‹ Histoire de Charles-Édouard, dernier prince de la maison de StuartChapitre 53 sur 78 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

SVITE DU PRéGéDiENT.— INTRIGUES A LÀ GOVft DE LA REINE ANNE.— INSURRBGTIOff DE 1715 —MARIAGE DU CHEYALIER DE SAINT-GEORGES.

Celait en 1714 une conviction générale en Angleterre, que la vieillesse et les infirmités devançaient l'âge chez la reine, dont la santé avait été ruinée de bonne heure par de fréquentes fausses couches. Ses attaques de goutte prirent un caractère grave; il fallut plus d'une fois démentir à la Bourse de Londres le bruit de sa mort. Les factions et les ambitions individuelles se mirent donc sur leurs gardes, toutes agissant sourdement, toutes paraissant, d'un commun accord, différer leurs actes décisifs jusqu'à l'événement imminent et inévitable.

En voyant ce qui se passait en Angleterre autour de la reine Anne, et dans le Hanovre autour de l'électeur (fils et héritier de la princesse Sophie, petitefille de Jacques r'), désigné pour Igi succéder par Taçte dit di Établissement , il semble qu'avec un peu de cette audace qui quelquefois fait si heureusement violence à la fortune, le prince légitime avait enfin pour lui les chances les plus probables. Jacques, volontiers indécis, se laissa peut-être endormir ou tromper par cette probabilité même. La reine, sa sœur , ne s'expliquait pas; mais pourquoi refusait-elle à l'électeur l'autorisation de venir dans le royaume dont il était l'héritier désigné? D'ailleurs, M" Masham, sa favorite , qui avait supplanté la fière duchesse de

Marlborough , se déclarait jacobite; quelques-uns des ministres, imitant Cëcil, le ministre d'Élisabeth mourante, et avec eux le grand duc de Marlborougb, entraient en correspondance avec le prétendant , et rexbortaient à se tenir prêt. Pouvait-il penser, dans sa probité un peu» simple, que la plupart de ces bommes si dévoués écrivaient du même style à V électeur? Comment douter des torys, quand parmi les principaux whigs plusieurs prenaient les devants pour lui demander à rentrer en grâce avant qu'il fût sur le trône? Les élections de 171 3 avaient envoyé au parlement une majorité plutôt favorable que contraire à sa cause, et qui pouvait balancer l'influence de la cbambre des lords, plus fidèle à l'esprit de 1688. Le duc d'Ormond, qui était alors gouverneur des Cinq- Ports, répondait des côtes. Bolingbroke, chef secret de la contre-révolution, devenait chaque jour plus influent dans le cabinet : en un mot, une seconde restauration semblait tellement une affaire arrangée et convenue que quelques torys anglicans, plus scrupuleux que les autres, crurent prudent de négocier une garantie pour leurs opinions religieuses. Us deniandèrent que Jacques , avant de se présenter à ses sujets , abjurât le catholicisme.

Au milieu de l'immoralité hypocrite, stigmate des bommes les plus éminents de cette époque, seul, le prétendant, malgré les impatiences de l'exil, ne put sè décider à sacrifier sa conscience. Il fit plus : les politiques de son parti lui proposèrent en vain de laisser dire au moins qu'il avait embrassé la religion anglicane... Il refusa même de se prêter à ce mensonge indirect. C'était s'exposer de gaieté de cœur au soup-

