'est plus qu'un chef de parti : de toutes les vertus, la plus nécessaire pour lui, c'est désormais l'audace. Trompé tant de fois dans ses espérances par les événements ou par les hommes, Jacques III finit comme son père par ne plus espérer qu'en Dieu. Hélas! la résignation est une vertu toute chrétienne à l'usage des rois dont le royaume n'est plus de ce monde.

Esquissons les principaux traits de la vie du père de Charles-Édouard .

C'était le lo juin 1688 que Marie de Modène, seconde femme de Jacques 11, avait été délivrée d'un fils qui, baptisé selon les rites de l'église catholique, avec le pape pour parrain, reçut les noms de Jacques- Édouard-François. La naissance d'un prince de Galles, après six ans de stérilité, mit en émoi toute la Grande- Bretagne. Par un parti, le jeune prince fut proclamé <c l'enfant du miracle.» Non-seulement Drvden, le poète lauréat, converti au catholicisme, célébra ce grand événement dans des vers dignes des plus nobles inspirations de sa muse religieuse, mais encore, parmi ceux que cet événement comblait de joie, chacun donnait comme une réalité les pieuses suppositions de la poésie: ceux-ci faisaient honneur du prodige à Notre-Dame de Lorette; ceux-là au crédit particulier delà reine auprès de saint François-Xavier; d'autres, à un pèlerinage du roi à la source de Sainte Winifred; selon le lord Melfort, un ange était venu agiter de

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ses maips les eaux de Bath, comme jadis les eaux de Bethsaide. Les jésuites, qui avaient aussi prédit la naissance du prince, l'altribuèrent plus sérieusement encore à leur intercession; mais le parti contraire était résolu de pousser bien loin Tincrédulité, car il se récria non-seulement sur l'iniposture d'une intervention miraculeuse, mais encore il prétendit que la naissance elle-même était une supposition. Vainement Faccouchement avait eu lieu en présence de nombreux témoins; on ne pouvait être bon protestant si on en admettait la réalité. Dès les premiers jours de Tannée précédente, un almanach avait, par hasard ou par malveillance, dénoncé la ruse. Selon les uns, la reine avait feint sa grossesse en portant un coussin sous sa robe; selon les autres, elle avait une tympa^ uite; et enfin, le jour de la prétendue délivrance de Marie de Modène, Tenfant supposé, (ils d'un meunier, avait été introduit sous ses draps dans une bassinoire( i )• Cinq mois après, le prince d'Orange vint décider la question d'une autre manière, et la reine eut juste le temps de sauver le jeune héritier de Jacques en le transportant en France, où nous avons vu qu'elle précéda son royal époux.

Le prince de Galles n'avait que treize ans à la ifiort de son père. Louis XIY ayant déclaré tout haut qu'il le reconnaissait pour roi d'Angleterre , tous les Anglais présents se prosternèrent, et ils s'écrièrent en versant des larmes d'attendrissement : God saue ihe king^

(]) Ce fut longtemps une insultante ironie des whigs que de faire un charivari sous les fenêtres d'un jaeobite , en frappant sur des bassinoires.

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Dès que Jacques H eut expiré, Louis nlla à Saint** Germain complimenter le jeune roi Jacques IH, Les chefs du parti jacobite, dans la Grande-Bretagne, furent secrètement prévenus et consultés par la reine mère, qui se contenta, au sujet de ïa^énement de son fils^ d'adresser un simple manifeste à la nation anglaise. Guillaume suivit bientôt Jacques au tombeau , et sa mort ranima un moment les espérances de la cour solitaire de Saint-Germain. Anne, qui lui succéda, eut Fart de laisser croire à sa famille exilée qu'elle allait secrètement préparer les voies du retour à son frère. Anne était-elle de bonne foi, ou voulait-elle gagner du temps, et empêcher les jacobites d'agir en les abusant par de fausses promesses? Les avis des historiens sont partagés là-dessus. Telle était, du reste, l'influence des jacobites en Écosse, que ce furent eux qui firent échouer la première tentative sérieuse de l'union des deux royaumes (1702), et adopter \acte de sécurité , qui excluait la maison de Hanovre du trône d'Ecosse. L'hostilité des deux peuples se réveilla alors, et si le jeune prince s'était présenté comme le champion de Tindépendance nationale, les chances étaient favorables pour lui; mais le . fils de Jacques, comptant sans doute sur les secrètes promesses de sa sœur, ne profita même pas des chances plus sûres encore que lui promettait l'exaspération des esprits en Écosse (i-yoô), lorsque l'union fut consommée par une adroite distribution de l'or de l'Angleterre. En 1708, une expédition, commandée par le comte de Forbin , menaça les côtes d'Ecosse. Le prince aurait voulu être débarqué , mais on fut

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obl^ de se l'étirer devant des forces supérieures, et de difTérer toute espèce d'invasion.

Jacques III alla recevoir les premières leçons de la guerre sous le duc de Bourgogne en Flandre y et à Malplaquet il se distingua sous Yillars : on le nommait alors le chevalier de Saint-Georges.

DB CHABtBS-ÉDOUARD.

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