JACQUES^ B
Comme nous avons Tespoir prochain d'être rétabli au trône de nos ancêtres par les bons seotiments de nos sujets pour nous; et comme, d'après la situation présente du pays, il nous est absolument impossible d*y être en personne lorsque sera arboré notre royal étendard, et même quelque temps après, nous estimons que, pour notre service et le bien de nos États et royaumes, il nous faut nommer et constituer, comme par le présent acte nous nommons et constituons, notre très-cher £ls Charles, prince de Galles, seul régent de nos royaumes d'Angleterre , d'Écosse et d'Irlande, et de tous nos autres États, pendant notre absence. C'est notre intention et volonté que notre dit très-cher fils possède et exerce tout ce pouvoir et cette autorité, qui, suivant l'ancienne constitution de nos royaumes, ont été possédés et exercés par d'autres régents. Requérons tous nos fidèles sujets de rendre toute due soumission et obéissance au régent ci- dessus nommé, comme représentant immédiatement notre personne royale, et agissant par notre autorité. Nous révoquons toute autre commission de régence accordée à quelque autre personne que ce soit. Enfin, nous le dispensons de toutes autres formalités, déclarant cette commission aussi valide que si nos grands sceaux y étaient apposés, et qu'elle fût dans les formes et le style accoutumés.
Donné sous notre seing et privé, en notre cour, à Rome, le vingttroisième jour de décembre 174^9 dans la quarante-troisième année de notre règne.
Jacques, R. [Loco sigilli.)
GHABLBS, VBmCB BBOENT. ^
£n vertu de la ci-dessus commission de régence , accordée à nous par le roi notre père, nous vencms maintenant pour exécuter le bon plaisir et la volonté de Sa Majesté^ en déployant son éten-
UISTOIBB
dard royal, et soutenir son droit incontestable au trône de ses ancêtres.
C'est pourquoi, au nom de Sa Majesté, et conséquemment à la teneur de ses diverses déclarations, nous accordons un plein, libre et général pardon pour toutes les trahisons, rébellions et offenses quelconques, commises avant cette publication contre notre royal grand-père, contre Sa Majesté actuelle, et contre nous-même.
Nous reconnaîtrons un juste droit au bienfait de ce pardon à ceux des sujets de Sa Majesté qui témoigneront leur désir de 1 accepter, soit eu joignant promptement nos troupes, soit en arborant l'étendard royal, soit en se rendant pour notre service là où il est arboré^ ou du moins en renonçant ouvertement à tous prétendus engagements envers l'usurpateur, et à toute obéissance à ses ordres ou à ceux de toutes personnes employées par lui, ou agissant publiquement pour lui,
Relativement à cenx qui se montreront les plus zélés pour le recouvrement des justes droits de Sa Majesté et la prospérité de leur pays, nous prendrons soin de les récompenser suivant leurs rangs et leurs mérites. Nous promettons particulièrement, comme il est dît ci-dessus, un plein, libre et général pardon à tous les officiers, soldats et marins maintenant engagés au service de l'usurpateur, pourvu que, sur la présente publication, et avant tout combat contre les troupes de Sa Majesté, ils quittent ledit service et retournent à leur devoir; car ils doivent sentir que nul engagement avec un usurpateur ne peut dispenser de la fidélité qu'on doit à son souverain naturel. Pour les encourager au devoir et à l'obéissance, nous promettons aux officiers un plus haut grade à notre service, sinon le même que celui dont ils jouissent actuellement, ainsi que l'entier payement de l'arriéré qui leur sera dû au moment où ils se déclareront pour nous; et à tout soldat et dragon qui se joindra à nous, aussi bien qu'à tous marins et matelots de la flotte qui se déclareront pour nous et nous serviront, nous garantissons tout leur arriéré, et une année entière de paye en gratification, aussitôt que la tranquillité sera rétablie.
