CHAPITRE V
Loi-sque Edouard P' motila sur le Liôiie d'Angleterre (i 274)1 ^ 'ioo retour de la Palestine, un ne pouvait voir en lui qu'un héros digoe^de son aïeul Cceurde-Lion par le courage, et un champion désintéressé de la chrétienté. Sur les champs de bataille comme dans les tournois, ÎJ semblait n'avoir aimé la gloire que pour elle-même; mais l'ambilioii seule diiigea désormais ses entreprises, et en lui le politique l'emporta même sur le gueriier. Le pays de Galles devint sa conquête, et, quand l'Écossc fut exposée uux dangers d'une minorité, sous une princesse' en bas âge, il dut regarder naturellement ce royaume comme une proie assurée : il y avait même en sa faveur tant de chances que ce prince peu sci-upuleux put se donner tous les dehors de la modération en laissant, pendant près de quatre années, les événements se succéder sans avoir l'air d'y prendre part. De sinistres et inquiètes pensées accablaient tous les esprits dans la malheureuse Ecosse, où l'on se rappelait avec effroi le spectre apparu à Alexandre lU. On citait des prédictions de Thomas le Rimeur-, on cliantait tristement la félicité dont 00 avait joui sous le roi défunt ; on célébrait ses vertus dans ces poésies qui se terminaient par une prière plaintive :
When Alexaiidèi' our king was dead , etc.
56 BISTOIBK DB LA BIVALtTÉ
« Quand est mort Alexandre Dolre roi, qui gouvernait l'Ecosse par l'amour et les lois, nous avons vu s'évanouir notre abondance d';ile et de pain, de vin et de miel, nos jeux et nos fêtes si gaies : notre or s'est changé-en plomb (i). O Christ né d'une vierge, sois secourable à la pauvre Ecosse, et souviens-toi qu'elle est dans la peiplexité. »
.Les tuteurs naturels de la jeune princesse norwégienne étaient son père, le roi Éric, et son-grand oncle, Edouard d'Angleterre.
Les barons de l'Ecosse, assemblés en parlement, nommèrent six régents pour gouverner le royaume, et demandèrent la jeune reine à son père. Le roi de Norwége,donl quelques historiens ont fait un père trèsindifférent, hésitait à confier sa fille à cette noblesse si fière, et dont la bonne foi lui paraissait au moins douteuse; il crut trouver pour elle un protecteur dans Édouai-d, et les Écossais apprirent que le monarque anglais venait d'obtenir du pape les dispenses nécessaires pour le mariage du prince de Galles avec la vielle de Norwége : c'est ainsi que Marguerite est communément désignée. Le plus prudent pour eux fut d'applaudir à cette alliance, en prenant Edouard pour l'aibitre de tous leurs différends. Un traité fut conclu , dans lequel tous les droits de l'Ecosse furent reconnus par Edouard, d'autant plus facilement qu'il croyait agir pour son fils, car déjà il intervenait dans tous les actes de souveraineté au nom de sa
(1) Our gold ii turned iulo Icad.
Cesl, moins les épiitiètes, le vers de Racine :
Clnmmeiit f i |ilcunb vill'i»' piiv s'csl-ii changé!
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DE L'àNGLBTEKBS HT DB l'BCOSSB. 5T
future belle-fîUe. S'essayani, en quelque sorte, à Tusurpation qu'il méditait, il avait nommé gouveraeur d'Ecosse l'évêque de Durham , et se faisait des créatures par ses largesses parmi les barons les plus influents, lorsqu'on apprit (septembre 1290) la mort de la jeune reine, qui avait été obligée de relâcher aux Orcades en parlant de Noréwge.
