‹ Histoire de Charles-Édouard, dernier prince de la maison de StuartChapitre 54 sur 78 · DE CHABLES-ÉDOUARD · texte numérisé non relu

DE CHABLES-ÉDOUARD

crainte possède vos arais en Angleterre, combien ils ont peur qu'aucune alarme soit donnée au gouvernement.... Il ne faut rien attendre d'eux sans un secours étranger, et un secours très-considérable. »

De Londres, lord Stafford avouait au prince qu'après Un moment de surprise et de confusion, chacun ne semblait plus occupé que de la prochaine cérémonie d'un couronnement. « Le torrent est trop fort pour que vos amis y résistent ; il faut qu'ils rentrent dans la foule, et attendent pour se montrer que le mécontentement renaisse : ce qui ne tardera pas.... Je suis convaincu que les mesures violentes et corruptrices du père seront reprises par le fils , qui est colère, orgueilleux etquinteux. Quoiqu'il parle de régner par lui-même, il sera gouverné comme l'était son père.... Je trouve que vos amis se découragent déjà, se plaignant qu'ils se sont ruinés, et ne peuvent résister à ce dernier eflfoi't des whigs. »

LordOrrery écrivit dans le même sens, ajoutant qu'il ne fallait plus compter sur la noblesse ni sur la boui'geoisie, qui ne songeait qu'à se vendre le plus cher possible à la cour. En effet, les nouvelles élections donnèrent à sir Robert Walpole une majorité plus nombreuse que la précédente, majorité qui vota d'abord, malgré l'opposition, une somme de a5o,ooo livres sterlings de fonds secrets, puis un supplément de 1 1 5,000 livres à la liste civile, sous prétexte d'un déficit, qui n'existait pas.

Bientôt le duc de Lorraine, qui dépendait de la France, invita le chevalier -de Saint-Georges à quitter son territoire. Le prince se rendit à Avignon , mais on ne lui permit pas de s'y arrêter : il lui fallut re-

passer les Alpes. L'honnête cardinal de Fleury ne loi était pas plus propice , en France, que le cardinal Dubois.

Citobs encore une dernière tentative de déception, qui vint un jour faire luire un espoir bien inattendu aux yeux du fils de Jacques II. Dans l'été de 1739, le prince reçut la visite de Thomas Cart.e, historien anglais qui n'est pas sans mérite, et jacobite qui avait figuré dans plus d'un complot. H arrivait de Londres, et apportait un message de sir Robert Walpole luimême. Le ministre de Georges déclarait son attachement secret à la cause des Stuarts, et il promettait de s'y dévouer, aussitôt qu'il serait assuré des intentions de Jacques relativement à l'Église anglicane et aux princes de la maison de Hanovre. Était-ce que Walpole, poussé à bout par l'opposition , et ne se sentant pas appuyé franchement par la cour, méditait réellement une trahison contre le roi de fait? ou ne jouaitil qu'un rôle convenu avec celui-ci, pour obtenir du roi légitime quelque recommandation électorale auprès de ses partisans? Sous Jacques II et sous Guillaume, Sunderland , Halifax, Godolphin, Marlborough (1), avaient autrefois donné l'exemple d'une semblable politique, et Walpole soupçonnait, non sans raison plausible, ses ennemis de l'opposition de faire comme lui (a).

(i) On a souvent cité comme authentique Tanecdote du roi Guillaume envoyant*au duc de Shrewsbury, grand seigneur whig en correspondance avec Jacques, un colonel de sa garde, avec lès sceaux d'une main et un warrant de haute trahison de l'autre, pour lui donner à choisir entre un ministère et la Tour de Londres.

[t] Il était persuadé, entre autres, de l'intelligence du duc d'Athole avec le prétendant.

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Quoi qu'il en soit, la réponse du chevalier de Saint- Georges, retrouvée dans les papiers de Walpole, prouve que le prince, quelquefois trompé par ses illusions et celles de ses adhérents, ne se montra pas aussi crédule que Fespérait sans doute le ministre de Georges. Après avoir exprimé sa juste défiance sur la sincérité d'une ouverture si extraordinaire, il ajoutait qu'il n'avait aucune objection à réitérer ses promesses de tolérance et de protection relativement a l'Église d'Angleterre : « Quant aux princes de la maison de Hanovre, je remercie Dieu de n'avoir aucun ressentiment contre eux ni contre personne en ce monde. Je ne serai jamais un obstacle à ce qu'ils vivent heureux dans leur propre pays, lorsque je serai rentré en possession de mes domaines, et s'ils tombaient en mon pouvoir, je ne toucherais pas un cheveu de leurs têtes.»

Cette correspondance probablement en resta là. On voit après tout que si, par son carafctère, lexîhevalier de Saint-Georges n'était pas homme à faire naître les circonstances , la fortune ne lui offrit pas non plus ni de très-fréquentes ni de très-favorables occasions pour faire utilement le prince aventureux. A la longue, ses partisans les plus exaltés finirent par concentrer leurs espérances sur l'avenir de son fils. C'est désormais de lui seul que nous allons nous occuper.

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