‹ Histoire de Charles-Édouard, dernier prince de la maison de Stuart, precédéeChapitre 27 sur 72 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

De même qu'en France le r^ne de Charles VHI était une sorte de réaction contre celui de Louis XI, l'Ecosse vit succéder à Jacques III un prince chevaleresque et galant , jaloux de plaire à la fois aux nobles et au peuple par sa magnificence , son affabilité, son amour des arts et son avei^tureuse bravoure. Nous pourrions dire, pour mieuKje peindre, qu'il y avait en lui encore plus du François I" que du Charles Vllf, et par malheur la fortune lui réservait une journée plus fatale que celle de Pavie. Alais avant ce jour néfaste, le tableau de son r^gne oITre les jeux et les plaisirs d'une cour à demi française au milieu de la # sauvage Ecosse : » c'étaient laulôt des tournois pour'l'honneur des dames, tantôt des fêles où présidaient des enchanteresses qui rappellent les Féronnière et tkf comtesse d'Étampps.

A tous ses sentiments chevaleresques, Jacques mêlait une dévotion qui venait par accès interrompre ses plaisirs; la part que, dans sa jeunesse, il avait eue à la révolte des seigneurs contre son père éveillait quelquefois en lui des remords qu'il alla't apaiser en passant quelques heui-es et même des joui-s entiers dans un monastère, pour revenir à ses maîtresses, tout aussi amoureux. On prétend aussi qu'il

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Ip6 HISTOIBB DB LA RIVALITÉ

portait sous ses Hcties habits une espèae de cilice ou ceinturon de fer.

Malheureusement la fatalité mystérieuse qui al* lait désormais s^attacher aux Sluarts aVait mû sur le trône d'Angleterre un prince prévoyant et habile, qui sut tirer parti des qualités comme des faiblesses du roi d'Ecosse. Jacques eut foi- volontiers au rôle qu'on fit jouer à Perkln Warbeck, prétendu fds d'Edouard IV, et il embrassa chaudement sa cause. Henii VII n'en conserva aucune rancune, et employa sa persévérante politique à distraire l'Ecosse de l'alliance française. Après huit ans d'intrigues, il parvint à surmonter l'antipathie de Jacques jusqu'à lui 'faire accepter sa fille Mai^uerite pour femme : ce mariage donnait, à Jacques l'espoir qu'un jour sa postérité monterait sur le trône d'Angleterre; ob voulut ea faire jpear à Henri : « Non , non , reprit ce prince , ce sont toujours les petits poissons qui mangent les gros. «

. L'Italie était alors le théâtre où la France déployait sa valeur. Louis XII s'aperçu^iui peu tard qu'il avait trop négligé l'Écosaej mais'il fut encore facile de détacher le chevîHeresque Jacques IV des intérêts de l'avare et artificieux HçSri Vil (i). Henri VIII, qui succéda à son père, montra trop d'orgueil pour ramener son beau-frère à des inlentioos plus amicales; irsufïit d'un désir exprimé par Anne de Bretagne et d'un appel fait à Jacques au nom de la dame de ses pefisces , pour lui faire faire .une incursion eu Angleterre. Bientôt il suscita une - expédition plus

(i) A peu près de rette même époque datent les lettres de naturaiisaiion accunlées ea Fritnce à tons les Écossais.

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t>K l'anuletekbe et de L'É(X>SSB. IOI

sérieuse. Henri VIII guerroyait sur le conlinent ; ses tniaistres répandireut l'or à pleines maÎDS parmi les ministres de Jacques , pour détourner le coup qui menaçait les Anglais. Jacques méprisa les consuls de la politique ; on eut recours aux coups de théâtre de la superstition : saint André, le patron de l'Ecosse, apparut en personne dans l'église de Unlithgow, pour prédire au roi que le ciel ne combattait pas avec lui; des voi& surnaturelles elTrayèrenl aussi pendant la nuit les bons bourgeois d'Édimbourç. Jacques n'écouta que son courage, et continua de rassembler Ses troupes : l'ardeur avec laqudle il vit accourir sous l'étendard i-oyal non-seulement ses barons^ mais encore les corporations des villes et les artisans, lui prouvaient que la gaerre était populaire. La tradition a conservé la chanson de guerre des gens de métier de la ville de Seikirk, qui, au nombre de quatre-vingts, corabaltirent à Flodden-Field , et dont le capitaine, William Brydone, grefller ou clerc de la commune, fut armé chevalier par le roi. La vengeance des Ang^is con^ftmna Seikirk à être rasé; mais les chartes de la ville attestant l'honorable réparation qu'elle obtint de Jacques V: Aujourd'hui, c'est encore une distinction recherchée que d'être admis dans les corpijrations de tisserands et des Cordonniers 'de Seikirk (i).

Plus l'armée écossaise approchait de la irootière , plus elle entraînai t. dans ses rangs de ces belliqueux maraudegrs qui, en faisant baptiser leurs enfants,

(i) Sir W. Scoii était cordonnier de Seikirk, et n'en était pas moins lier que d'être le vice-shérif du Seikirkshire.

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