‹ Histoire de Charles-Édouard, dernier prince de la maison de StuartChapitre 61 sur 78 · DB CHARLES-EDOUARD · texte numérisé non relu

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rées par des incendies, ses domestiques tuës ou blessés, sa propre vie menacée. Il s'adressa aux juridictions locales pour obtenir justice; mais, faute de témoignages suffisants , sa plainte fut écartée par les juges, qui étaient peut-être les complices des délits. Il se vit forcé de quitter les Highlands , réduit presque à l'indigence, pour aller solliciter à Londres des réparations que la perte même de sa fortune ne lui permettait plus d'obtenir dans un pays où la justice coûte si cher.

Une dernière mesure du gouvernement tourna encore contre le gouvernement lui-même. On leva des compagnies indépendantes de Highlanders à la solde du roi Georges, et les officiers étaient choisis parmi les Chefs et les gentilshommes leurs parents. Ces compagnies formèrent un régiment connu sous le nom de la garde noire (black watch) , à cause de la couleur sombre de leur uniforme, opposée à l'habit rouge des Anglais. La garde noire était chargée de faire une espèce de police militaire dans les montagnes, et de s'opposer aux déprédations des maraudeurs ou proscrits, tels que Rob-Roy; mais ces proscrits et ces maraudeurs avaient presque tous des cousins et des amis dans les détachements qu'on mettait à leur poursuite. Il y avait souvent moyen pour eux d'entrer en composition, et de ne restituer qu'une partie du butin. Les Chefs profitèrent aussi de la création de ces compagnies pour entretenir cet esprit belliqueux de leurs clans que l'acte du désarmement tendait à étouffer. Quelques-uns, comme le fameux lord Lovât, y faisaient entrer tous leurs vassaux à tour de rôle, pour les former au maniement des

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armes; enfin, la garde noire fut envoyée en Flandre sans ses Chefs, qui regardèrent ou affectèrent de regarder ce changement d'officiers comme un affront dont, en 1745, ils saisirent l'occasion de se venger.

La véritable force du gouvernement dans les Highland était le clan nombreux des Campbells, qui, sous le duc d'Argyle, avait donné en 1716 au roi Georges des preuves non équivoques de sa fidélité. Quelques Chefs du parti contraire commençaient aussi à préférer les distractions des villes à la pompe sauvage de leurs châteaux des montagnes , et les séductions pécuniaires de Robert Walpole auraient bien pu ébranler le jacobitisme de plusieurs; mais Argyle lui-même avait été néghgé, et puis disgracié, quand on avait cru l'Écosse domptée. D'ailleurs, ils eussent été les derniers venus au partage des faveurs de la dynastie nouvelle. Une restauration leur garantissait le premier rang à la cour des Stuarts. La plupart des Chefs restaient donc constants à leurs principes, les uns parce que ces principes étaient les traditions de leurs pères, les autres par suite de cette même ambition qui avait détaché tant de grands seigneurs de la bonne cause. Caméron de Lochiel et lord Lovât, réunis sous la même bannière, n'étaient certainement pas jacobites par les mêmes motifs.

Nous avons cité les chants de la muse anglaise en faveur des Stuarts : c'était surtout dans l'Écosse que la muse était restée jacobi te , tantôt plaintive et tendre, exprimant des regrets; tantôt satirique et moqueuse, attaquant les princes guelfes par d'ironiques refrains; ou menaçante et belliqueuse, appelant le jour d'une nouvelle lutte :

m CHARLES-EDOUARD.

LE SOMMEIL DE LA CLAYMORE, A. l'occasion de Tacie du désarmement.

« Dors, ma bonne claymore, dors sous la bruyère épaisse, entre ces deux rochers ; dors , ma bonne claymore, puisque l'honneur de l'Ecosse sommeille ; dors jusqu'au jour où le signal du réveil nous sera donné par un autre Monlrose ou un autre Claverhouse.

« Reste cachée , ma bonne claymore , sous l'épaisse bruyère; reste cachée, ma bonne claymore, puisqu'ils t'ont proscrite, toi aussi; proscription glorieuse que tu partages avec la race de nos rois; mais dors en paix... Avant que je te livre à ceux qui te proscrivent, tu auras passé par mon propre cœur.

a Mais la bruyère est humide de la rosée des nuits ; tu crains , ma bonne claymore, que la rouille ne s'attache à ta lame, à ta lame , où déjà une larme de mon père imprima une première tache, quand la mort de Dundee le contraignit de te replonger dans ton fourreau.

