GLAISE SA MARCHE. — SON DÉSAPPOINTEMENT A L'ENTRÉE DES HIGHLANDS
DÉGÉNÉRATION DB l'eSPRIT MARTIAL DES LOWLANDS. — LA MONTAGNE DE CORRY- ARRACK ET L'ESCAUER DD DIABLE. — NODTBLLB DE l'eNNEMI. — MOOTEMENT SUR INTERNESS.
Le jour même où Charles-Édouard arborait son étendard à Glenfinnin, les troupes anglaises quittaient Édimbourg pour marcher dans le nord.
En Tabsence de Georges II , qui ne revint de Hanovre que le 3i août, le gouvernement de la Grande- Bretagne était confié à un conseil de régence dont un membre, le marquis de Tweeddale, était plus spécialement chargé de la direction des affaires d'Écosse. Depuis le mois de juillet, la correspondance entre le commandant de la force armée de ce dernier royaume et le marquis de Tweeddale était devenue très-active; car ils se communiquaient l'un à l'autre les divers bruits qui couraient sur le prétendant, tour à tour s'exagérant le péril, ou le mettant en doute. Dans les premiers jours d'août seulement, la nouvelle du débarquement de Charles-Édouard devint si certaine , d'après tous les rapports, que les lords régents des trois r^aumes publièrent dans les journaux une proclamation pour déclarer le jeune prince hors la loi, et offrir trente mille livres sterling à qui ap-
porterait sa téte. En même temps les principaux magistrats d'Écosse, qui étaient le lord président de la cour des sessions, le lord-justice-clerk , le lordrodvocate et le sollicitor-general (i), se réunirent en conseil avec le commandant de la force armée, afin de délibérer sur les mesures à prendre. Les dépêches du marquis deTweeddale furent consultées : le marquis recommandait d'étouffer au plus vite la rébellion dans les montagnes; le lord président et le lord vice-président {lord-justice-^lerk) prétendirent qu'il était urgent en effet de marcher contre les rebelles. « C'est le moyen, disaient-ils, d'arrêter le mal dans sa source, en forçant les tièdes de rester neutres, et en donnant aux clans favorables à la maison de Hanovre l'appui et les armes nécessaires pour combattre les clans jacobites. » Le lord président, Duncan-Forbes, dont les propriétés étaient situées dans le comté d'Inverness , connaissait personnellement les Chefs des diverses tribus; il en était aimé à cause de sa modération ; il espérait beaucoup de son influence sur eux, et redoutait les vengeances du gouvernement, si l'insurrection qu'il jugeait peu importante pouvait pénétrer dans les Lowlands. Sir John Cope, le commandant en chef, qui se rangea de l'avis du lord président,
(i) La cour des sessions est la cour suprême de judicature civile établie en 1 53 2 par Henri V, d'après le modèle des anciens parlements de France. La cour criminelle {court of justiciary) est présidée par le Xovàjustice-clerk, titre qui répond à celui de vice -président ^ parce que le titre de lord justice -gênerai n'est qu'une qualification nominale. Le lord^advocate est à peu près notre avocat général (avec des attributions beaucoup plus importantes) i le lord'Sfillicitor est notre procureur général.
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partit toute hâte pour Iiiverness, et promit d'avoir bon marché des rebelles, sans trop s'occuper de leur nombre. Il avait sous ses ordres deux régiments de dragons, trois régiments d'infanterie, quatorze compagnies de divers corps , et les garnisons des forts , composées la plupart d'invalides; en tout quatre ou .cinq mille hommes. Toutes ces troupes furent rassemblées à Stirling, où le général virtt se mettre à leur téte et les passer en revue le 10 août. Sir John Cope était un brave officier de la vieille école, de cette école prussienne fondée par le grand Frédéric, qui, cinquante ans plus tard, s'étonnait encore en Italie des victoires du général Bonaparte. Estimé dans les camps, sévère sur la discipline, il eût dédaigné de remporter une victoire contre les règles de la tactique et de la stratégie. Le costume faisait pour lui la moitié du soldat; le bâton et le gibet, l'autorité du chef. Chaque jour les sergents de sa troupe comptaient les boutons de leurs hommes, et, un compas à la main, vérifiaient si leurs queues ne dépassaient pas de quelques lignes la longueur voulue par l'ordonnance. Sir John sourit de son facile triomphe sur les sauvages indisciplinés des Highlands, lorsqu'il passa en revue ses régiments alignés , dont chaque compagnie, la téte bien poudrée, l'uniforme propre, l'arme au bras et le corps immobile , n'attendait qu'un signal pour manœuvrer avec une précision mathématique. Des tentes, de nombreux et lourds bagages faisaient parlie intégrante de cette armée, aussi bien que huit pièces d'artillerie; puis venait un troupeau de bœufs, avec des bouchers pour les égorger et dépecer au besoin ; des chariots portaient du pain et du biscuit pour vingt
et un jours; rien, en un mot, n'avait été négligé pour pourvoir aux besoins de la campagne (j).
