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temps dans ces solitudes, protégé chez les descendants des Celtes par la langue gaélique et par leur aversion pour la civilisation des Lowlands, qui empêchaient les prédicateurs presbytériens d'être compris de ces hommes, qu'ils regardaient eux-mêmes plutôt comme des sauvages que comme des chrétiens. Même sous les derniers Stuarts^ quand les montagnards descendaient dans le bas pays, ce n'était que le fer à la main , et plus disposés à s'emparer du butin qu'à écouter les sermons des disciples de Knox. Telle était alors leur antipathie pour les habitants des Lowlands, que le plus sûr moyen de les convertir à la foi presbytérienne eût été de ramener les Lowlanders au catholicisme. Sous le rapport politique, la même opposition devait les entretenir dans des sentiments jacobites. D'ailleurs, chaque clan vivait toujours subordonné à son Chef, qui, n'ayant d'autre moyen de considération que cette obéissance, repoussait soigneusement toute innovation qui eût ébranlé son autorité.
— « Combien vous rapporte votre domaine? demandaient deux étrangers à Macdonald de Keppoch. — Cinq cents hommes , » répondit-il brusquement.
Le Chef {kean kine, chef de famille) était , aux yeux du clan , le représentant d'un ancêtre dont toute la tribu descendait comme lui et portait le même nom: voilà le secret de tant d'obéissance d'une part et d'une affection toute paternelle de l'autre; c'était une continuation du gouvernement patriarcal , plutôt que la simple féodalité militaire , quoique tout Chef exerçât aussi la juridiction territoriale. Le membre du clan qui refusait de sauver la vie de son chef au risque de la sienne était regardé comme un lâche qui désertait
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son père au momenl du pénl, et la honte était le plus cruel de ses châtiments. Le territoire de chaque clan étant censé une propriété commune ^ administrée par le Chef au nom de tous , devait fournir à chacun sa subsistance; mais il y avait dans le partage du sol une inégalité fondée sur la hiérarchie de la famille. Le Chef, qui gouvernait par droit de prtmogéniture, avait sous lui de petits Chefs ou Chieflains^ qui représentaient les frères cadets; puis venaient les Dwinc'- Waisels ou gentilshommes qui pouvaient faire remonter leur origine à l'ancêtre commun, et prouver leur parenté immédiate^avec le Chef; ils étaient en général les tacksmen^ ou principaux tenanciers. Enfin, audessous de cette classe était celle des dépendants, ou hommes de la glèbe, cultivant le sol pour les gentilshommes, soit'Comme simples serviteurs, soit comme sous-tenanciers.
Les clans montagnards avaient longtemps prétendu être indépendants du royaume d'Écosse. Depuis que les Stuarts les eurent soumis, ils se montraient surtout dévoués quand ils étaient appelés à soutenir l'autorité royale contre les Lowlanders , qu'ils n'avaient jamais cessé de regarder comme les injustes détenteurs du sol d'où avaient été expulsés les habitants aborigènes, leurs aïeux. Leur gloire militaire était associée au souvenir des guerres de Montrose, et de la courte campagne qu'ils avaient faite, sous le vicomte de Dundee, en faveur de Jacques II. Ils aimaient à se dire qu'en 1716 ils n'avaient été vaincus que par l'incapacité de leur général, comme en 1689 c'était la mort de Claverhouse qui avait rendu leur victoire de Killiecrankie inutile. D'ailleurs, en 1715, le duc d'Ar-
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gyle, vainqueur du comte de Mar , était lui-même un Chef puissant des Highlands. Ils citaient à Fappui de ces considérations, que vainement Guillaume se voyait reconnu .par toute l'Écosse, il s'était cru forcé de payer encore la soumission des Chefs des montagnes, en leur faisant distribuer 20,000 livres sterling.
Après les insurrections de 171 5 et de 1719, la maison de Hanovi^ obtint du parlement un acte pour désarmer tous les Highianders : cette mesure , trop générale, fut loin d'atteindre son but. Les clans dévoués au duc d'Argyle s'empressèrent seuls d'obéir ; les autres feignirent la même résignation, mais ne remirent que des armes en mauvais état ou celles des classes inférieures du clan; les Dwine-Waisels (gentilshommes) gardèrent leurs bonnes claymores avec leur humeur belliqueuse. Aussi, quand l'heure du combat sonna de nouveau , les^ amis du gouvernement se trouvèrent seuls désarmés. On s'en inquiéta peu, parce que tous, amis ou ennemis, paraissaient également contenus par les citadelles qu'on avait bâties dans leurs montagnes. Les routes militaires que le général Wade y fit tracer après 1716 semblaient avoir d'ailleurs ouvert le pays à toutes les troupes qu'en cas de révolte on voudrait envoyer au secours des garnisons.
Deux autres décrets de la législature anglaise attaquaient plus directement l'esprit des clans : en vertu du premier, si un vassal prenait part à une rébellion y sa propriété passait à son chef lige , en supposant que celui-ci fût resté fidèle; comme aussi le vassal qui ne participait point à la rébellion de son supérieur avait ses terres exemptes de confiscation générale du
domaine. Le fils aine ou le frère cadet d'un Chef trouvait dans le teicte de cet acte un avantage à ne pas avoir suivi l'étendard de son père ou de son aîné. Les titres et les propriétés du proscrit lui étaient, dévolus. C'est ainsi que le duc d'Athole^ en n'était que
le frère cadet du marquis de Tullibardine, un des sept compagnons de Charles-Édouard (i). Le second décret abolissait lè service personnel que le simple membre du clan devait à son Chef, soit à la chasse , soit à la guerre : ce service pouvait être racheté par une rente en numéraire. Ce second décret fut surtout méprisé par les Chefs; mais ils comprirent qu'un exemple pourrait séduire leurs tenanciers, et ils eurent bien soin d'empêcher qu'aucun Lowlander ne devint propriétaire parmi eux. Sir Alexandre Murray de Stanhope, tenté par la découverte d'une riche mine de plomb, avait acheté un vaste domaine appelé Ardnamurchan, situé dans le comté d'Inverness, à quinze miUes de la garnison anglaise du fort William. Son exploitation était commencée; tout paraissait lui promettre des bénéfices considérables; il projetait déjà des améliorations importantes dans la culture du pays, lorsque la haine qui couvait sourdement contre cet in l rus des Lowlands éclata : ses chevaux et son bétail lui furent dérobés, ses maisons dévo-
(i) Dans les parties reculées des Highlands, il était bien difficile au gouvernement de profiter des confiscations. Le comte de Seaforth, par exemple, proscrit en 1719, toucha longtemps les revenus de ses terres, que le clan lui faisait passer en France, refusant de reconnaître le facteur ou gérant du gouvernement. Dans les Lowlands mêmes, les biens confisqués ne trouvaient pas d'acheteur.