TIFS DE DÉFENSE ÉDIMBOCRG EN 1745. — LES DRAGONS. — LA MILICE BODR
GEOISe. — NOUVELLES DE SIR JOHN COPE. — LES VOLONTAIRES SOUS LES ARMES. — APPROCHE DES MONTAGNARDS. — CONDUITE DES DRAGONS. — MARCHE DES VO- LONTAIRES. — SCÈNE TOUCHANTE. — LA CUIRASSE DE JOHN MACCLURE. — SOMMA- TION DE CHARLES-EDOUARD. — PRUDENCE DU LORD PRÉVÔT. — EXAGÉRATION DE LA PEUR. — INDÉCISION. — ÉDIMBOURG AU POUVOIR DES MONTAGNARDS.
Sir John Cope avait laissé les whîgs d'Édimbourg pleins de confiance dans sa promesse d'étouffer promptement l'insurrection. Ceux qui faisaient à Charles-Edouard l'honneur de lui supposer une armée, demandaient comment elle pourrait résister à des troupes régulières : d'autres disaient avec dédain qu'on n'aurait nul besoin de combattre, et qu'il ne faudrait que lire aux rebelles le décret contre les attroupements {riot-act)^ pour les disperser. Ces forfanteries n'étaient pas seulement l'expression de l'opinion habituelle de ceux qui les répétaient , mais encore elles s'adressaient , comme une insulte indirecte, au lord-prévôt et aux autres magistrats municipaux d'Edimbourg, presque tous jacobites, et que le parti contraire se préparait à supplanter dans leurs fonctions lors des élections annuelles qui allaient avoir lieu en septembre. L'amour-propre excité par ces petites brigues locales l'emportait sur les craintes d'une crise politique qu'on était loin de croire imminente. Lesjacobites trouvaient leur intérêt à entretenir cette
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sécurité; ils affectaient de plaindre les m.ontagnards avec un air de découragement, ou même ils s'indignaient de leur folle témérité, capable de compromettre le repos de leurs amis, plus sages dans leur indifférence. Avant de joindre Cbarles-Édouard , le fils de Rob-Roy, James Mac-Gregor , qui avait des relations d'amitié avec plusieurs whigs, était arrivé le août du Lochaber. Appelé devant les magistrats, il décrivit l'armée de Charles-Édouard comme composée de vieillards qui avaient cru follement retrouTer leur vigueur en défendant une cause déjà défendue par eux dans leur jeunesse, ou déjeunes gens imberbes séduits par les récits de leurs grands-pères, tous formant à peine quinze cents hommes, mal armés, sans discipline , et qui n'attendraient certes pas le général anglais. Ces rapports furent mis dans la gazette, et Jaaies Mac-Gregor les confirma de sa bouche à ses amis whigs , sous la forme de confidence. Cependant les proclamations , les manifestes et des lettres du prince sortaient d'une imprimerie secrète , et c'était James Mac-Gregor qui les avait apportés avec ses prétendues nouvelles. Il eut bien soin de disparaître le 3i août, jour où l'on apprit que sir John Cope, tournant le dos à Charles-Édouard, se dirigeait sur Inverness, tandis que celui-ci s'avançait vers les Lowlands. Il y eut bien quelques incrédules qui soutenaient que c'était le prétendant et non sir John Cope qui avait refusé la bataille; mais le duc d'Athole, qui arriva le i®"* septembre de son château de Blair, révéla le véritable état des choses. Alors on assembla un conseil extraordinaire pour délibérer sur la défense de la capitale; et les partisans de la maison de Hanovre prirent sé^
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rieusement ralarme 9 sinon encore pour la couronne de Georges, du moins pour ses fidèles sujets d'Édimboui^.
La capitale de FÉcosse méritait bien à cette époque son nom d'AuLD Reekie (la Vieille Enfumée). Ce n'était pas, comme de nos jours, la réunion de deux villes, l'une noire et antique, l'autre blanche et moderne , qu'on a comparées au farouche Roderic Dliu et à l'aimable Fitz-James, reposant en bonne intelligence sous l'abri du même plaid (i). La ville vieille seule s'étendait entre le mont d'Arthur et le château : l'enceinte pittoresque de ses hautes maisons n'avait d'autre défense au midi que des remparts dégradés, masqués en partie par un faubourg, et dominés par les toils des constructions adjacentes. Du côté du nord, le lit du Loch-North y pouvait bien figurer un vaste fossé; mais l'eau de ce lac était tarie en plus d'un endroit. C'est aujourd'hui une rue par laquelle on va de la ville vieille à la ville neuve.