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çon d^obsti nation bigote , car les sectes religieuses ont de singulières définitions pour certaines vertus, et il faut avouer que le souvenir du prosélytisme de Jacques Il devait rendre défiant envers Jacques III. Ses partisans passèrent outre cependant , et la conspiration continua de s'organiser avec tant d'assurance qu'elle 4ônna l'éveil à ceux des whigs qui redoutaient plus sérieusementunroi papiste. Usformèrent eux aussi une association défensive, et essayèrent de raviver les anciennes haines dans le parlement, par une adresse à la reine ^ qui se vit supplier de promettre une récom* pense à quiconque saisirait le prétendant mort ou vi^ iHUit. Une pareille proposition était une provocation jetée aux jacobites, au moment où Bolingbroke s'oc* cupait de composer un nouveau cabinet entièrement dévoué à leurs intérêts. Mais, sur ces entrefaites, le août, Anne mourut : l'antagoniste de Bolingbroke, le duc de Sbrewsbury, le gagna de vitesse en présentant au lit de mort de la reine un cabinet wliig, qui, à peine sa Majesté avait-elle rendu le dernier soupir , fit .proclamer par les hérauts d'armes l'avènement de Georges 1"^. Un courrier fut expédié avec une dépêche pour l'électeur, et une flotte alla l'attendre en Hollande. Rien ne déconcerte l'intrigue comme une surprise, lorsque l'intrigue se prépare elle-même à surprendre ses adversaires. Bolingbroke recula, en joueur qui avoue qu'il perd la partie. Le a août, Iberville , l'agent français , écrivait au roi de France : « Mylord Bolingbroke est pénétré de douleur... Il m'a « assuré que ses mesures étaient si bien prises qu'en « six semaines de temps on aurait mis les choses en

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« tel état qu'il n'y aurait rien eu à craindre de ce qui a vient d'arriver, »

Cependant le chevalier de Saint-Georges attendait toujours que ses partisans l'avertissent, lui aussi, de se mettre en chemin , lorsqu'il apprit que son compétiteur, surmontant les hésitations de la lenteur allemande, était arrivé à Londres. Georges I", déjà sur le retour, était un homme de passions peu vives, n'ayant ni vertus brillantes ni vices brillants, ce qui est quelquefois aussi un attrait chez les princes. Au physique, il était lourd, gauche, vulgaire même, avec un accent germanique qu'il ne chercha jamais à corriger. Mais les chefs whigs ne songeaient nullement à en faire un roi gracieux et populaire : plus il était étranger à l'Angleterre, à ses mœurs, à sa langue, à son gouvernement, plus il serait forcé, pensaient-ils, de se laisser gouverner par èux. Les héritiers de l'aristocratie de 1688 n'eussent pas voulu d'un second roi Guillaume : il leur fallait un roi constitutionnel dans la pratique comme dans la théorie, un roi qui se contentât de régner et les laissât gouverner. A leurs yeux, le seul défaut de Georges était de ne pas même tenir assez à régner, c'est-à-dire à étaler les pompes de la royauté: pour occuper ses loisirs, il lui suffisait des intrigues de cette petite cour d'Allemagne qui l'avait suivi à Londres. Ses favoris étrangers ne pouvaient exercer aucune influence sur l'administration, encore moins ses deux maîtresses, car il en eut deux, mais allemandes aussi, sans beauté, sans élégance, ne trafiquant que des emplois secondaires du palais. Geoi^es eut bien ses préventions et ses antipathies person-

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nelles, mais s'il se montrait froid pour iinchef wliig, tel que Marlborough, ce n'était pas du moins pour faire bon visage à un chef jacobite : les whigs seuls gouvernaient et administraient, seuls ils disposaient des hauts emplois, seuls ils dirigèrent les nouvelles élections, qui leinr renvoyèrent une chambre whig. La réaction fut si complète que Bolingbroke et le duc d'Orraond, menacés d'un acte d'accusation, se réfugièrent en France, où Bolingbroke, embrassant ou* vertement le parti de Jacques III, fut nommé son premier secrétaire d'État. Cet ambitieux ardent et versatile avait .sa revanche à preifdre sur les whigs. Avec la conscience de sa supériorité intellectuelle sur tous les politiques de son temps, sans scrupule d'ailleurs, car rien ne lui coûtait pour réussir, il se comparait volontiers à Alcibiade, dont il eut peutêtre, en effet, le génie actif et élégant, — à Alcibiade, dont du moins il imitait les mœurs; et il se promettait d'êire plus redoutable à ses rivaux sur la terre d'exil que dans sa patrie même. Mais, quoiqu'il eût été accueilli d'abord comme l'homme essentiel du parti jacobite, il était facile d'inspirer à la droiture d'un prince religieux comme Jacques ïll des défiances contre un ministre aussi peu scrupuleux que Bolingbroke. Les mêmes intrigues que Bolingbroke avait eu à combattre auprès de la sœur l'attendaient auprès du frère. En quelques mois, il était déjà disgracié, et, se croyant libre de changer de parti , il s'adressait à l'ambassadeur du roi de fait pour se venger du roi légitime.