Le signal du départ fut donné ; mais le général laissa ses dragons à Stirling , ne pouvant faire usage de cavalerie dans un pays de montagnes, quoique depuis 1720 les routes militaires eussent été multipliées à travers la haute Écosse , dans le but de niveler à la fois le pays et les mœurs. Sir John Cope ' se dirigea sur le fort Augustus, le plus central des trois forts qu'on avait construits dans le long Glen ou vallon qui s'étend du Loch-Eil au Loch-Ness. Un premier jour de marche le conduisit à Crieff , au pied des monts Grampiens, où il fut obligé d'attendre quelques-uns de ses chariots , et où il espérait être joint par le duc d'Athole, par lord Glenorchy et d'autres chefs qui avaient protesté de leur dévouement à Georges 11; mais ces seigneurs, dont les châteaux étaient sur la lisière des Lowlands, n'avaient qu'un but, celui d'éviter la confiscation de leurs domaines, et leur zèle pour la nouvelle dynastie n'allait pas jusqu'à combattre contre les Stuarts; leurs vassaux, d'ailleurs, n'étaient nullement bien disposés, comme la suite le prouva. Us déclarèrent au général qu'ils n'avaient pu décider leurs clans à accepter les armes que le gouvernement leur offrait; sir John Cope
(1) Quelcfues années auparavant, i'école de la discipline prussienne avait inspiré à lord Chesterfield une de ses plus spirituelles satires contre les soldats allemands, dont s'entouraient les deux premiers Georges. Chesterfield proposait de remplacer ces soldats de chair et d*os par des mannequins mis en mouvement au moyen d'un ressort en forme de clef, que leur commandant porterait dans sa poche. {Foy*s journal ; january, 1736. Q. R., septembre 1845.}
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renvoya alors à Stirling sept cents fusils sur mille qu'il avait apportés. C'était à grand'peine qu'il avait recruté, chemin faisant, quelques milices bout^eoises. La population de la basse Écosse avait été jadis nop moins belliqueuse qu^ celle des montagnes; mais on était loin de ces temps où , joignant la discipline au courage, les habitants des plaines avaient victorieusement repoussé les montagnards à la bataille d'Harlaw, à celle de Saughieburn, sous Jacques 111, et dans les combats de Corrichie et Glenlivat , sous Marie Stuart. Même dans les borders y ou frontières, la houlette du berger avait remplacé l'épée aux mains de ces fameux maraudeurs à qui la femme du Chef servait des éperons sur uaplat, quand le bétail était épuisé, pour les avertir »qu'il fallait monter à cheval et aller lever la dime des troupeaux anglais (i). Sur les limites des monts Grampiens , les propriétaires achetaient leur tranquillité du Chef voisin, en lui payant un tribut volontaire ; ceux d'entre eux dont l'opinion politique était favorable au général anglais auraient craint de se faire une dangereuse querelle avec leui s voisins des montagnes, en pénétrant sur leur territoire. Sir Jahn Cope ne put donc rallier que quelques zélés presbytériens, qui crurent aller combattre le pape dans la personne du prétendant ; fanatiques plus haineux qu'exaltés , parodiant en quelque sorte les enthousiastes des anciennes guerres civiles (2). Mais sir John Cope n'en méprisa pas moins ses ennemis, et poursuivit sa marche. Le , il était à Amulrie ;
(l) BORDER-MinSTRELST : thc fcast of thc SpUTS,
(a) Wavkrlky, tome II.