Sir John Cope n'avait laissé derrière lui que deux régiments de dragons, le i3' et le i4% le premier commandé par le colonel Gardiner, et le second parle colonel Hamilton; la garnison du château était tout juste suffisante pour la défense de ce poste important, et regardé comme imprenable. Une milice bourgeoise ( trained bands) avait été instituée sous Jacques VI, et se composait de seize compagnies de 60 à 70 hommes, l'élite des corporations; mais, depuis la révolution de 1688, ces guerriers pacifiques endossaient l'uniforme tout juste une fois tous les ans, le jolir de
(]) Za Dame du Lac.
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l'anniversaire de la naissance du roi; et après avoir tiré, en fermant les yeux, de vieux fusils chargés à poudre, ils les livraient de nouveau à leur rouille annuelle dans le magasin municipal. La police de la ville était confiée à une garde urbaine soldée par la municipalité , et sous les ordres du lord prévôt. Celte garde, recrutée parmi les vétérans, et bien connue des lecteurs de Walter Scott, à cause de son capitaine Porteous, de tragique mémoire, ne comptait guère plus de cent hommes.
Ufut décrété, vu l'urgence des circonstances, qu'on lèverait et entretiendrait par souscription un régiment de mille hommes, avec l'approbation du gouvernement. La souscription fut remplie en deux jours ; l'approbation du gouvernement ne se fit pas attendre; mais on ne put engager que deux cents hommes, au lieu de mille. Sur ces entrefaites, arriva d'Inverness le capitaine Rogers , aide-de-camp de sir John Cope, qui annonçait aux habitants d'Edimbourg qu'il allait accourir à leur défense, et qu'il demandait au général Guest, gouverneur du château, de lui envoyer des bâtiments de transport à Àberdeen , où il se rendait pour s'embarquer. Le courage revint un peu aux whigs, et ils sollicitèrent du lord prévôt la permission de former un corps de volontaires : le lord prévôt y consentit , en se réservant le droit d'élire les capitaines; mais, soit impartialité, soit qu'il ne crût pas à la bonne foi de leur courage, il désigna pour ces grades les whigs les plus ardents, entre autres M. Georges Drummond,qui prétendait à le remplacer dans sa charge, où il l'avait remplacé lui-même cinq ans auparavant. Les capitaines, au nombre de six, nommè-
rent eux-mêmes leurs lieutenants, formèrent leurs compagnies, leur distribuèrent les armes, qui leur furent remises par le général Guest, et commencèrent à les exercer. Il fut décidé aussi qu'on travaillerait aux fortifications de la ville, et chacun s'y porta avec zèle; mais le lo septembre commencèrent les élec-* tions des syndics de corporations, et les fortifications furent négligées par tous ceux qui croyaient que leurs votes, en celte circonstance, étaient encore plus nécessaires que leurs bras au salut de la chose publique, quand il s'agissait d'appuyer les candidats qui réclamaient le prix de leur zèle pour la maison de Hanovre.
Le séjour de Charles-Édouard à Perth , et le bon vent qui poussait les bâtiments de transport dans la direction d'Aberdeen, redonnèrent quelque confiance aux whigs, jusqu'au moment où ils apprirent que les montagnards avaient passé le Forth. Les portes de la ville furent alors barricadées ; on fit venir quelques canons de Leith ; mais on ne pouvait se dissimuler qu Édimbourg était hors d'état de soutenir un siège. Le lord prévôt, que ses opinions exposaient à la censure, et qui n'échappa pas même depuis à un procès de haute trahison (i), s'acquitta de ses fonctions comme aurait pu le faire un prévôt mieux intentionné pour la maison de Hanovre. Dans la même milice s'enrôla également
(i) Traduit devant la cour criminelle et jugé , après un emprisonnement de quatorze mois, le lord prévôt Archibald Stewart fut acquitté ; mais les vexations des whigs lui firent déserter Édimbourg : il alla s'établir à Londres comme marchand de vin ; et, soit que son vin fût réellement bon , soit que les jacobites anglais le trouvassent tel par opinion politique, il eut bientôt fait fortune.
