‹ Histoire de Charles-Édouard, dernier prince de la maison de StuartChapitre 56 sur 78 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

1743. — L4 GUERRE EN EUROPE. — MARIE-THÉRÈSE ET CHARLES YII INTRIGUES k

TERSAILLES. — LE CARDINAL DE FLEUR Y. — MADAME DE CHATEAUROUX, LE CARDINAL DE TENCIN, M. AMELOT, MAURICE DB SAXE , BTG. — CHARLES-ÉDOUARO QUITTE L'ITALIE PRÉPARATIFS D'INYASION.

La mort de l'empereur Charles VI fut le signal d'un revirement total dans la politique des États de «l'Europe, et les Stuarts purent entrevoir la chance de leur rétablissement. Une première fois leur dynastie avait obtenu une restauration , non-seulement sans le secours d'auxiliaires étrangers, mais encore sans qu'aucune influence diplomatique eût décidé leur retour. La suite a prouvé que Charles-Edouard enviait à Charles Il le bonheur dont il était plus digne que lui ; mais il lui était difficile de l'espérer, quand ses partisans y renonçaient eux-mêmes. Nous l'avons fait déjà remarquer pour les justifier, les scrupules des jacobites, si les partis en ont jamais de bien sérieux , cédaient à cette réflexion , que les whigs n'en avaient eu aucun à accepter l'intervention d'une armée hollandaise en faveur de Guillaume 111 contre Jacques II. A leurs yeux d'ailleurs le roi Georges n'étail-il pas toujours \ électeur de Hanovre , un souverain allemand, et non anglais, entouré de troupes allemandes, contre lesquelles il était tout naturel d'employer des baïonnettes espagnoles , suédoises ou françaises? Les susceptibilités nationales étaient alors moins vives qu'elles ne le sont devenues de nos jours, surtout en France, où

nous avons reproché si souvent à la restauration de i8i5 l'intervention de cette Angleterre qui alluma le bûcher de Jeanne d'Arc, et enchaîna Napoléon sur le rocher à Sainte-Hélène. Les intérêts dynastiques avaient plus d'une fois fait taire les haines de peuple à peuple. Henri IV avait accepté les soldats d'Élisabeth, comme Jacques II les marins de Louis XIV, sans qu'on leur en eût fait un crime. Les Stuarts et les jacobiles virent donc avec joie TEurope retomber dans la position incertaine où elle était avant la paix d'Utrecht, et une lutte s'engager en Allemagne, où il était impossible que la France et l'Angleterre restassent longtemps spectatrices.

L'empereur Charles VI avait cru assurer son héritage à sa fille Marie-Thérèse, parla pragmatique sanction, règlement testahienlaire et diplomatique auquel l'Europe semblait avoir souscrit d'un commun accord; mais il en était de la pragmatique sanction comme de l'acte qui avait appelé Philippe V au trône d'Espagne : les collatéraux couronnés attendent, pour plaider, à leur manière, que le testateur soit mort. L'électeur de Bavière réclama pour sa part le sceptre impérial; le roi de Prusse, la Silésie; l'électeur de Saxe, la Moravie; le roi d'Espagne, la Bohème; le roi de Sardaigne, le du-^ ché de Milan, etc. «J'ignore, écrivait Marie-Thérèse, au milieu de toutes, ces prétentions , s'il me restera une ville pour faire mes couches. »

La France et l'Angleterre, désintéressées en apparence quant aux résultats matériels , semblèrent, en prenant parti, ne consulter que l'honneur et les sentiments chevaleresques. Sir Robert Walpole n'avait pu persuader à sa nation qu'elle avait tout à perdre à ne

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pas maintenir son rôle de puissance neutre en Europe. Lord Carterety son successeur, aurait voulu continuer son système, qu'il ne l'aurait pas pu davantage ; car en Angleterre, où l'ancien esprit de la chevalerie se réveille quelquefois encore au milieu des mœurs^constitutionnelles , il se forma tout à coup, en faveur de la reine de Hongrie, une sorte de ligue parmi les dames, qui auraient volontiers prêche une croisade, et qui ne contribuèrent pas peu à faire déclarer le gouvernement (i). Georges T"", à qui on reprocha si souvent de sacrifier les affaires de l'Angleterre à celles de son électorat , avait une trop belle occasion de jouer un rôle en Allemagne pour y manquer. Il voulut commander en personne les troupes anglo-hanovriennes qui allaient défendre les droits de Marie- Thérèse.