En outre, nous promettons et déclarons au nom de Sa Majesté» et en vertu de ladite commission, qu'aussitôt que cet heureux état de choses sera obtenu, le roi s'appliquera, par l'avis d'un libre parlement, dans lequel ni corruption ni influence quelconque ne pour-
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ront diriger les votes, à établir, confirmer et assurer tous les droits ecclésiastiques et civils de tous ses royaumes; Sa Majesté étaut pleinement résolue à maintenir l'Église d'Angleterre suivant la loi établie, ainsi que les Églises protestants d'Écosse et d'Irlande, conformément aux lois de chaque royaume, avec la tolérance pour tous les protestants dissidents. Sa Majesté étant ennemie de toute persécution et oppression quelconque, particulièrement pour ce qui regarde la conscience et la religion ; étant nous-méme parfaitement convaincu de la raison et de l'équité des mêmes principes, nous promettons en conséquence et déclarons que tous les sujets de Sa Majesté seront, par elle et par nous, maintenus dans la pleine jouissance et possession de tous leurs droits, privilèges et immunités, et spécialement de toutes les églises, universités, écoles et collèges conformes aux lois du pays, lesquelles seront toujours l'invariable règle du gouvernement de Sa Majesté et de nos propres actions.
Afin que notre entreprise puisse s'effectuer avec aussi peu d'inconvénient que possible pour les sujets du roi, nous requérons tous les officiers et magistrats civils, maintenant en place, de continuer jusqu'à nouvel ordre à exercer leurs emplois respectifs, en notre nom et par notre autorité, autant qu'il est nécessaire pour le maintien de la justice, de l'ordre et de la paix ; voulant en même temps qu'ils obéissent exactement aux ordres et directions (|ui pourront émaner de nous, ou de ceux qui seront investis de quelque partie de notre puissance.
IN^ous commandons aussi à tous les employés des douanes, à tous les percepteurs d'impôts, de quelque dénomination qu'ils soient, et à tous ceux qui peuvent avoir quelque partie des deniers publics entre leurs mains, de les verser dans celles de quelque agent principal autorisé par uous, et de prendre en échange son reçu, qui leur sera une suffisante décharge. En cas de refus, nous chargeons ces agents de lever ces mêmes impôts pour notre usage, et d'en être comptables envers nous, ou les autorités préposées à cet effet.
Ayant ainsi sincèrement, et en la présence du Tout-Puissant, déclaré les intentions et les vrais sentiments du roi notre père, aussi bien que les nôtres propres, nous requérons tous ses bien-aimés sujets de nous assister dans le recouvrement de ses justes droits et
HISTOIIB
de leurs propres libertés ; que tous, depuis Tâge de seize à soixante ans, se rangent sous Tétendard royal de Sa Majesté, ou se joîgii«nt à ceux qui se montreront pour son service dans leurs comtés respectifs; qu'ils confisquent Içs chevaux et les armes de toute personne suspecte, et tous les fourrages, munitions et quoi que ce soit pour Tusage de nos troupes*
Enfin, nous requérons tous les maires, shérifs, et autres magistrats de quelque dénomination qu'ils soient, leurs députes respectifs, et tous autres à qui il peut appartenir, de publier notre déeiaration sur les places de leurs cités, villes et bourgs; et là de pi'odamer Sa Majesté, sous peine d'être poursuivis conformément à la loi, pour avoir négligé un devoir si important; car, de même que nous avon$ généreusement et sincèrement offert un libre et général pardon du passé, nous avertissons aussi les sujets de Sa Majesté que nous abandonnerons à la rigueur de la loi tous ceux qui dorénavant s'opposeront à nous, ou volontairement concourront à quelque acte civil ou militaire au détriment de notre cause et de nos droits, ou au préjudice de ceux qui, suivant leur devoir et nos intentions publiquement manifestées, se déclarent et agissent pour nous.
Donné à Paris, le i6 mai 174 S.
0ÉGLABATION DU PABLEMEI^T d' ANGLETERRE EN RÉPONSE, AUX PIÈGES PRÉCÉDENTES.
