‹ Histoire de Charles-Édouard, dernier prince de la maison de StuartChapitre 71 sur 78 · RETOUR DE SIR >OHH GÔPB JOHN HOME. — MARCHE SUR ÉDIMBOURG. — ZÈLE DES · texte numérisé non relu

RETOUR DE SIR >OHH GÔPB JOHN HOME. — MARCHE SUR ÉDIMBOURG. — ZÈLE DES

VOLONTAIRES. — LE CLERC DE PROCUREUR JACOBITE. — LES HUtTRES ET LE YIN DB XéRÈB. — DEUy PRISONNIERS. — CHARLEft-ÉDOUABD SE DECIDE A UYBBR BA- TAHiLE. — BENGONTRE DES DEUX ARMÉES. — DISPOSITIONS PRÉUMINAIRES. — ANDERSON DB WHITBUBGH. — AJk. NUIT , LE BROUILLARD , LA SURPRISE. — LA BATAILLE DB PBE8TON-PAN8. — LES MAC-GREG0R8. — DÉROUTE DE L'ARMÉE AN- GLAISE. — BON MOT. — LETTRES DU PRINCE CHARLES-ÉDOUARD ET DE SON PÈRE.

Pendant que Charles^Édouard faisait son entrée à Édimbourgy sir John Cope débarquait au port de Dunbar, à vingt-sept milles de distance. Parvenu d'Inverness à Aberdeen par de longs circuits, le général anglais y avait trouvé ses bâtiments de transport, et un vent favorable avait facilité son retour \ers la capitale de l'Écosse. II surveillait le débarquement de ses troupes et de ses bagages, opération qui dura deux jours, lorsque le 18 septembre il vit arriver sa cavalerie, c'est-à-dire les dragons que la terreur panique poursuivait encore. Arrêtés un moment pendant la nuit du 16 à quelques milles de Leith, ces pauvres soldats, ayant entendu le cri d'un des leurs qui se laissa choir dans un trou à charbon, crurent que c'étaient les Highlanders, et remontant à cheval se remirent à fuir jusqu'à Dunbar, oubliant leur colonel, qui s'était logé dans sa propre maison, située sur cette roule. Le lendemain, le colonel, surpris de cette désertion, courut après eux, et fit recueillir dans des charrettes couvertes leurs armes , qu'ils avaient jetées 6à et là pour fuir plus vite. Le 18, arriva à

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Dunbar un jeune étudiant de l'université , l'auteur ftitur de la tragédie de « Douglas ^ » et d'une Histoire de cette même rébellion jacobite, qui dit au général qu'il était resté à Édimboui^ pour assister à l'entrée des rebelles y moins par curiosité que pour s'assurer^ par ses propres yeux , de l'état de leurs forces. Us n'é^ taient guère , ajouta-t*il, plus de deux mille, irr^ulièrement armés, les uns avec des fusils, les autres avec de simples claymores, et plusieurs avec des espèces de longues faux appelées haches d'armes du Lochaber ; d'ailleurs, sans artillerie, sans munitions, et n'ayant point de cavalerie. Sir John Cope reprit confiance, quoique le jeune volontaire ne lui dissi^ mulàt pas que des renforts étaient attendus d'heure en heure par les Highlanders. Sir John lui-même fut rejoint à Dunbar par le comte de Home , qui , revêtu d'un grade dans la garde de Georges II, ne pou^ vait se dispenser en conscience d'offrir ses services* Le jeune volontaire, qui tenait à honneur d'appartenir à cette illustre famille, remarqua avec douleur que le noble comte n'emmenait que deux domesti-ques pour toute suite , lui qui eût pu lever jadis un corps plus nombreux que les deux armées réunies. On vit aussi presque toutes les autorités administratives et judiciaires d'Ëdimbourg venir se mettre sous la protection du pouvoir militaire, ayant déserté la ville y de peur d'être forcées d'y violer le serment de leurs places.