En France, le cardinal de Fleury n'était pas un ministre moins pacifique que Walpole en Angleterre ; mais, en France, le ministre dut céder aussi à ceux qui prétendirent que le principe de la politique française depuis François était l'abaissement deUi maison d'Autriche, et qu'il fallait aider activement au démembrement de l'Empire , en soutenant les préten* tions de l'électeur de Bavière : d'ailleurs, la France n'avait-elle pas une dette à acquitter envers ce prince, une dette d'honneur, depuis qu'il s'était rangé du côté de Philippe V dans la guerre de la succession d'Espagne? Enfin, il était aussi des hommes d'Etat qui n'avaient cessé de protester contre l'abandon des principes de Louis XIV, et qui reprochaient au

(i) Les dames anglaises firent entre elles une souscription qui s'éleva à plus de 3oo,ooo livres sterlings.

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régent d'avoir sacrifié à la fois les vrais intérêts de la France et ceux des Stuarts, en faisant cause commune avec la dynastie de Hanovre. Pour ceux-là, ce n'était pas assez de combattre le roi Georges en Allemagne, il importait de faire une diversion au cœur même de la Grande-Bretagne. Nous allions donc d'une part nous associer à ces princes qui , voisins avides ou collatéraux jaloux, disputaient Théritagé d'une reine malheureuse; mais de l'autre nous voulions ramener sur le trône de ses aïeux un prince proscrit. 11 y avait compensation, et la conscience des hommes d'État sait parfaitement concilier ces actes contradictoires.

Peut-être, après avoir adopté celte politique nouvelle , était-il plus sûr de préparer sans détour une invasion; mais l'esprit d'intrigue régnait à la cour de Versailles, et les ministres de Louis XV eurent l'air de subordonner leur plan aux incertitudes d'un complot. A la veille de déclarer la guerre à la maison de Hanovre^ on affectait de ménager ses diplomates, comme si on n'avait l'intention que de leur faire une fausse peur. C'était avec une défiance marquée qu'on écoutait les agents jacobites : on évitait surtout de s'expliquer directement avec les Stuarts , en prétextant la crainte de compromettre leurs propres intérêts.

Soit que cette hésitation de la cour de Versailles réagit sur le caractère du fils de Jacques II, soit que l'âge et l'habitude de la résignation eussent encore ajouté à son apathie, on remarque dans la conduite du prétendant que, si le réveil de ses espérances n'excita pas en lui des émotions bien ardentes , sa correspondance avec les chefs jacobites prouve cependant qu'il ne pensait pas encore à abdiquer en faveur

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de son fils. Dans les divers uianifestes émanés de lui, il continue à prendre le titre de Jacques III, par la grâce de Dieu, roi d'Angleterre, d'Ecosse et de France (i). Il est vrai aussi que les jacobites comptaient généralement sur son abdication, le regardant comme mort au monde, et remplacé de fait par le prince de Galles, dans les veines duguel le vieux sang des Stuàrts s'était régénéré en se mêlant avec le sang des Sobieski (a).

Ce fut dans les premiers mois de l'année 1 743 , que le chevalier de Saint-Georges vit arriver, presque simultanément, à Rome, Mac-Grégor Drummond de Bohaldie et le colonel Brett, chargés de lui porter la liste nombreuse de ses adhérents affiliés aux deux comités d'Angleterre et d'Écosse, liste dont copie fut en même

(1) Jacques datait, en 1743, de la quarante- troisième année de son régne.

(2) Dans une lettre de Rome, à la date du 11 mars 17/^3, le chevalier de Saint-Georges désigne, pour son agent confidentiel à Paris, lord Sempill. On voit par cette lettre qu'on avait soumis au prince exilé le projet de s'emparer du châleau de Stiriing en Écossc, et qu'on l'engageait de publier une déclaratiou tendant à affranchir de leur vasselage tous les tenanciers ou fermiers de tous les Chefs qui prendraient les armes coutre lui , à condition que ces vassaux viendraient eux-mêmes se ranger sous sa bannière : le prince légitime répondit qu'il partageait cet avis, en ajoutant qu'il entendait que ces tenanciers, plus fidèles à leur roi qu'à leur seigneur féodal , tiendraient désormais leurs terres directement de la couronne.