« Tu crains la rouille , ma bonne claymore ! aimerais-tu mieux, brillante et inutile, jouer sur la hanche d'un soldat anglais? Aimerdis-tu mieux voir la figure d'un traître se mirer dans ton acier poli , dont l'éclair le faisait frémir naguère?

c< Je l'avoue , ma bonne claymore , peut-être ton maître nouveau, admirant ta lame de Tolède, la dé-

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corerait d'une poignée d'or; mais que dirais-tu, ma bonne claymore , si ton acier fidèle devenait un glaive régicide dans la main des bourreaux encore altérés du sang de la reine Marie et du roi Charles ?

« Reste donc cachée, ma bonne claymore,. arme fidèle de mes pères, toi qui vainquis à Kylsith et à Kiliiecranckie ; reste cachée jusqu'au jour où le royal Stuart pourra se montrer lui-même; dors, ma claymore, dors jusqu'à ce que l'honneur de l'Écosse se réveille à la voix d'un autre Montrose ou d'un autre Claverhouse. »

Nous pourrions aussi traduire ici quelques chants jacobites irlandais de 1708 à 174^9 pour prouver que ce troisième royaume des Stuarts , composé presque tout entier de catholiques romains, n'avait pas perdu le souvenir de ses anciens maitres y malgré les fautes de Charles et de Jacques. Mais plusieurs raisons expliquent comment Charles-Édouard ne songea pas à aller planter sa bannière en Irlande plutôt qu'en Angleterre et en Écosse. Une contre-révolution à Dublin n'eût rien décidé à Londres ou à Édimbourg. Peutêtre même eût-il été impolitique d'en appeler d'abord au jacobitisme purement catholique des Irlandais. Ce ne fut pas pour ce motif cependant que Louis XV refusa d'écouter un plan proposé par un Irlandais réfugié , M. O'Heguerty, pour détruire l'influence anglaise en Irlande (i).

(i) Plan qui est exposé dans un mémoire déposé aux archives des affaires étrangères. AGardoiis-ooiis d'être trop forts> de peur

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Les Irlandais qui combattirent avec Charles- Édouard en 1745 avaient tous, depuis longtemps, quitté leur pays. Leurs compatriotes restèrent paisibles j se contentant de chanter à demi voix : O sat mt

BROWir- DRIMIN, le VENGEUR, la COCARDE BLANCHE, et

autres chants, dont notre contemporain , M. Thomas Moore, et plus récemment encore les poètes de la nation , le journal de la Jeune Irlande , ont rajeuni les airs et les paroles. Il faut dire enfin que le bonheur de la maison de Hanovre avait placé à Dublin , à cette époque, un lord-lieutenant dont l'influence personnelle endormit le ressentiment de cette population catholique , si cruellement opprimée par ses maîtres protestants avant et depuis 1745 : c'était lord Chesterfield , très-populaire dans son gouvernement (i).

d'en abuser,» fit-on répondre philosophiquement à M. 0*Heguerty.

(1) Ce nom appartient autant à la Uttérature qu'à la politique. Nous constatons volontiers la popularité conquise en Irlande par J*auteur célèbre des Lettres à mon fils, car il aimait à dire que, en France même, on le prit souvent pour un Français. Il est vrai qu'il attribuait malignement ce compliment à ses défauts aimables autant qu'à ses qualités solides. La diplomatie, comme Ta remarqué justement son petit-neveu , lord Mahon , était la véritable vocation de ce seigneur; mais il eut aussi de brillants succès au parlement. £n Irlande, il se fît aimer et respecter par une grande impartialité, qui>' excluait pas la tolérance. Chez lord Cheslerfield, la tolérance provenait de ses opinions philosophiques, qui étaient celles de l'école française. Aussi se trahissait-^lle quelquefois par une saillie spirituelle, comme lorsqu'on lui dénonça son cocher parce qu'il allait chaque dimanche à la messe : « Vraiment ! répondit le vice-roi ; eh bien ! je ferai en sorte qu'il ne m'y conduise jamais.» Une édition complète des lettres du lord Chesterfield vient d'être publiée par lord Mahon, 1845.

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Mais il est temps de suivre dans la patrie des vrais poètes jacobites le prince Charles-Edouard, car les faits nous diront mieux encore que la poésie quel était l'esprit des montagnards écossais en ï'J^5.

DE GHABLBS-ÉDOUiJID.

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