« Décidé (resolved)
t par les lords spirituels et temporels et par les communes, as- « semblés eu parlement, que les deux écrits signes Jacques, R., et « datés de Rome le 23 décembre 1 743, et les quatre imprimés si- « gnés Charles, P. R., datés des 1 6 mai, 22 août, 9 et i o octobre 1 74^1 ^ sont de faux^ scandaleux et traîtres libelles , à dessein d'empoi- « sonner les esprits des sujets de Sa Majesté, contenant les plus «< malignes et les plus audacieuses insinuations pour commettre les « plus abominables trahisons; d'infândes calomnies contre le gou-
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vernement, k couronne «t la personne sacrée de Sa très-excel- « lente Majesté le roi Georges II, notre seul légitime souverain; de « séditieuses et présomptuenses déclaratipns contre la constitution t de l'union de ces royanmes; représentant la haute cour dn parie lement, légalement assemblée par l'autorité de Sa Majesté, comme « une assemblée illégitime, et comme nuls tous les actes du parle- <t ment passés depuis Theurèuseet dernière révolution; quelesdits « imprimés sont pleins de la dernière arrogance et des plus insoti lents affronts à l'honneur de la nation britannique, supposant « que les sujets de Sa Majesté sont capables de s'en laisser imposer, « d'être séduits ou effrayés par de fausses et injurieuses invectives, « d'insidieuses promesses ou de vaines et impuissantes menaces, •( ou de se laisser assez abuser pour échanger la libre jouissance de « leurs droits et de leurs libertés tant civiles que religieuses, sous le « gouvernement bien établi d'un prince protestant, pour le papisme « et l'esclavage, sous un prétoidant papiste et bigot, depuis long- « temps exclu par les plus solennels serments et les plus sages « lois, en faveur de notre glorieuse constitution.
« Décidé
« par les lords spirituels et temporels et les communes, assem- (t blés ep parlement, qu'en signe d'horreur et de détestation pour « de si viles et traîtres pratiques, lesdits imprimés seront brûlés « par les mains dir bourreau au palais de la Bourse, à Londres, le «jeudi 12 du courant, à une heure après midi, et que les shérifs de Londres présideront à cette exécution. »
LETTBB DE GHABLES-ÉDOUABD A SON PÈBE.
« Perlh, 10 septembre 1745.
«« SïRE ,
t Depuis mon débarquement, tout a réussi selon mes souhaits ; il a plu à Dieu de me conduire jusqu'ici et de dépasser mes espérances. J'ai réuni treize cents hommes, et l'on m'en promet d'autres encore, gens de cœur, résolus à vaincre ou mourir avec moi. L'ennemi a fait marcher un corps de troupes régulières pour m'at-
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taquer; mais, arrivés près de ntius, ces hommes ont changé d'avis, ety prenant une autre route, ils se sont échappés vers le nord, faisant des marches forcées, au grand désappointement de mes montagnards. Je n'en suis nullement fâché; j'aurai plus de gloire à les battre lorsqu'ils seront plus nombreux, et soutenus par les dragons.
«J'ai eu tous les jours occasion de réfléchir aux dernières paroles de Votre Majesté, — que je trouverais le pouvoir, s'il était tempéré par la justice et la clémence, chose facile pour moi, et bien accueillie de ceux qui seraient au-dessous de moi. C'est par l'observance de cette règle, et par le soin de me conformer aux coutumes de nos Écossais, que j'ai gagné leurs cœurs à un degré que ne sauraient concevoir ceux qui n'en sont pas témoins. A voir la discipline que j'ai établie, on prendrait ma petite armée pour un corps de vétérans; à voir lu bonne amitié et l'harmonie qui régnent parmi nous, on nous considérerait comme une grande famille, dans laquelle chacun des membres aime mieux les autres que lui-même.
« Je me porte mieux dans ces sauvages montagnes que dans la Compagnafeliccy et j'y dors mieux en couchant sur la dure que je ue faisais dans les palais de Rome.