Cette lettre et d'autres, ainsi que les mémoires présentés en même temps au cabinet français, montrent toujours qu'en attendant la guerre générale, les jacobiles entretenaient leur opinion par toutes sortes de petites menées secrètes ; mais quand il s'agissait d'une insurrection générale, ils subordonnaient leur levée de boucliers à la coopération active de la France.

temps expédiée à Versailles. I^e comité d'Écosse garanlissait que vingt mille hommes étaient prêts à marcher au rendez-vous indiqué ; le comité d'Angleterre s'exprimait de manière à faire espérer une insurrection encore plus imposante: mais comme la condition préalable d'un secours français était toujours exigée, le prétendant voulut que Bohaldie allât lui-même s'entendre en son nom avec le cardinal de Fleury. Le cardinal, cette fois, semblait enfin résolu à agir sérieusement. 11 parlait même de mettre au service des Sluarts une armée de treize mille hommes, dont trois mille devaient débarquer près du fort William dans les Highlands , et dix mille le plus près possible de Londres, sous le commandement du maréchal de Saxe. Mais bientôt le vieux ministre sembla encore oublier ces belles promesses, et toute cette formidable invasion n'était qu'un projet lorsqu'il mourut.

Bohaldie, venu de nouveau d'Écosse en France, trouva heureusement la cause des Stuarts en de meilleures mains. Le cardinal de ïencin devait le chapeau rouge à l'influence du prétendant, et Louis XV subissait la douce domination d'une fem me qui cherchait à se faire pardonner sa position équivoque à la cour, en se montrant plus jalouse encore de la gloire du roi que de son amour. La duchesse de Châteauroux s'intéressa d'ellemême à la conspiration jacobite. Bohaldie obtint une audience de M. Amelot, secrétaire d'État des affaires étrangères, qui lui dit que le cardinal de Tencin lui avait laissé tous les papiers relatifs à la restauration des Stuarts, et que l'intention du roi était de porter à quinze mille hommes les troupes destinées à l'invasion. Bohaldie retourna auprès du comité jacobite

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avec ces paroles, et les correspondances continuèrent jusqu'à ce que, dans les derniers jours de décembre 1743, un messager mystérieux descendit à Rome chez le chevalier de Saint-Georges; il venait de Versailles, portant la nouvelle que toutes les irrésolutions du roi de France avaient cessé. I^uisXV, reconnaissant Jacques III, consentait à laisser venir son fils aîné le prince de Galles à Paris, pour s'y consulter avec ses partisans et les ministres de S. M. T. G.

Le jeune prince remercia le ciel de lui donner enfin l'occasion de tirer l'épée du fourreau; ses rêves de gloire allaient donc se réaliser! Mais le secret était encore recommandé à sa bouillante audace, car les divers traités entre la France et l'Anglelerre n'étant pas ouvertement rompus, ce n'était en quelque sorte qu'une guerre indirecte qui divisait les deux pays. D'ailleurs , voulant quitter TUalie par mer, Gharles-Édouard ne devait pas éveiller l'attention des espions anglais, qui eussent dénoncé son départ aux bâtiments du roi Geoi^es, alors dans la Méditerranée. 11 fallut qu'il s'échappât comme un captif. L'ambassadeur de France à Rome, M. de Ganillac, ne fut pas même mis dans la confidence. Le cardinal de Tencin voulut que tout fût conduit par son neveu le bailli de Tencin, ambassadeur de l'ordre de Malte. Le cardinal d'Acquaviva était aussi du complot. Gharles-Édouard prétexta une partie de chasse au sanglier, qu'il faisait tous les ans au château de la Gisterna, pour s'absenter de Rome, le 9 janvier I744- En chemin il feignit une entorse au pied, pour faire une halte sans exciter le soupçon des personnes de la partie. Prenant l'habit , la médaille et le nom du courrier d'Espagne, il courut la poste jus*

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qu'à Gènes , où il s'embarqua dans une felouque espagnole , sur celte même mer dont , quelques années • auparavant, la vue avait fait battre son cœur d'enthousiasme et d'impatience.

Les vents furent quelque temps contraires, et Charles-Édouard traversa une escadre anglaise, au risque d'être pris. Enfin il débarqua le i3 janvier à Antibes, non loin du fameux golfe Juan, où devait un jour débarquer aussi le glorieux fugitif de Hle d'Elbe. Nous voyons, par une lettre du commandant d'Antibes, M. de Villeneuve, que le prince et son compagnon se disaient deux gentilshommes anglais, nommés Graham et Mattock. M. de Villeneuve, d'accord avec M. le marquis de Mirepoix, gouverneur de la province, réduisit à hait jours la quarantaine des deux gentilshommes, et leur offrit sa chaise de poste pour continuer leur route; mais Charles-Édouard préféra monter à cheval et voyager à franc étrier jusqu'à Paris, où il arriva le ao janvier (i). Il y trouva le maréchal de Saxe et les officiers qui devaient servir sous ses ordres. Tous furent charmés des discours du jeune prince; le maréchal, jusqu'alors peu porté à se charger du commandement de l'entreprise projetée, fut séduit comme les autres.