Ce fut le 19 septembre que l'armée de sir John Cope quitta Dunbar pour aller camper dans la plaine de Haddington, à seîze milles d'Édimbourg. Quand la nuit vint , on proposa d'envoyer en reconnaissance

BB CHABLES-BDOUABD^

les volontaires qui suivaient Farmée/Us étaient seize; huit partirent d'abord, et ils furent de retour à minuit sans avoir rien aperçu ; des huit autres qui se mirent à leur tour en campagne, « il n'en reparut que six , dit Home, et qui ne nous en apprirent pas davantage ( i). » Or, les deux autres étaient MM* Francis Garden, depuis lord Gardenstone j et Robert Cuningham , qui devint général par la suite. Ces deux jeunes gens avaient choisi les côtes pour leurs explorations. En approchant de Musselburgh, ils évitèrent le pont,. de peur d'être remarqués ; et, profitant de la marée basse^ traversèrent l'Eske à l'endroit où cette rivière se jette dans la mer. Par malheur il y avait sur l'autre bord une guinguette renommée pour son vin de Xérès et ses huîtres^ comme l'attestaient deux pyramides d'é-' cailles de chaque côté de la porte. Ils entrèrent, et se mirent gaiement à oublier les malheurs de la guerre autour d'une bouteille. Leurs joyeux ébats attirèrent l'attention d'un clerc de procureur qui passait par là, se rendant à l'armée jacobite; car une jeune mercière qu'il aimait lui avait attaché de ses mains un gros nœud de rubans blancs à son chapeau. II donna un coup d'œil par la fenêtre j reconnut les deux vedettes^ et, prévoyant que la marée montante les forcerait de s'en retourner cette fois par le pont, qui était étroit et presque impraticable, il alla s'y placer en embu»' cade j bien résolu à débuter par un exploit qui lui fit honneur auprès de Charles^Edouard et aux yeux de sa belle. Quand les volontaires s'approchèrent , il grossit sa voix sans se montrer, et cria : a Garde à

(i) History of the rébellion , by Home.

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VOUS ! » comiue s'il n'était pas seul^ si bien qu il fit deux prisonniers sans brûler une amorce. Il les conduisît imtnédialement à Duddingstone , où campait l'armée de Charles-Édouard 9 et les remit à John Roy Stuart , capitaine de la garde du prince. John Roy parlait de les faire pendre comme espions ; mais ils en furent quittes pour la peur, grâce à la recommandation d'un officier du même corps, Colqhoun deGrant, qui avait été leur camarade d'enfance. Ils confirmèrent l'avis qu'on avait déjà reçu , que sir John Cope devait le lendemain, 20 septembre, continuer sa marche. I^ prinçe et ses officiers furent d'accord pour lui épargner la moitié du chemin. On demanda à Mac-Donald de Keppoch, qui avait servi en France, s'il pensait que la partie fût égale entre les Highianders et les troupes régulières, a J'avoue , dit-il en s'adressant au prince, que nos clans ne se sont point battus depuis longtemps; mais les Chefs seront bientôt dans la méfiée, et les simples soldats ne les y laisseront pas seuls. — £h bien ! s'écria Charles-Édouard, je ne resteraf pas plus en arrière. »

Au point du jour, les sons de nouvelles cornemu^ ses annoncèrent un renfort de deux cent cinquante montagnards : c'étaient les Grants de Glenmorriston, quelques Mac-Lachlans, et des hommes d'Athole, qui ne furent pas les derniers à marcher en avant. Le reste de l'armée avait mis à profit trois jours de repos : son courage et sa confiance semblaient avoir doublé par la prise d'Édimbourg. Charles-Édouard traversa les rangs pour aller se placer à l'avant^garde. Âu moment de donner le signal, il montra son épée nue : « Mes amis, dit-il, j'ai jeté le fourreau. » Une

DB CHÂRLCS-BBOUABD.

bruyante acclamation fut la réponse des montagnards^ et ils partirent avec joie. Au sortir du village de Duddingstone, l'un d'eux , apercevant une maison en construction , y courut, prit un balai qu'il attacha au bout d'une perche; et cet étendard grotesque fut salué comme un emblème , signifiant que les soldats anglais allaient être balayés de l'Écosse.