« 11 est une chose, une seule, sur laquelle j'ai eu quelque différend avec mes fidèles montagnards. C'est au sujet du prix que j'ai mis à la téte de mon parent, ce qui, j'en suis sûr, connaissant l'humanité et la générosité de Votre Majesté, vous choquera comme je fus choqué lorsqu'on me montra la proclamation par laquelle on mettait aussi ma propre téte à prix. Je souris, et traitai cette pièce avec le dédain qu'elle méritait : là-dessuâ nos montagnards d'entrer dans une violente colère, et d'insister pour que je répondisse par une proclamation semblable. Comme cette insistance ne provenait que de l'amour de ces pauvres gens pour moi, je ne savais comment m'en fâcher ; et j'essayai de les calmer en leur représentant que c'était là un lâche et barbare principe parmi les princes, qui devait les déshonorer aux yeux de tous les gens d'honneur; et que je ne voyais pas comment l'exemple donné par mon cousin me justifierait d'imiter ce que je blâmais tant en lui. Mais rien de tout ce que je pus dire ne parvint à les apaiser. Quelquesuns allèrent jusqu'à dire : Risquerons-nous notre vie pour un homme qui semble si indifférent pour la sienne? C*est ainsi que
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j'ai été entraîné à faire une chose que je blâme moi-même.
« Votre Majesté sait que, de ma nature, je ne suis ni cruel ni vindicatif. Dieu, qui connaît mon cœur, m'est témoin que srle prince qui me force à cela (car c'est lui qui m'y a forcé) était en mon pouvoir, mon plus grand plaisir serait de le traiter comme le Prince Noir traita son prisonnier le roi Jean, afin de le rendre honteux de s'être montré si inhumain envers un homme qui n'a fait que ce qu'il ferait lui-même, et qu'il mépriserait s'il ne l'eût fait, en supposant qu^il ait du cœur.
« Je prie Votre Majesté d'être sans inquiétude sur moi. Il est en sûreté, celui que Dieu protège. Si je meurs , ce sera comme j'ai vécu, avec honneur; et la vie m'est plus qu'indifférente, quand je pense que j'ai un frère, sous tous les rapports, plus digne que moi de soutenir votre juste cause et de délivrer mon pays de l'oppression sous laquelle il gémit (s'il consent à se laisser délivrer). Comme je connais et admire le courage avec lequel Votre Majesté supporte les infortunes, et le généreux dédain que vous avez mis à repousser toutes les offres d'une assistance forcée, à des conditions que vous pensiez être déshonorantes pour vous et nuisibles à votre patrie, si des amis aussi intéressés que braves voulaient prendre avantage de la tendre affection qu'ils savent que vous avez pour moi, j'espère que vous rejetterez leurs propositions avec la même ma-gnanimitéque vous avez montrée jusqu'ici : laissez-moi au besoin me tirer d'affaire moi-même , comme Édouard III laissa son fils , lorsqu'il fut en danger d'être accablé par le nombre de ses ennemis. Non, Sire, qu'il ne soit jamais dit que pour sauver votre fils vous avez sacrifié votre pays. Lorsque vos ennemis mêlent à la lutte des troupes étrangères, et que vous rejetez tout secours étranger à des conditions déshonorantes, vos sujets abusés d'Angleterre doivent voir quel est le vrai père du peuple. Quant à moi, je déclare une fois pour toutes que, tant que je vivrai, je ne consentirai jamais à aliéner une partie de terre qui appartienne à la couronne d'Angleterre; jamais je ne signerai aucun traité contraire à sa souveraineté et à son indépendance. Si les Anglais veulent ma vie, qu'ils la prennent quand ils pourront; mais aucun mauvais traitement de leur part ne me forcera à rien faire qui puisse les justifier de le faire. Je puis être accablé par mes ennemis, mais je ne
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me déshonorerai pas. Si je meurs, ce sera l'épée à la main) combattaDt pour la liberté de ceux qui combattent contre moi.
<i Je sais qu'il y aura de nombreuses adresses des diverses cor* porations d'Angleterre; mais j'espère qu'elles n'en imposeront qu'aux gens de la classe la plus basse et la plus ignorante. On cherchera sans xioute à rappeler toutes les fautes et tous les excès du malheureux règue de mon grand-père, pour les imputer à Votre Majesté et à moi, qui n'y avons eu aucune part et en avons plus souffert que personne. Ëst-il rien de plus déraisonnable que de supposer que Votre fiCajesté, qui ccmnaîc si hiea et qui a si souvent considéré les funestes erreurs de son père, voudrait, les yeux uU' verts, aller les recommencer ?