Les ministres anglais (Walpole avait enfin succombé), instruits de la présence du fils de Jacques 111 à Paris, dénoncèrent à la Hollande ce qu'ils appelaient les ambitieux desseins de la France , et adressè-

(i) Le prince traversa Avignon, où il eut une entrevue d'une heure avec le duc d'Ormond et quelques autres jacobites en résw dence dans cette ville. ( Manuscrit des affaires étrangères, )

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renl de vaines réclamations à Louis XV. Déjà l'armée d'invasion s'assemblait à Lille, à 8aint-Omer, à Vire, à Bergues, prête à se porter sur Dunkerque , qui voyait sa rade se remplir de navires de transport. Une flotte de quinze vaisseaux de ligne et de cinq frégates se montra aussi dans le détroit. L'alarme fut grande à Londres et dans les ports de la Grande-Bretagne (i). La principale flotte anglaise était dans la Méditerranée^ et il n'y avait que six vaisseaux propres à tenir la mer à Spithead. Le vent, qui a si souvent combattu pour la marine britannique, détourna la flotte française, et donna le temps à l'amiral sir John Norris de réunir vingt-un vaisseaux de ligne et plusieurs frégates, qui vinrent dans les Dunes surveiller le mouvement des transports de Dunkerque. Le février, l'amiral anglais, averti que notre flotte était près de Dungeness , appareilla dans cette direction*

Pendant que les deux flottes étaient ainsi en présence , le comte de Saxe et Charles-Edouard pressaient l'embarquement des troupes; mais une tempête, qui dispersa les vaisseaux français et ceux de l'ennemi, surprit malheureusement les navires de transport, en submergea plusieurs, et fit périr un grand nombre de braves soldats dqà à bord. L'expédition fut contremandée , et la présence du maréchal de Saxe ayant

(i j « Il est certain, écrit le maréchal de Saxe au ministre, en date du 26 février 1744, qu'il y a une grande incertitude à Londres, et c'est prouvé par le soin qu'on prend à le cacher; car tous les gens qui viennent de Londres , c'est-à-dire le commun, disent que tout y est tranquille. Je sais cependant qu'il s'est tenu des conseils, même nuitamment, et que Ton a été aux voix chez M. de Walpole. » Lettre autographe de Maurice de Saxe (alors à Calais).

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été jugée nécessaire en Flandre , il se vil forcé, lui aussi 9 d'abandonner le jeune prince.

Gharles*Édouard se retira à Gravelines, aussi triste que s'il eût été vaincu (i). Dans son ennui, il eut, diton , la pensée de se rendre en Flandre, pour combattre dans les rangs de l'armée française : c'était une mauvaise inspiration, dont lord Mareschal le fit revenir, en lui disant qu'il ne devait tirer l'épée contre l'Angleterre que pour la défense des droits de sa race.

Pendant son séjour à Gravelines, Charles-Édouard gardait l'incognito, et prenait le nom de chevalier de Douglas. Au mois de juin 1744 ^ était à Paris , ou du moins dans les environs, écrivant à son père: « J'ai pris une maison à une lieue de cette capitale, où je vis comme un ermite. » Mais bientôt le secret de sa retraite s'ébruita, et devint (pour citer les propres termes d'une autre lettre à la date du 16 novembre) le secret de la comédie.

Les préparatifs d'une invasion ayant alarmé les whigs d' Angletene , les ministres virent se rallier autour d'eux quelques-uns de ceux-là même qui leur faisaient l'opposition la plus vive. Le premier Pitt, et le second duc de Marlborougb, oublièrent également leurs griefs dans le danger commun ; sir Robert Walpole, qui ne mourut qu'en 1745 , apporta le concours de son adhésion à toutes les mesures proposées. Chaque fois qu'il fallait voter le budget de l'armée , les

(i) Voir dans Tappcndice de ce volume la lettre qu'il écrivit de Gravelîncs à lord Sempîll, en date du iS mars, et qui se trouvait transcrite ici dans les précédentes éditions.