11 faut dire que l' Alcibiade anglais, en arrivant dans le petit monde qui s'agitait autour du prétendant, l'avait sévèrement jugé, sans épargner le prince

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lui-même. Il trouvait, non sans quelque raison , qu'en Facceptant pour ministre, celui-ci aui;ait dû se laisser conduire par lui; mais, même à Saint-Germain, les Stuarts avaient peine encore à se prêter à celte fiction constitutionnelle que l'électeur de Hanovre consentait à subir dans leur palais de Saint-James. Ce n'est pas que Jacques ne voulût consulter personne r au contraire, il n'écoutait qu'un trop grand nombre de conseillers, et cette diversité d'avis n'était pas faite pour corriger l'indécision de caractère dont nous avons parlé.

Si Louis XIV eflt vécu, peut-être les jacobites d'Écosse auraient-ils obtenu de la France le secours^ qu'ils réclamaient d'elle. Le vieux monarque avait reçu froidement lord Stair, ambassadeur de Georges Le duc d'Orléans , en prenant la régence , ne voulut point ajouter à ses embarras celui d'une guerre qu'il fallait avoir avec l'Angleterre, si l'insurrection jacobite ne réussissait pas. Occupé, d'ailleurs, de se défendre personnellement contre la duchesse du Maine et contre le roi d'Espagne, il se tint sur la réserve : sans décourager précisément les partisans des Stuarts, il reconnut Georges comme roi , et refusa d'autoriser un armement de quelques vaisseaux de l'État qui avaient été déjà promis au prétendant.

La double insurrection qui éclata en 1716 dans le comté de Northumberland et en Écosse resta donc livrée à ses propres forces, manqua d'ensemble, n'eut que des chefs incapables, et elle était déjà étouffée en partie lorsque Jacques liT alla se mettre à la tête des insurgés.

Les jacobites du Northumberland, sous les ordres

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de M. Forsler, membre du parlement, el d'un jeune seigneur catholique ^ le comte de Derwentwaler, s'étaient avancés jusqu'au cœur du comté de Lancastre. Une troupe de jacobites écossais, venus des fronliè- ^ res d'Ecosse, se joignirent à eux, et cetie petite armée se grossit encore, sans succès, d'une autre bande qui avait tenté un coup de main sur Édimboui^, défendu par le duc d'Argyle. Mais justement, c'était dau§ le comté de Lancastre que le roi Georges avait en ce moment quelques régiments réguliers commandés par des officiers wliigs et le général Carpenter, (In engagement eut lieu à Preston, oq M. Forster capitula et se rendit prisonnier (f ).

En Ecosse^ l'insurrection, à la fois plus nombreuse et dirigée par le comte de Mar, fît quelques progrès plus sérieux. I^s montagnards étaient accourus sous cette bannière; mais il leur eût fallu pourchef un autreMontrose ou un autre Claverhouse. Le comte de Mar, successivement whig et tory, était aujourd'hui jacobite par dépit , n'ayant pu faire accepter ses services à l'électeur. Pauvre chef politique , plus incapable encore comme général, il ne sut ni organiser son armée avant l'action, ni tirer au moins parti de l'avantage du nombre et de l'intrépidité qu'elle montra dans la bataille. Il avait avec lui plus de dix mille hommes lorsqu'il fut attaqué à Sheriffmoor par le duc d'Argyle, chef des whigs d'Écosse comme son père, et qui avait eu le temps de rassembler trois mille, hommes de troupes

(i) On conduisit ù Londres M. Forster et les autres prisonniers à cheval ; chaque cheval était bridé d'un licou que tei^ait un soldat monté en croupe. M. Forster parvint à s'évader de Newgafe trois jours avant son jugement.