a Malgré les assurances répétées, données par Votre Majesté dans votre déclaration, que vous ne prendrej» le bien de personne, on cherche à persuader aux hommes irréfléchis qu'une des premières choses auxquelles on doit s'attendre, sera de voir le crédit publia ruiné : comme s'il était de votre intérêt de,[vous rendre méprisable aux yeux de toutes les nations de l'Europe et des royaumes sur lesquels vous espérez régner, pauvre roi au dedans, roi insignitiant au dehors ! On cherche aussi sans doute à inspirer de vaines terreurs aux possesseurs actuels des biens des églises et des abbayeSy comme si c'était l'intention de Votre Majesté de les rédamer tous, oubliant que vous avez vécu trop longtemps dans un pays catholique, et lu trop attentivement Thistoire d'Angleterre, pour ne pas avoir remarqué tous les tristes monuments qu'on y rencontre de la folie de ces princes pieux qui, croyant honorer la religion, l'ont amoindrie en observant des rites superstitieux dans l'Église, élevant ainsi insensiblement une puissance qui n'est que trop souvent devenue plus forte que celle de leurs successeurs !
« Jeregrette vivement que le brave lord Maréchal ne soit pas avec moi. Son caractère est très-estimé dans ce pays, et il doit en être de même partout où il est connu. J'aimerais mieux le voir arriver qu'un millier de Français : ne viendraient-ils que comme amis pour aider Votre Majesté à récupérer vos justes droits, les esprits faibles croiraient qu'ils viennent pour les envahir.
« Il est un homme en Ecosse que je voudrais avoir pour anai, et c'est le duc d'Argyle, qui, je le vois, est ici en grand crédit par
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l'effet de ses tsdents et de ses qualités. Sa fortune considérable lui donne aussi une clien telle nombreuse; mais jon m'a dit qu'il ne faut pas me bercer de cette espérance. Les mauvais procédés que sa famille a reçus de la nôtre lui ont laissé une profonde rancune. Quelle responsabilité pèse sur ces princes qui, par leurs cruautés, ont suscité des ennemis non -seulement contre eux , mais encore contre leurs enfants innocents!
« Je ne puis fermer cette lettre sans rendre justice aux sujets protestants de Votre Majesté, lesquels je trouve aussi zélés pour votre cause que les catholiques romains. C'est ce que m'avait promis souvent le docteur Wagstaff. J'ai le projet de me mettre en marche demain, et j'espère que ma prochaine sera datée d'£dim> bourg.
<« Je suis de Votre Majesté, etc. »>
A MILORD SIMPILL.
« Gravelines, 15 mars 1744.
« Votre lettre du lone me fait que trop comprendre que l«s dommages causés par la tempête dans la rade de Dunkerque n'ont pas été diminués dans les relations qu'on en a faites à la cour. Il est vrai que onze ou douze vaisseaux ont été perdus^ mais j'apprend» qu'il en reste assez pour transporter toutes les troupes qui ont été destinées pour l'Angleterre. Quelques hommes se sont noyés en faisant de trop grands efforts pour se sauver, ce qui m^afâige vivement; mais je ne saurais m'imaginer que ce qui vient d'arriver puisse détourner le R. T. C. de l'exécution d'une entreprise si glorieuse, et dont les suites seront si avantageuses à la France ; car il est évident que le débarquement du corps de troupes que nos amis d'jLngleterre ont demandé y renversera le gouvernement présent, malgré tout ce que nos malheurs ont donné le temps à Télecteur d'Hanovre défaire pour sa défense; après quoi le R. T. C. pourra régler la paix d*£urope suivant ses justes désirs, puisqu'il n'est point douteux que le roi mon père, rétabli sur le trône de ses ancêtres^ n'agisse en cela, et en toutes choses essentielles, de concert avec un ami si généreux. Si quelques-unes des troupes qui ont été
embarquées sont hors d'état de servir, et que l'expédition puisse avoir lieu avant qu'elles soient rétablies, il sera facile de les remplacer par celles qui sont dans le voisinage ; mais on m'assure que les bataillons qui ont le plus souffert sont ceux qui témoignent le plus d'ardeur pour le service de leur souverain dans cette entreprise. Quant aux matelots, on dit que la plupart d'entre eux seront incessamment en état de reprendre leur service; et l'on sait d'ailleurs que S. M. T. C. en a toujours un grand nombre prêts à suppléer à ceux qui peuvent manquer. Nous n'avons encore ici aucune nouvelle de M. de Roquefeuille, et nous ne' savons pas sUl est en état de soutenir le transport des troupes contre les efîorts de Norris ; mais vous savez que l'escadre de Norris, équipée à la hâte et très- mal pourvue de matelots, n'est point si formidable que Ton pense.