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torys et les jacobires, qui sollicitaient secrètement un envoi de troupes françaises , se récriaient sur l'entretien d'une troupe étrangère : cette fois, ils s'abstinrent du débat; les whigs votèrent le subside avec une sorte d'unanimité, et le cabinet fut invité à réclamer des États de Hollande le corps de six mille auxiliaires, qu'ils s'étaient engagés à fournir en cas d'invasion. Vhabeas corpus fut suspendu. En 171 5, le parlement avait imposé extraordinairement les propriétés des catholiques romains; en 1 744 > l'impôt n'atteignit aucune religion exceptionnellement, mais on remit en vigueur toute la législation contre les papistes et les ecclésiastiques non assermentés ; àla loi sur les crimes de haute trahison , fut ajoutée une clause qui étendait la pénalité sur la postérité des coupables. Quelques arrestations eurent lieu, entre autres celle de lord Barrymore; mais la plupart des prévenus furent relâchés faute de preuves.

La tempête du mois de mars 1744 i*endit la sécurité aux wbigs, et en particulier au roi Georges, qui, partant pour le Hanovre, confia tranquillement son royaume d'Angleterre à un conseil de régence.

Si Charles-Édouard , cédant à sa première pensée, avait fait alors avec l'armée française la campagne de 1744? lise fut justement trouvé à cette journée de Fontenoy, qui pouvait être pour le jeune Louis XV le point de départ d'un règne non moins glorieux que celui de son aïeul : il eût admiré cette noblesse française , qui se donna gaiement le périlleux plaisir de faire les honneurs du champ de bataille, comme si les Anglais nous rendaient en Flandre une simple visite de politesse. 11 eût rencontré enfin un an plus tôt et vu fuir le

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duc de Cufuberlaud , qui ne comptait encore que des défaites dans sa vie militaire. La bataille de Fontenoy fut suivie de la capitulation de Tournay , de Gand, de Bruges, d'Ostende, et de toutes les principales places de la Flandre. Mais les succès de nos armes ne servirent en rien la cause des Stuarts. L'expédition d'Angleterre demeura à l'état de menace; et nos troupes étant engagées à la fois en Flandre et en Italie , aucun détachement ne fut mis à la disposition de Charles- Edouard , pas même la brigade irlandaise ; tandis que le gouvernement anglais fit rentrer peu à peu les siennes en Angleterre, et obtint même de la Hollande, son alliée, que six mille Hollandais seraient envoyés au secours des whigs. Les alliés de Louis XV, au contraire^ entre autres le roi de Prusse et les princes protestants d'Allemagne , lui firent entendre qu'ils voyaient avec défiance l'appui prêté par lui à la restauration d'une famille catholiqùe (i). Si réellement le cabinet de Versailles céda à cette considération , le cardinal de Tencin avait, pour se justifier à Rome, le précédent de Richelieu lui-même, soutenant en \llemagne les protestants, qu'il combattait en France. En prenant parti contre Marie-Thérèse , ne suivions-nous pas de l'autre côté du Rhin les traditions de Richelieu?

Quoi qu'il en soit des motifs de la cour , Charles- Édouard s'aperçut bientôt qu'il ne devait compter que sur lui-même. On voit, par sa correspondance , qu'il

(i) Mémoires de Noailles, vol. VI, p. aa. Je dois celle indicatiop à lord Mahon , qui a le premier découvert le passage de ces Mémoiresy el qui pense que les remonlrances de nos alliés d'Allemagne suffisent pour expliquer la soudaine tiédeur qu'éprouva Charies- |!douard après les belles promesses du cardinal de Tencin.

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ne pul jamais être admis en la présence du roi (i) : « J'avoue, écrit-il à son père (i6 janvier i745), qu'il faut avoir une forte dose de patience pour supporter le traitement que je subis de la cour de France, et les tracasseries de nos propres adhérents : mais la patience ne me manquera dans aucun cas ; je n'ai pas d'autre parti à prendre. » Il donnait encore à ce sujet la mesure de sa persévérance , ou de son obstination , si l'on veut , dans cette autre lettre où il dit : « Quoi que je puisse souffrir, je n'aurai aucun regret, tant que je croirai cette souffrance utile à notre grand objet- Je me mettrais dans un tonneau comme Diogène, s'il le fallait. »

Au nombre des tracasseries de ses adhérents, il comptait sans doute cette persistance à exiger un secours étranger, lui qui, tout en sollicitant avec instance ce secours, ne cachait pas , et il le prouva , « quil avait toujours eu à cœur de rétablir le roi son père par le secours exclusif de ses sujets (2).

(1) Voir dans Tappeudice et les pièces justificatives sa lettre à Louis XV9 en date du a4 juillet 1744- {%) Instructions à Alexandre Macleod.

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