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réglées. I^a discipline remporta sur ta fougae montagnarde. Mar fit battre la retraite en voyant une de ses ailes enfoncée, et au moment où l'autre, étant victorieuse,!! pouvait facilement obtenir une victoire complète. Chacune des deux armées se contenta d*Qn ré-, clamer la moitié. «Oh! une heure seulement de Claverhouse! » s'écriait un des soldats montagnards, indigné^ d'obéir à des chefs si peu faits pour commander (i). Pendant quelques jours, le comte de Mar et le duc d'Argyle restèrent dans leurs camps respectifs; mais, selon leur usage, les Highlanders, qu'on ne conduisait pas en avant, s'en retournèrent dans leurs montagnes. Mar crut devoir entrer en négociations avec Argyle, qui ne demanda pas mieux que de gagner du temps, soit par des motifs particuliers, soit parce qu'il savait que des renforts lui arrivaient. Tout à coup on annonce que Jacques, en personne, est débarqué à Peterhead. Mar s'empresse d aller le joindre avec le comte Mareschâl, le général Hamilton, et environ trente gen-

(i) «Ils n^auraient eu qu*à jefer des pierres à renneini pour le mettre en désordre, » dit sir Walter Scott, dans une annotation aux Mémoires manuscrits, du Maître de Sinclair, un des chefs de l'insurrection , mémoires confiés par M. Lockhai t à lord Mahon, qui cite encore cette autre observation de sir Walter'Seott : «Avec moins de troupes que n'en avait Mar, Montrose avait gagné huit victoires et parcouru toute l'Ecosse en vainqueur. Avec un plus petit nombre de montagnards, Dundee (Claverhouse) avait remporté la bataille de Killiecrankie. Avec une armée moindre de moitié que celte qui s'était réunie à Perlh en I7i5, Charles-Édouard , en 1746, alla jusqu'à Detbjy et battit deux fois des troupes régulières. Mais en 1715, par une des fatalités qui poursuivaient leur maison depuis Robert II » les Stuarts manquèrent d'un homme de talent au moment où ils pouvaient disposer d'une force supérieure. »

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tilshommes. Le prince est reçu partout avec acclamations; mais il demande' avec surprise ce qu'est devenue l'armée qu'on lui avait annoncée... Celte armée s'est fondue, tandis que celle d'Ârgyle, faisant la boule de nejge, s'est augmentée de plusieurs régiments allemands.

En attendant que les montagnards reviennent sous ses drapeaux, le prince, réduit à parader au lieu d'à gir activement 9 se rend à Scone^ ancien palais des rois d'Ecosse, ordonne des prières publiques, rédige des proclamations, prépare un couronnement. Malheureusement, par sa tournure peu guerrière, son air de dignité affable^ mais triste, il désenchante et décourage ceux qui*, pour remplacer un chef tel que Mar, auraient voulu un prince soldat (i). Sans doute que celte impression réciproque ne fut pas ignorée de son fils, qui profita, trente ans plus tard, de la leçon.

Cependant Argyle restait de son côté inaclif à Stirling, et les whigs de Londres^ soupçonnant qu'il avait quelque arrière-pensée, lui envoyèrent le général

(i) « Je ne dois pas cacher, dit un de ces jacobites qui a laissé des mémoires, que lorsque nous vîmes l'homme qu'ils appelaient notre roi , nous ne nous trouvâmes nullement animés par sa présence, et s'il fut désappointé en nous, nous le fûmes dix fois plus en ini. r9i vivacité, ni gaieté, ni bonne humeur! P^os hommes commençaient à le mépriser : quelques-uns demandaient s'il savait parler. Ne venait-il parmi nous, soldats, que pour nous voir manier nos armes et faire l'exercice? On dit que la situation où il nous trouva lui fit perdre son courage : je suis sûr que la figure qu'il fit ne nous rendit pas le nôtre : il eût mieux valu qu'il nous envoyât cinq cents hommes de bonnes troupes que de se montrer luimême. » (Véritable relation de ce qui se passa à Perth , p. 19.)