« Des rapports bien différents de ceux qui m'ont été faits auront apparemment porté S. M. T. C. à me rappeler de la côte; mais je me flatte qu'elle ne trouvera pas mauvais que j'y reste jusqu'à ce que vous ayez représenté tout ce que je pense sur la situation présente : je m'y suis déterminé avec d'autant plus de franchise que je suis ici tout à fait inconnu, et qu'il n'y a pas le moindre soupçon à mon égard.
« Je ne puis envisager l'état actuel de l'Angleterre sans en être vivement touché, et sans avoir un désir ardent de délivrer la nation du joug sous lequel elle gémit. S'il y avait le moindre lieu de croire que ma présence sans un corps de troupes pourrait avoir cet effet, je m'y rendrais dans un canot sans balancer un moment; mais vous savez que rien n'est possible dans ce pays-là sans une force capa* ble de résister aux premiers efforts du gouvernement, et de donner le temps à la noblesse affidée de se rendre sous l'étendard royal ; toute autre levée de boucliers ne ferait qu'appesantir le jou^ sous lequel nos amis gémissent, en augmentant le crédit et la réputation du gouvernement. Cette considération me retient, et m'empêche de suivre les mouvements de mon zèle; mais fe ne puis me résoudre à reculer, jusqu'à ce que vous ayez de nouveau pesé toutes les circonstances avec M. Amelot et avec le ministre de la marine, et jusqu'à ce que ces messieurs aient eu la bonté de rapporter toutes vos réflexions et celles qu'ils auront faites eux-mêmes, au roi leur maître. Faites attention que c'est ici la première
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démarche que je fais dans le inonde. Quoique le public ignore le lieu de mon séjour actuel , on saura que j'ai été près [de celui où se faisait l'embarquement : si je me retire sans rien faire après de si belles espérances, toute la terre dira que les malheurs de ma famille restent attachés à toutes les générations, et n'auront jamais de fin : ces propos, quoique mal fondés, ne laisseront pas de faire une certaine impression ; nos amis en seront affligés, et ils serviront à relever le courage de nos ennemis, que j'apprends avoir été presque abattus par la nouvelle de l'embarquement. Dans cette situation, je dois mettre tout en usage pour soutenir les espérances de nos fidèles amis; et s'il est absolument impossible, dans les circonstances présentes, de transporter en Angleterre le corps de troupes qui y serait nécessiaire, je crois qu'on ne peut mieux faire que de tourner ses pensées du côté de l'Ecosse.
« Vous savez que les dispositions des sujets du roi mon père me sont connues depuis quelques années; etdès qu'on a été en état d'en donner une idée juste et satisfaisante à la cour de France , je n'ai jamais douté que S. M. T. C. n*eût la générosité de nous mettre en état d'en profiter. Les avances qu'elle a bien voulu faire ont été telles que nous les avions toujours espérées de ses vertus vraiment royales.; ces avances auraient même trop prouvé au public son amitié pour des princes malheureux, si elles n'étaient continuées de façon à produire le grand événement qu'on a tant lieu d'en attendre: mais votre lettre m'a rassuré là-dessus; je suis pénétré des bontés de S. M. T. C, et pleinement convaincu qu'elle ne s'arrêtera pas en si beau chemin. Si vous trouvez donc que l'escadre de Brest soit jugée inférieure à ce nombre de vaisseaux que des con-tre-temps inévitables ont donné le temps au gouvernement de ramasser pour faire parade, et qu'en conséquence le transport des troupes destinées pour l'Angleterre ne puisse point se faire avec la sûreté requise dans la saison fâcheuse où nous sommes; en ce cas, je vous charge de vous appliquer avec toute l'attention possible à faire connaître les avantages qui doivent résulter d'une expédition en Ëcosse. Il y a à Dunkerque bien plus de vaisseaux de toute espèce qu'il n'en faut pour transporter le petit nombre de troupes qui sera requis pour ce royaume, et il est essentiel, tant pour mon honneur que pour donner de la confiance à nos amis, que je sois à la tête des premières qui seront employées au service du roi mon I. 27