Sir John Cope entrait dans la plaine située entre Preston et Seatonjorsquelord Loudon, son adjudant général, et lord Home, son quartier-maitre général, qu'il avait envoyés pour reconnaître l'emplacement où il se proposait de camper ce jour-là près de Mus* selburgh, revinrent à toute bride lui annoncer que les rebelles s'avançaient à sa rencontre. Sir John , surpris, se félicita d'être arrêté du moins sur un terrain avantageux; et il eut encore le temps de ranger ses troupes en bataille, étendant sa droite vers la mer, et sa gauche vers le village de Tranent. Bientôt les Highianders parurent, et les deux armées se saluèrent d'une clameur qui retentit comme le roulement de la foudre dans les rochers voisins. Charles avait à dessein pris une route oblique pour se trouver sur le terrain le plus élevé, d'où ses montagnards pourraient, d'après leur tactique, fondre avec impétuosité sur l'ennemi. Sir John Cope, qui s'était attendu à voir déboucher les montagnards par la route directe, fut forcé de changer sa position. Il appuya sa droite sur le village de Preston , et sa gauche sur Seaton-House. Derrière lui étaient la mer et Cockenzie ; son front de bataille se terminait à un marais coupé par un fossé profond ; position forte sans doute, mais qui semblait l'accuser de chercher plutôt la

âSr» HISTOIBI

défensive qu'à livrer bataille. En eiFel, le prince, prévenu de la nature du terrain , chargea M. Ker de Gradon d'aller le reconnaître. Cet officier, monté sur un petit cheval blanc, parcourut tout le front de l'enneini, essuyant avec un sang»frord imperturbable une grêle de balles; il ne revint qu'après s'être assuré de la largeur et de la profondeur du fossé. D'après son rapport, convaincu qu'on ne pourrait le franchir sans danger, Charles-Édouard feignit de vouloir attaquer le flanc droit des Anglais , qui reprirent alors leur première position. A part quelques coups de canon tirés sur les montagnards, ce jour-là les deux armées s'en tinrent à des évolutions, qui furent exécutées avec tant de précision par les troupes régulières, que sir John Cope s'applaudit de sa supériorité en fait de tactique, sans s'apercevoir qu'il était comme enfermé dans le cercle borné où ses soldats manœuvraient si bien, tandis que les Highlanders pouvaient se mouvoir presque en tous sens autour de Idi.

Le mois de septembre àvait été jusque-là d'une sérénité remarquable, quoique les nuits eussent toute la froidure habituelle de la saison et du climat. La nuit du vendredi 20 septembre amena une brume épaisse et glaciale, qui parut plus sévère aux soldats de Cope, habitués à de bons bivouacs, qu'aux énfants des montagnes. Le général anglais ordonna d'allumer de grands feux dans ses positions, et fît jouer de temps en temps son artillerie, pour prouver aux rebelles qu'il serait difficile de le surprendre par u ne attâque nocturne. Ayant consulté ses officiers , Charles-Édouard se porta de l'ouest à Test de Tranent, où le marais paràissait plus praticable, avec l'intention d'attaquer

DE CHA.BLE&-toOUARD. $87

les Anglaifi de ce côté au point du jour. Les Highlanders s'enveloppèrent de leurs plaids ^ et goûtèrent quelques heures de sommeil. Charles-Édouard ^ dédaignant d'aller chercher un abri et un lit dans le village de Tranent (i), s'étendit , côaime le dernier des siens, au milieu d'un champ, sur un amas de cosses de pois ; mais à peine avait-il fermé les yeux qu'il fut éveillé par lord Georges Murray, qui avait été réveillé lui-même par M. Anderson de Whitburgh, propriétaire du marais dont il a été fait mention. M. Anderson était du nombre des patriotes désintéressés qui , comme James Hepburn , s'étaient déclarés pour le prince depuis son entrée à Édimbourg. 11 s'était souvenu d'un passage plus sûr que celui par lequel le conseil de guerre avait arrêté qu'on irait attaquer l'armée anglaise. Il exposa son plan au prince et aux autres chefs , promettant de guider lui-même l'armée sans que l'ennemi pût la voir passer, ni la troubler par sa mousqueterie.

En conséquence 9 dès trois heures après minuit, les Highlanders commencèrent à défiler en silence. La nuit d'abord , et plus tard le brouillard , favorisèrent le secret de leur marche. Quand la tête de la colonne

(i) Dans raprès-midi , Charles-Édouard était allé dîner à la petite auberge du village , en compagnie du duc de Perth et d'un antre ofBcier. Us ne purent se procurer qu un potage au mouton. La tradition raconte que Thotes^, de peur d'être pillée par les Highlanders, avait fait disparaître toutes ses cuillers d'étain : il fallut que le prince et ses deux convives se contentassent de deux cuillers de bois pour trois, et d'un couteau de boucher pour couper la viande du bouillon, qu'ils mangèrent avec leurs doigts. (Cham- BEEs' History,)

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Cut parvenue au marais j quelques dragons en vedette crièrent quivwe? firent feu, et allèrent donner Talarme. A l'endroit indiqué, on avait jeté un pont sur le fossé rempli d'eau courante pour le service d'un moulin voisin. Charles-Édouard , s'étant élancé des premiers, jaloux de donner l'exemple, s'enfonça dans la fange du marécage ; mais il eut bientôt trouvé la terre ferme.

