CHAPITRE Vr
a Quand les Saxons (les Anglais) envahirent le « royaume, pour obéir à Edouard, ce roi perfide, « ils y exercèrent de grands ravages, égorgeant nos «seigneurs, détruisant leurs demeures, s'emparant , a suivant leur caprice, des épouses et des veuves, « des nonnes et des jeunes Ailes. L'Ecosse les vit imi- « ter le roi Hérode, en immolant les jeunes enfants; o leur archevêque eut tous les revenus des meilleurs « évêchés ; il n'y eut pape au monde qui pût préservée « les églises de leurs violences »
Ainsi s'exprime Henri l'Aveugle, l'Homère des ménestrels d'Ecosse, en rimant les récits qu'il tenait de la bouche des contemporains d'Edouard. Le chanoine Barbour, chapelain et poète de Robert Bruce, déplore en vers touchants et naïfs les mêmes malheurs, et l'on aime à l'entendre, avant de commencer ses plaintes, s'écrier avec une conviction passionnée :
Âh ! Freedome is a noble thiog ! etc.
«Ah! la liberté est une noble chose! La liberté a réjouit le cœur de l'homme; il vit heureux celui u qui vit libre : il n'est point de plaisir pour un no- « ble cœur si la liberté lui manque. Que sont lous a les trésors, que sont tous les palais, avec l'odieux
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DB L'ADCLETIBHB HT DE L'^OSSB. 61
u esclavage! Ali! celui qui a goûte la liberté la met H bien au-dessus de tout l'or du iiloode! «
Ces sentiments étaient ceux de l'Ecosse humiliée et opprimée par les officiers d'Edouard et par ses insolents soldats; mais ces sentiments restaient muets au fond du cœur : quiconque se permettait la plainte ^lait proscrit, mis hors la loi, et forcé de vivre en bandit dans les forêts ou les cavernes.
Non loin de Paisley, dans le Renfrewshire, demeurait un simple chevalier, d'une famille ancienne, mais pauvre , sir Malcolm Galleys d'ËllersIie : il avait un fils appelé Guilliam Gaileys, selon l'orthographe normande, et plus connu sous le nom de William Wallace. Ce fils, à peine âgé de dix-huit ans, faisait l'oi^ueil de son père : il était grand de tailie, et d'une force presque merveilleuâe ; son caractère semblait farouche el violent; cependant il se plaisait surtout dans la compagnie d'un vieux oncle ecclésiastique. Ce n'était pas que le jeune Guilliam songeât à devenir un clerc tonsuré; son oncle l'entretenait plutôt des honneurs qui attendent les hommes de guerre que des bénéfices, grâces auxquels chôment les hommes d'église : il lui vantait la liberté, déplorait les humiliations de la pauvre Ecosse, et répétait souvent que ce serait faire chose agréable à Dieu que de délivrer le pays des Anglais. Son neveu l'écoutait avec enthousiasme, et nourrissait contre les oppresseurs une haine qui causait ces transports de violence ou ces accès de sombre humeur qu'on remarquait en lut.
Déjà il avait eu plus d'une querelle avec les Anglais, lorsque, ayant été provoqué par le fils du constable de Dundee, il tira son poignard, el le tua sur la place.
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