La crise où se trouvait l'Ecosse fut compliquée par cet événement : Edouard changea de plan. II n'existait plus de descendants d'Alexandre 111 ; la couronne appartenait à ceux de David, comte d'Huntingdon , le compagnon d'armes de Richard Cœur-de-Lion. I^e rôle d'Edouard était de se porter pour arbitre entre les candidats : il s'en présenta jusqu'à treize; car il entrait dans sa politique d'en susciter un grand nombre, de n'en repousser aucun, quelque légers que fussent ses titres, et de les flatter tous de l'espérance de sa protection : aussi obtint-il de tous la reconnaissance de sa suzeraineté sur l'Ecosse, et ce fut d'un commun consentement qu'ils lui remirent toutes les places fortes, sous prétexte que , comme juge, il devait tenir en dépôt toutes les pièces du procès. De concession en concession, de délais en délais, le procès dura plus de quatre ans, et alors Edouard était si évidemment non-seulement le suzerain , mais encore le maître de l'Ecosse, que celui des prétendants à qui la couronne serait délivrée ne pourrait plus la recevoir de lui que comme 4in don de pure générosité.
Parmi tous ces candidats à la couronne, Jean fialiol avait les titres les plus incontestables : Robert Bruce pouvait seul les balancer; mais, en se prononçant
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pour Baliol, Edouard, on doit le supposer, vit en lui celui de tous les candidats dont le caractère faible lui promettait le vassal le plus docile. Baliol fut donc coui-onné, et bientôt il se rendit à Newcaslle pour y rendre boiuraage au roi d'Angleterre.
Baliol ne tarda pas à comprendre qu'il n'était qu'un instrument dans les mains d'Edouard. Celui-ci saisissait toutes les occasions de lui rappeler sa dépendance. Si Baliol se soumettait, il était pour lui affable, et juste même; s'il voulait faire le roi, Edouard le traitait avecune bauteurqui lui prouvait qu'il s'adressait à un maître. Cependant Edouard se trouvait luimême, à cause de l'Aquitaine, le vassal de Philippe, qui voulut en exiger l'hommage dû au seigneur suzerain. Edouard refusa; et, ayant déclaré la guerre, somma Baliol et les barons d'Ecosse de joindre sa bannière. Les Écossais mépiîsèrent cet appel : ils assemblèrent un parlement, et se liguèrent avec le roi de France, qui promit de donner sa nièce, fille du comte d'Anjou, au fils aîné de Baliol. Le Cumberland fut envahi; mais la division régnait parmi les barons d'Ecosse : pluâeurs étaient à la solde d'Edouard; d'autres avaient des domaines sur la rive anglaise de la Tweed. Edouard assembla une armée de quarante mille hommes aguerris , pénétra en Ecosse , prit d'assaut Berwick, gagna la bataille de Dunbar, et, victorieux partout, vit arriver en suppliant le malheureux Baliol, qui, croyant n'avoir plus qu'à demander merci pour ses sujets, abdiqua en faveur de son suzerain.
La terreur et ta trahison consommèrent la soumission de l'Ecosse. Bruce, comte de Carrick , alors
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au service d'Angleterre, rappela au monarque la promesse qu'il lui avait faite de le placer sur le trône : «Croyez-vous, lui. dit Edouard, que je n'ai autre chose à faire que de vous conquérir des royaumes? » Les juridictions nationales furent abolies, les grandes chaînes confiées aux seigneurs anglais, le sceau de TËcosse fut biisé et remplacé par un nouveau. Enfin, il y avait dans l'église de l'abbaye de Scone, près de l'autel , une énorme pierre ronde et concave, en forme de chaise , sur laquelle les rois d'Ecosse s'asseyaient le jour de leur couronnement ; c'était une espèce de palladium mystérieux : Edouard ordonna que cette pierre fût transportée à Londres, dans l'abbaye de Westminster, oii elle est encore de nos jours. Pour anéantir toutes les chartes contraires à ses prétentioas, il détacha le sceau des unes, déchira les autres, et en emporta plusieurs dans les archives de Londres.
La monarchie d'Ecosse semblait finie.
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