La téte de la colonne, se dirigeant vers la mer, ne ralentit le pas que lorsque l'arrière-gaixle eut franchi après elle le passage; et alors, faisant un demi-tour à gauche, chaque corps prit à la hâte son rang de bataille. L'aile droite, commandée par le duc de Pertb , fut formée des Mac-Donalds ; c'était pour eux une place héréditaire depuis que Bruce la leur avait assignée à Bannockburn, en reconnaissance de l'hospitalité qu'il avait reçue de leur Chef dans les Hébrides. Les Camérons et les Â.ppin-Stuarts, qui l'avaient réclamée, se contentèrent de former l'aile gauche, commandée par lord Georges Murray; au centre furent réunis les régiments du duc de Pertb et des Mac-Gr^ors. C'était la première ligne; la seconde, qui était destinée à agir comme réserve, se composait des hommes du clan d'Alhole el des Robertsons, derrière l'aile droite ; des Mac-Lachlans et des Mac-Donalds de Glencoe, sous les ordres de lord Naïrn , derrière l'aile gauche. Le prince était entre les deux lignes, entouré du petit nombre de cavaliers qu'il avait sous ses ordres. Il n'avait point d'artillerie, excepté un vieux canon tout au plus bon à être chargé à poudre, mais que les montagnards avaient voulu traîner avec eux, et pour lequel ils avaient ce respect religieux que les

DE CHARLSS'BDOUABD.

Vendéens de nos jours montraient à la Fameuse Marie-Jeanne (i).

Sir John Cope rangea son armée en une seule ligne de bataille. Le régiment dit de Murray formait sa gauche 9 celui des Lees sa droite , huit compagnies du régiment de Lascelles et deux de celui de Guise son centre, sans compter les dépôts de divers régiments et quelques volontaires ; les deux régiments de dragons souvent cités flanquaient les deux ailes de l'infanterie anglaise, celui de Gardiner la droite, celui de Hamilton la gauche. Sur la droite était placée l'artillerie, qui consistait en six canons assez mal servis. Une garde veillait aux bagages qui étaient à Cockenzie , où sir John Cope avait passé la nuit. Les forces étaient à peu près égales des deux côtés, quant au nombre ; les jacobites comptaient environ deux mille quatre cents hommes, les Anglais deux mille deux cents; mais la première ligne seule des jacobites prit une part active au combat.

Sans être précisément surpris, sir John Cope ne s'attendait pas à être attaqué sitôt. Quand le soleil pénétra le brouillard, il vit les montagnards s'avancer rapidement sur lui , mais sans qu'il pût juger si c'était en bon ordre: en effet, à travers l'espèce de clarté fantastique qui les enveloppait, les vides nom-

(i) Cette vieille pièce d'artiUerie, du temps des premiers Jac^ ques, était connue sous le nom de Mons-Meg, Après 1746, elle avait été transportée à la Tour de Londres. Lorsque le roi Georges IV visita Édimbourg, sir Walter Scott lui demanda, comme une faveur, la restauration de Mons-Meg au château d'Édimbourg. Georges IV y consentit ; mais le retour de la vieille pièce n'eut lieii qu'en î8a8, sous le ministère de lord Wellington.

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breux de leurs rangs causés par Tînégalité du terrain, ou plutôt par leur impétuosité mal réglée, semblaient remplis par la vapeur elle-même , dont un poète aurait pu comparer les tourbillons aux images de la mythologie ossianique. Parvenus à la portée du mousquet, ils poussèrent leur cri de guerre, déchargèrent leurs fusils, tirèrent leurs claymores du fourreau, et tenant leurs dagues {dirks) de la main gauche, ramenée à la hauteur du visage pour se couvrir de leurs petits boucliers, ils fondirent, selon leur coutume, sur les habits rouges, à travers la sombre fumée de la mousqueterie et du canon. Le premier rang des Anglais croisait la baïonnette ; mais les montagnards, fléchissant un genou et relevant les fusils des soldats avec leurs dagues, les égorgeaient sans défense; puis, rejetant les cadavres sur le second rang, continuaient le carnage dans une lutte terrible corps à corps. Semblables à nos Vendéens , on vit les Camérons et les Stewarts, après avoir adressé une courte prière au ciel, fondre sur les batteries de sir John Copeets'en emparer, mais sans songer à les tourner contre l'ennemi.