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le jeune raiiiistre deGladsmuir, Robertsan , Tbistorien futur de Cbarles-Quint ( i). Mais la conduite des wbigs les couvrit d'un ridicule que n'a pu dissimuler l'historien Jobn HomCy témoin oculaire, ou phitôt acteur dans cbaque scène. Cette péripétie risible aurait pu amener un dénoùment sanglant, si la lâcbeté des troupes régulières n'avait été d'accord avec la poltron* nerie des bourgeois pour opposer , au caractère chevaleresque de Charles-Edouard et de ses Highlanders, des héros dignes du Falstaff et du Pistol de Shakspeare. Jobn Home était alors étudiant en théologie à l'université d'Édimbourg. Trop jeune et trop ardent pour rester inactif, son imagination l'entraînait du côté plus poétique des jacobites; mais ses opinions de famille, et la profession de ministre presbytérien qu'il voulait embrasser, le jetèrent, avec une vingtaine de ses condisciples, dans le parti contraire. Il fut un des premiers volontaires de la compagnie dite Compagnie du Collège, qui se mirent sous les ordres du capitaine Drummond. Six compagnies de volontaires formaient environ cinq cents hommes f qui tous paraissaient disposés à marcher à la rencontre du prétendant avec les dragons et la garde urbaine , dès que le tocsin les appellerait 2mx armes.
En effet, le dimancbe i5, le service divin était commencé dans les églises f les ministres prêchaient contre le pape et le prétendant , tous l'épée au côté^ pour rappeler au moins, par ce signe, le caractère belliqueux de leurs prédécesseurs du covenant. Tout à coup la cloche fatale a retenti; les fidèles, déser-
(i) Bio^aphie dn docteur Robe rtson, par lord Broughah, i845.
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tant leurs pasteurs , courent sur la place de Lawnniar^ ket^ où ils trouvent les volontaires rangés en bataille. Bientôt le pavé des rueS s'ébranle sous les pas des chevaux : ce sont les dragons du qui viennent de Leith pour aller joindre à Corstorphine leurs camarades du 1 3^. Ilsentre-choquent leurs sabres, et adressent, en défilant, des acclamations aux volontaires; ceux-ci leur répondent hourra ! dans un accès de courage, et font mine de vouloir les suivre : mais l'un de ces braves citadins laissait une boutique exposée aux pillards ; l'autre, une femme et des enfants en bas âge; celuilà, peut-être, une servante favorite^ comme le bailli Jarvie. Au moment d'une cruelle séparation, les larmes coulèrent; les parents, les amis, les épouses, les enfants, se mêlèrent dans les rangs , les uns en faisant entendre le langage de la prudence, les autres, celui de la tendresse. Pour terminer cette scène de désolation , l'ordre du départ fut donné , les tambours battirent aux champs, et le capitaine Drummond, tirant son épée du fourreau, marcha en avant de la première compagnie jusqu'à la porte de l'ouest ( West-port). Là, tournant la tête, il fut surpris, ou feignit de l'être, en apercevant tout au plus une vingtaine de ses volontaires; presque tous les autres s'étaient glissés dans les rues transversales, ou étaient demeurés irrésolus dans Lawnmarket ; les officiers se plaignant que les soldats refusaient de les suivre, les soldats, que les officiers refusaient de les précéder. Un maître d'écriture , whig prononcé, soit par ingénuité, soit par moquerie, contre ses camarades , s'était fait une cuirasse appropriée à sa profession : c'étaient deux rames de papier blanc dont il avait garni sa poitrine; et, comme s'il
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eût douté que dans' la mêlée cette armure défensive protégeât longtemps sa vaillante personne ^ il avait moulé de sa plus belle main^ sur une page blanche :
« BONNES AHESy VOICI LE CORPS DE JOHN MAC-CLURE.