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Cadagaii, pOur le forcer à marcher contre les i*ebel« les. Sou armée se mit eniin en marche, et les jacobites, au lieu de l'attendre, résolurent de l'attirer daus les montagnes, dernière manifestation de leur découragement, qui cherchait à colorer une retraite. Jacques en jugea ainsi sans doute, car, arrivé à Montrose, il se rembarqua pour la France, après avoir envoyé une somme au duc d'Argyle, en le priant de la distribuer aux pauvres gens ruinés par la guerre. On reconnaît encore là du moins l'honnête prince (i). Il est juste de mentionner que le chevalier de Saint-Georges fut, dit -on , malade pendant tout le temps de son séjour en Écosse, où il était arrivé avec la fièvre.

Jacques débarqua à Gravelines après une traversée de sept jours, et se rendit à Saint-Germain.

L'avortement de son expédition ne pouvait le rendre très-intéressant à une cour qui s'éloignait de plus en plus des traditions chevaleresques de la vieille France, et dont le cardinal Dubois était le premier ministre. L'Angleterre invoqua les stipulations de la paix d'Ctrecht. L'alliance de la maison de Hanovre et de la maison d'Orléans se conclut aux dépens des Stuarts, et le prétendant fut invité à se retirer à Avignon; mais là encore, les whigs le trouvèrent trop près de l'Espagne, où Alberoni manifestait l'intention de reconnaître et défendre sa légitimité, d'accord avec la Suède et la Russie.

La mort du roi de Suède fit avorter cette alliance.

(i) «J'étais venu armé, dit-il au duc, pour vous délivrer tous; que j'aie au' moins la satisfaction de n'avoir causé la ruine de personne. »

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Cependant, Jacques avait été mandé à Madrid , où le petit-fils de Louis XIV reçut en roi le fils de l'hôte royal de son aïeul à Saint-Germain. Une flotte ayant à bord plus de six mille hommes mit à la voile de Cadix pour les côtes de la Grande-Bretagne; deux frégates, prenant les devants, débarquèrent dans File de Lewis trois cents soldats espagnols. Le marquis de TuUibardine, le comte Mareschal et le comte de Seaforth soulevèrent quelques montagnards, qui s'attendaient à apprendre bientôt que le duc d'Ormond était débarqué avec le reste de la flotte (i). Malheureusement, la tempête l'avait dispersée : les jacobites insurgés furent contenus par une armée composée de Hollandais, de troupes impériales et de régiments anglais. Les Espagnols mirent bas les armes à Glenshiel, et les trois nobles Écossais se sauvèrent à grand'peine.

Le 2 5 août 1719, le chevalier de Saint-<]i^eoi^es, ayant quitté TEspagne, débarquait à Livourne, d'où il se rendit à Rome. C'est à Rome qu'avait été négocié depuis l'année précédente le mariage de Jacques lli avec une petite-fille du grand Sobieski, la princesse Marie -Casimire -Clémentine Sobieska, autre débris d'une dynastie sans couronne, dont l'aïeul avait été le libérateur de son pays et roi chevalier comme le Bruce de l'antique Écosse.

Le roi Georges , informé de ce projet de mariage ,

(t) Mylord Marischal était le représentant de la famille de Keith et maréchal héréditaire d'Écosse. C'est ainsi que le titre de steivari (intendant) était devenu le nom de famille de Walter, le petit-fiis de Banquo. ^

qui devait unir au fils de Jacques 11 une des plus riches princesses de l'Europe (i) , fit agir ses ministres à la cour de Fempereur Charles \1 pour y mettre obstacle. Le père de la princesse, Jacques Sobieski , naguère compétiteur malheureux du trône de Pologne, se trouvait sous la dépendance de l'empereur , qui avait alors besoin des Anglais pour soutenir ses prétentions sur la Sicile : il refusa de sanctionner l'union de Clémentine et du prétendant. Il fallut que la future du chevalier de Saint-Georges s'échappât secrètement, sous la conduite de sa mère, pour aller joindre le prince à Bologne. Surveillée par les espions anglais, elle fut arrêtée à Inspruck^ et enfermée dans un couvent de cette capitale du Tyrol.