A l'extrémité de l'armée anglaise , les dragons n'attendirent pas le choc de cette infanterie sauvage; les escadrons prirent la fuite l'un après l'autre, sans écouter leurs officiers. Les dragons de G/Sirdiner, qui se trouvaient opposés aux Camérons, furent sans doute épouvantés de l'audace avec laquelle ceux-ci se jetèrent sur les canons. A l'aile gauche , les dragons de Hamilton, voyant galoper leurs camarades, ne tirèrent pas même un coup de carabine, et lâchèrent pied à l'approche des Mac^Donalds. La déroute devint alors générale ; mais le sang coula encore dans un duel

DE CMARLES-ÉDOUABD. 39 1

d'homme à homme, chaque fois que le désespoir ou l'impossibilité de fuir ralliait quelques Anglais. Ce fut pour les Highlanders l'occasion de ces exploits extraordinaires qui sembleraient n'être possibles qu'à un peuple de géants. Rien n'égalait surtout le ravage de cette arme paiticjulière appelée la hache d'armes du Lochaber, espèce de faux ou de cognée fixée à une perche. On en vit qui, dans les mains des Mac-Gregors, rasaiejit en un clin d'œil les têtes de dessus les épaules, ou fendaient un homme en deux. La claymore n'était guère moins redoutable dans les mains des montagnards de ce clan. Leur capitaine James Drummond Mac-Gregor était tombé, dès le premier choc, atteint de deux balles; mais, se relevant sur un coude: «Je lie suis pas mort, mes enfants , criçi-t-il, et je regarde si vous faites votre devoir (i). »

Le chevalier de Johnstone , aide de camp de lord Georges Murray, cite un jeune montagnard, encore imberbe, qui avait tué à lui seul quatorze soldats anglais. Un autre conduisit, comme un troupeau de mou-* tons, dix prisonniers qu'il avait faits à la fois. On se croit revenu à ces temps de prouesses que nous n'avons fait qu'esquisser d'après Froissart, «lorsque « messire Ârchambaud de Douglas, qui étoit bon che- « valier et fort craint de ses ennemis , mettoit pied à « terre, et mettoit au devant de son visage une longue « épée qui avok d'allumelle deux aunes, et à peine la « pouvoit un "knire lever de terre; mais elle ne lui « coostoit rien à manier, et en donnoitdes coups si « grands , que tout ce qui ascousy voit il mettoit par

(i) Johnstone's Memoirs, page 36.

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« terre » et n'y avoit si hardi de la pàrtie des Anglais c< qui ne refusast ses coups (i). »

Colqhoun de Grant avait, la veille, relâché les deux volontaires qui avaient été pris sur le pont de FEske; il faillit les remplacer par une compagnie entière de dragons, qu'il poursuivit presque jusqu'au château d'Edimbourg, sur le cheval d'un officier qu'il avait tué.

Le fils aîné de sir Robert Threipland fut moins heureux : des soldats anglais, auxquels il- criait de se rendre, se retournant et le voyant seul , s'arrêtèrent, et le tuèrent à coups de sabre.

Le colonel Gardiner avait résolu de ne pas survivre à la lâcheté de ses dragons. C'était un vétéran du temps de Marlborough, qui, après avoir eu une jeunesse dissipée, s'était jeté dans une dévotion mystique; brave officier d'ailleurs, et dont la vie a été écrite pour être proposée en exemple au soldat chrétien (2). Il combattait à la tête d'un régiment d'infanterie qu'il avait rallié , lorsqu'il fut pourfendu par une des fatales faux des Mac-Gregors, à la porte même de sa maison de campagne. A part quelques exceptions, la panique des Anglais, dans cette affaire, parut pres^ que incroyable : il n'en serait échappé qu'un bien petit nombre si Charles-Édouard avait eu de la ca^ Valérie, et si les clans, selon leur usage, n'avaient préféré le butin à la destruction des vaincus. Sir John Cope s'était décidé à fuir comme les autres jusqu'à Berwick, Le sentier dans lequel il tourna bride re«

(i) Chronique de Froissakt.