père partout où ce puisse être, et surtout en Écosse, <l'où nous tirous uotre origine, et où le gros de la nation nous a toujours été inviolablement attaché. Je sais que les régiments irlandais m'y accompagneront avec joie; et si S. M. T. C veut bien y ajouter deux bataillons français et un régiment de dragons démontés, je me rendrai, avec la bénédiction du ciel, bientôt maître de cet ancien royaume, où je serai en état de former une armée qui occupera toute Tattention el toutes les forces du gouvernement d'Angle* terre pour pouvoir me résister. Les dix mille armes el les munitions qui ont été destinées pour l'Angleterre, pourvu que Ton me donne quelques milliers de sabres pour mes montagnards, itfe sufGronten Écosse, jusqu'à ce «jue S. M. T. C. puisse commodément m'en envoyer davantage. La somme d'environ quatre cent mille livres, argent de France, qu'on demande pour mettre nos gentilshommes montagnards en état d'entrer en campagne avec leurs vassaux, les quatre sous par jour pour la paye des soldats de l'armée d'Écosse, qu'on supplie S. M. T. C. de vouloir bien avancer pendant les premiers trois mois, et les petits armements dont le milord Maréchal a fait mention, tous ces articles ensemble ne monteront pas à la dépense qu'il faudra faire pour la prise ou la défense d'une seule bonne forteresse en Flandre ; au lieu que l'entreprise en Écosse, quelles qu'en puissent être les suites pour les intérêts du roi mon père, rendra du moins les efforts du gouvernement d'Angleterre bien peu considérables sur le continent pendant la campagne prochaine; j'ose même dire pendant que Dieu me laissera la vie.
« D'ailleurs il est visible que ma descente en Écosse fera croire ou qu'on n'a jamais eu dessein de débarquer en Angleterre, ou que, n'y ayant point de concert et d'intelligence, on a été obligé de se rabattre sur un pays plus affectionné à la France et plus attache à son souverain naturel : cette idée fera tourner tout le poids du gouvernement contre TÉcosse, et facilitera le transport d'un corps de troupes avec le duc d'Ormond pour achever la ruine de l'usurpation présente dans toute la Grande-Bretagne.
c Dans d'autres circonstances, je serais charmé de pouvoir faire la campagne dans une grande armée commandée par des généraux de réputation , et surtout dans quelqu'une des armées françaises , où les rois mon père, mon grand-père, et plusieurs princes de notre maison, ont autrefois acquis de la gloire; (nais l'état actuel de la
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Grande-Bretagne, et Tattente des peaples auxquels je me dois, m'obligent de tourner tôutes mes pensées de ce côté-là. Je le fais avec un zèle qui me porterait à entreprendre le rétablissement du roi mon père et la délivrance de ses sujets oppiîmés, avec le petit nombre de fidèles Écossais qui ont pu conserver leurs armes. Je sais que la plupart de nos montagnards se joindraient à moi quand même ils me verraient arriver chez eux tout seul et sans appui. Ne me convient-il pas mieux d'aller périr, s*il le fallait, à la téte de ces braves gens, que de traîner une vie languissante dans l'exil et la dépendance?
« La longueur de cette lettre vous fera sentir combien je suis touché des accidents qui font suspendre rexéculion de notre entreprise; mais quoique je voie tous les inconvénients de ce retardement, et par rapport aux intérêts de S. M. T. C. et aux nôtres, je n'en suis point abattu, et ne le serai jamais tant que Dieu me fera entrevoir des moyens possibles pour parvenir aux justes fins que nous nous proposons. Je n'ignore pas les nobles sentiments et les bontés de S. M. T. C, et je compte beaucoup sur votre zèle et sur les lumières de ses ministres pour lui faire voir que celles qu'elle pourra avoir pour moi en toute occasion lui seront également utiles et glorieuses.
« Signéy Charles, P. »