Sa délivrance est encore un autre chapitre de romau dans l'histoire toujours si romanesque des derniers Stuarts. Un proscrit de 1715, John Walkenshàw, baron de Barronsfield^ qui , prisonnier après la bataille de Sheriflmoor, s'était échappé du château de Stirling, avait d'abord vainement sollicité l'empereur Charles VI en faveur de la noble captive. Il entreprit de la délivrer malgré l'empereur, en se concertant avec un autre exilé jacobite, Charles Wogan, dont le nom rappelle un héros cher aux cavaliers de la restauration. Ils se procurèrent un passeport autrichien pour le comte dé Cernes et sa famille, c'est-à-dire sa femme, son frère, sa sœur et ses gens, qui étaient censés retourner de Notre-Dame de Lorette aux Pays-Bas. Le prétendu comte de Cernes était John Walkenshàw, dont Wogan était le prétendu

(i) Elle passait du moins alors pour Tétre.

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frère (i); lady Walkenshaw devait jouer le rôle de la comtesse, et une servante espiègle celui de la sœur, jusqu'à ce que la princesse vînt la remplacer. Dans le complot étaient encore un major Misset,sa femme et un capitaine Toole, déguisé en domestique. La servante, qui n'était qu'à demi du secret, croyait ne servir de complice qu'à l'enlèvement d'une maîtresse du capitaine ou du major; mais quand le comte de Cernes et tout son monde furent arrivés à Inspruck, le 19 avril 1719, quelques mots échappés par mégarde l'effrayèrent, et elle déclara que, puisqu'il s'agissait de rois et de reines dans cette intrigue, elle était trop pauvre fille pour vouloir se faire des querelles avec de hautes puissances, d'autant plus que le rôle le plus périlleux était le sien , devant être laissée prisonnière à la place de la princesse. Quelques pièces d'or, une robe de brocard et de séduisantes promesses la décidèrent enfin, et elle se prêta au stratagème de s'introduire dans le couvent pour y changer d'habits avec l'auguste prisonnière. Ce fut par une nuit d'oj-age que la petite-fille de Jean Sobieski s'évada en princesse de chevalerie errante (2). Ses libérateurs et elle ne s'arrêtèrent dans leur fuite que sur le territoire de Venise. Ils arrivèrent à Bologne le 1 mai, après un voyage pénible. Le mariage eut lieu sans plus de relard, par procuration.

(i) Dans une autre version de Taventure, c'est le major Misset qui joue le rôle du comte.

(a) La cour impériale, irritée contre Jacques Sobieski, exigea de lui qu'il livrât sa fille ou qu'il quittât les États autrichiens. Il se rendit au couvent de Czenstochow en Pologne, où il resta jusqu'à son raccommodement avec Charles VI.

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bre des prélats anglicans qui pensaient que la révolution de 1688 avait dépassé les limites légales et con* stitutionnelles. Il faisait partie d'une espèce de junte ou comité des Cinq qui surveillait les événements, prête a avertir le roi légitime de toutes les occasions favorables à une restauration. Ce prélat se trouva compromis dans un complot qui avait pour but de s'emparer de la Tour de Londres et de proclamer Jacques 111 en l'absence de l'électeur, projetant alors un voyage dans ses États de Hanovre. Un pareil complot était trop téméraire, au milieu d'une population comme celle de Londres, pour que la junte l'eût complètement approuvé, aloi^s que ses membres répétaient sans cesse au prétendant qu'ils ne pourraient rien tenter sans un secours d'hommes et d'armes fourni par l'Espagne ou la France; mais les aventureux du parti se flattaient d'un succès plus facile : « 11 s'est fait , écrivait lord Lansdown, de grandes réjouissances à Londres pour l'électiondu nouveau lord maire, qui s'appelle M. Stuart^ Le peuple a parcouru les rges eu criant : Un Stuartl un Stuartl V Église anglicane et un Stuartl Chaque jpur amène quelque nouvelle manifestation de ces sentiments. »'Le ministre dirigeant de cette époque était Robert Walpole, qui venait de succéder au comte de Stanhope. 11 savait que toute cette agitation populaire provenait en. grande partie de l'humeur qu'avait causée dans la cité la fameuse mystification financière de la compagnie des mers du sud, le pendant de la banque du Mississîpi et du système de Law.