(a) Dodridge's Life of colonel Gardiner,

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tient encore le nom de « chemin de John Cope. » Lorsque le général arriva à Berwick , on prétend que lord Mark Kerr ne put résister au plaisir de lui faire un compliment ironique souvent répété : «Sir John, vous êtes le premier général de l'Europe qui ait apporté la première nouvelle de sa défaite. »

Les étendards anglais furent déposés aux pieds de Charles-Edouard , qui montra dans cette journée une modération généreuse , après avoir payé noblement de sa personne. 11 embrassa cordialement les Chefs de clans, et , s'occupant des blessés des deux partis avec le même intérêt , il ne songea à lui qu'après avoir songé aux autres : Home, Henderson et les autres historiens whigs en sont réduits à attribuer son humanité à sa politique. Il n'oublia pas, il est vrai, d'utiliser la victoire en s'emparant de la caisse militaire de sir John Cope, qui contenait quatre mille livres sterling; puis, ayant surveillé l'exécution de ses ordres les plus pressés, il alla loger celte nuit à Pinkie-House , château du marquis de Tweeddale (i).

Les Highlanders ne perdirent à la bataille de Gladsmuir, ou de Preston-Pans, que trente à quarante hommes, dont trois officiers. Quatre-vingts furent blessés. Les Anglais laissèrent surle champ de bataille ou dans la retraite cinq cents morts et plus de mille prisonniers, avec leurs tentes, leurs bagages, leurs canons et presque tous leurs drapeaux.

Les Highlanders se montrèrent ardents au pillage;

(i) Il avait d'abord dîné sur le champ de bataille, à la table improvisée des Mac-Gregors, aussi sobrement mais plus gaiement que la veille à Tranent. (Henderson, Historjr.)

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mais ils secondèrent aussi volontiers Thumanité du prince en prodiguant des soins aux blessés. La rui*eur du combat satisfaite fit place à la générosité.

ministres épiscopaux d'^osse, comme nous Tavons remarqué déjà , étaient en général pour les Stuarts : il y en eut même un qui , ayant suivi les Highlanders depuis Donne jusqu'à Preston-Pans , repartit à pied pour sa cure après la victoire, et, ayant fait un voyage de 5o milles, arriva le dimanche matin dans son église, à temps pour prêcher et annoncer à ses paroissiens que Dieu venait de favoriser la bonne cause.

Ce ne fut que dans les premiers joui*s d'octobre que Charles-Édouard put trouver le temps d'écrire luimême, à son père, une lettre dans laquelle il résumait les principaux résultats de riieureu$e journée de Glasdmuir (i). C'est bien là une lettre intime, rédigée avec la familiarité et la rapidité du style militaire. Une autre main que celle du prince avait tracé , sans

(i) « Édimbourg, 7 octobre 1745.

« Il m'est impossible de vous donner un journal délaîllé de ce que « j'ai fait jusqu'ici, la surcharge des affaires ne m'en laissant pas le f temps. Toutefois, je dois profiter de cette occasion pour vous « relater brièvement la bataille de Gladsmuir, livrée le 91 septem- « bre^ et qui a été une des plus surprenantes actions qui aient « jamais été. Nous avens gagné une^victoire complète sur le géné- « ral Cope, qui commandait sept mille fantassins et deux régi- « ments des meilleurs dragons de l'île ; lui, étant avantageusement « posté, avec des batteries de canon et des munitions ; nous, n'ayant « ni chevaux ni artillerie, et, pour les attaquer dans leur poste, <i étant obligés de passer devant leur nez, d99^ti9 déQlé /^t tip ma- « récage. Notre premi^r/e lig«e seule a e^ ocçAf&ipn de gombal^^; « car, tout d*abord , et çi^ cinq minutes, U champ de bataille ^ été « balayé, tous les fantassins tués, blessés ou faits prisonniers, et de

DE CHABLES-ÉDQUABD.

doute > répitre sentencieuse qui fut publiée avec sa signature, et datée du a i septembre, v. s. il nous semble y reconnaître la manière de l'ancien gouverneur, sir Thomas Sheridan, qui, en traduisant d'ailleurs les opi«nions libérales et les sentiments généreux de Charle&- Édouard, se croyait obligé de leur donner la forme d'une thèse, comme si le héros de la Doutelle n'avait pas encore quitté son déguisement ecclésiastique (t). N'y a-t-il pas quelque chose de pédanlesque à dater, d'un champ de bataille , une lettre qui rétablisr sait, entre la dynastie régnante et celle des Stuarts, un procès théologique où sont mis en cause les évêr ques anglicans , les protestants athées , etc. ? Mais ce que le secrétaire officieux, sinon officiel du prince, lui faisait dire sur les blessés, se retrouve heureusement dans la lettre authentique du jeune vainqueur, qui s'était montré si humain sur le champ de ba* taille, et qui répondit, à ceux qui l'engageaient à menacer ses prisonniers de les traiter comme l'Électeur

« la cavalerie deux cents se sont échappés, comme des lapins, « l'un après l'autre. De notre côté, nous avons perdu cent hommes, « tués ou blessés : l'armée a eu ensuite un beau butin.

« Je suis très-embarrassé sur ce que je dois faire de mes prison- « niers blessés. Si je fais un hôpital de l'église, on se récriera sur cette « grande profanation , et Ton répétera que je manque à mon mani^ « feste, par lequel je m'étais engagé à ne violer aucune propriétc*. « Si les magistrats voulaient s'en mêler, ils m'aideraient à sortir « de cette difficulté : advienne ce que pourra, je suis décidé à ne « pas laisser ces pauvres blessés dans la rue. Si je ne puis mieux « faire^ je convertirai le palais en hôpital, pour le leur abandonner, »

(i) J'ai rejeté à V appendice cette lettre que M. Chambers, à qui je l'avais empruntée, n'a pas reproduite dans la dernière édition de son ouvrage sur les rébellions jacobites.

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traiterait les siens : « Non, non, il est au-dessous de moi de faire des menaces vaines, et je n'exécuterai jamais celles-là : jamais je ne ferai fusiller de sang-froid ceux que j'ai sauvés dans la chaleur de l'action, au péril de ma propre vie. » De telles paroles valent mieux que les phrases philosophiques de la lettre que les partisans de Charles-Édouard crurent devoir lui attribuer pour servir de commentaire à sa première victoire.

La victoire de Preston-Pans dut sans doute confirmer Jacques III dans le projet d'abdiquer en faveur de son fils, projet pour l'exécution duquel il demandait depuis un mois l'assentiment de Louis XV, en même temps qu'il le suppliait de pardonner à ce fils sa témérité. Voici comment ce monarque s'était cru obligé de blâmer et de justifier, en même temps, l'entreprise de Charles-Édouard sur la nouvelle de ses premiers succès :

« LE ROI JACQUES III A S. M. LOUIS XV (l).

« Rome, ce 5 août 1745. (24 juillet, n. 8.)

« Ce n'est que depuis peu de jours que j'ai appris , a à mon grand étonnement, que mon fils est actuelle lement parti des côtes de France pour se rendre « en Écosse. Il a pris et exécuté cette résolution sans « me consulter, sachant bien que je n'aurais jamais a approuvé qu'il fit une telle démarche, surtout à l'insu « de Votre Majesté; je l'ai donc ignorée absolument; c( mais étant faite, je vous avoue sincèrement que je a ne saurais m'empêcher de l'admirer. Il me mande « d'avoir écrit lui-même à Votre Majesté en partant;

(i) Cette lettre est en français dans les Sluarts papers.

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« et quoique je ne prétende pas excuser son silence « envers elle auparavant, je m'assure qu'elle fera moins « d'attention à un pareil manquement qiK'au courage « et aux sentiments qui le font agir, et qu'elle voudra <c bien le croire d'autant plus digne de son amitié et « de sa protection, qu'il tâche d'imiter son exemple u et de suivre ses traces, en affrontant les plus grands <c périls pour arriver à l'accomplissement de ses justes <c desseins. Il est certain que sa conduite présente fera (c une grande impression sur lesprit de ses compa- « triotes , et que je ne regarderais pas comme tout « à fait impossible qu'il puisse réussir sans secours a étrangers. Mais cela serait de ces événements extra- « ordinaires, sur lesquels il ne faut pas compter; et « je croirais tenter la Providence si , dans la présente ({importante conjoncture, je n'implorais avec toute « l'instance possible l'aide et l'assistance de Votre Ma- (c jesté, sans lesquelles il est bien difficile que la pré- « sente tentative puisse réussir.