Quant aux conspirateurs, il était instruit de leurs secrets, parce que le régent avait révéjé à l'ambassadeur de Georges 1*^** ce qu'on lui en avait confié pour

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le détacher de Talliance anglaise: plusieurs lettres détournées de leur destination lui apprirent le reste, et il fît arrêter deux prêtres jésuites qui se disposaient à proclamer Jacques III. Dans les lettres saisies, il était souvent question d'un M. Jones et d'Arlequin : on sut que cet Arlequin était un joli petit f^hien moucheté, envoyé de France à Tévêque de Rochester, et l'on finit par découvrir aussi le vrai nom de ce M.Jones son maître, qui n'était autre qu'Atterbury. Cette in« dication suffit pour faire arrêter le prélat. Il fut donc conduit à la Tour, au grand scandale de tout le clergé de l'Église anglicane, qui prétendit qu'on devait traiter plus respectueusement un haut dignitaire de l'Église. Walpole ne s'effraya d'aucune clameur, et le fit condamner au bannissement par la Chambre des Lords, malgré une belle et touchante défense. Le navire qui transportait Atterbury en France se croisa avec celui qui ramenait Bolingbroke, ce politique étant parvenu à faire sa paix avec la maison de Hanovre. Une fois sur la terre d'exil, l'évêque justifia sa condapination en communiquant franchement avec Jacques III, qui, malheureusement, nous l'avons dit, dédaigna trop souvent de le consulter.

Ce n'était pas cependant un auxiliaire sans importance pour un prétendant catholique, qu'un membre de cet épiscopat anglican, qui avait donné , avant l'aristocratie elle-même, le signal de la révolution de 1688. Personnellement, Atterbury était d'ailleurs populaire par son caractère autant que par son talent.

Quelquefois, quoique Jacques n'eût que trop appris à se défier de la bonne volonté des cabinets étrangers, il se laissait encore séduire par quelque ouverture inat-

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tendue. Quatre ailis après le complot qui avait causé le bannissement d'Atterbury, le prince écrivait à l'un de ses adhérents d'Ecosse : « J'ai eu pendant quelque temps raison d'espérer que l'empereur épouserait bientôt la cause de ma restauration d'une manière toute parliculièrê. Vous conviendrez qu'il n'est pas aisé de convaincre un monarque étranger de la facilité qu'il trouverait- dans une pareille entreprise. J'ai dotic proposé à l'empereur d'envoyer secrètement un agent en Angleterre, pours'y renseigner sur les bonnes dispositions de mes sujets, et j'ai des motifs de croire qu'il en fera bientôt partir un.» En vue de ce prochain secours promis par l'empereur, Jacques envoya lui-rnéme en Ecosse un de ses plus Hdèles adhérents, AllanCaméron, qui visita tous les clans des montagnes, et annonça ce qui se tramait en faveur du roi légitime. Allàn revint avec l'assurancequeles Écossais restaient dévoués, mais qu'ils exigeaient pour se soulever qu'un corps auxiliaire débarquât avec le prince. Cette condition sans cesse réclamée s'explique, quand elle n'était pas un prétexte, par la composition de la force armée en Angleterre, où Georges avait lui-même à sa solde des régiments hanovriens, hessois et hollandais.

Lorsque Georges!" mourut, Jacques espéra de nouveau que la chance de cette crise serait saisie par ses partisans, pour faire au moins une démonstration en sa faveur. 11 était à Bologne : il se rendit en toute hâte à Nancy, en Ijori-aine, et expédia un courrier à l'évêque Atterbury à Paris, un autre à lord Orrery à Londres : mais de Paris et de Londres lui arrivèrent des réponses également décourageantes. «Remarquez, sire, écrivait Atterbury, quel esprit de prudence et de

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