« Votre Majesté a fait venir mon fils en France; et « comme il y a demeuré une année et demie, elle n'aura « certainement pas perdu de vue l'objet pour lequel c( elle l'a fait venir ; c'est à présent ou jamais à mettre « la main à l'œuvre, les moindres délais pouvant être a dangereux 9 tandis qu'avec peu de risques et de frais, « Votre Majesté pourra achever l'ouvrage que mon fils « et mes sujets fidèles ont commencé tout seuls. Quel Qc regret n'aurait point le cœur de Votre Majesté, s'ils « venaient tous à périr faute d'un petit secours ! Et, (c d'autre part , quelle gloire et quelle consolation pour « elle à se rendre ma patrie et ma famille redevables a de leurs libertés et de leur bonheur? Enfin, après

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«Dieu, toute ma confiance est en Votre Majesté, et «c après lui aussi notre sort est entre ses mains. Je ne « mettrai donc point de bornes a mes espérances.

c< L'exemple de mon fils aîné anime, comme de « raison > mon cadet ; il ne saurait souffrir patiemment a de se voir à Rome tandis que son frère est en Écosse; a et quoique les dangers et les difficultés de sortir de a ce pays-ci soient plus grands que jamais, il fera ce- <c pendant plutôt l'impossible que de ne pas se rendre « au plus tôt à Avignon, pour y attendre les ordres de « Votre Majesté.

c< A. l'égard de moi-même personnellement , il y a « longtemps que Votre Majesté est instruite de mes « réflexions et de mes vues, par rapport à une renontf ciation à mes droits en faveur de mon fils : je perce siste toujours dans les mêmes sentiments, avec cette «différence, cependant, que ce que je croyais autre* « fois devoir être avantageux à ma famille me parait <' devenir à présent indispensable et nécessaire même « pour mon honneur. Mes infirmités augmentent avec a mes années; et je croirais agir avec témérité, je puis « même dire avec peu de bonne foi , si je prétendais tt me charger du poids du gouvernement, lorsque je «( suis absolument incapable d'aucune fatigue, soit de «corps, soit d'esprit, et par conséquent nullement tt en état de remplir les devoirs d'un prince sur le « trône, tandis que j'ai la consolation d'avoir un fils « en état de travailler avec assiduité et succès au bien a de son peuple, et qui a déjà eu occasion de mon- « trer qu'il est digne de le gouverner. D'ailleurs Votre ce Majesté sentira bien l'impression que fera sur le puce blic de voir mon fils exposé à mille risques et dans

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« gers Écosse en combattant pour sa famille et sa « patrie y pendant qu'on me verrait immobile dans la « ville de Rome. Le public ne saurait juger que des « apparences extérieures, et s'en tiendrait au simple a fait , sans faire trop d'attention à Timpossibilité aba solue où je suis de sortir à présent d'Italie , à cause « de ma santé , et de la guerre qui empêche un libre c( commerce dans ce pays-ci. Dieu seul sait quand les « chemins seront libres, et voilà encore un nouveau « motif pour ne pas différer davantage ma renoncia- (c tion. Le vrai temps de la publier serait quand je (c saurai mon fils heureusement débarqué en quelque « partie de la Grande-Bretagne; mais cependant, quel- « que convenable et nécessaire que je trouve cette « démarche, je ne veux pas prendre sur moi de la « publier que de concert et avec l'agrément de Votre « Majesté, et je la supplie de ne pas tarder à me faire « savoir ce qu'elle en pense^ désirant être dirigé par « ses conseils en cela et en toute autre chose. Votre « Majesté excusera, j'espère, la longueur de ma lettre; « mais dans cette importante occasion je ne pouvais « me dispenser de lui ouvrir mon cœur sans réserve « sur ce qui regarde nia propre personne et celle de « mes enfants ; nous lui sommes tous trois inviolable- « ment attachés, et j'ose répondre qu'elle ne nous a trouvera jamais indignes de son amitié et de sa bien- « veillance.

« De Votre Majesté ,

« Le bon frère et cousin ,

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